Le blog de la Gauche du Réel à Maisons-Alfort

blog de la Gauche du Réel à Maisons-Alfort

31 janvier 2009

La grève du 29 Janvier 09 : et maintenant ?

ET MAINTENANT ?

Journée de grève et de manifestations dans toute la France hier. Bien sur, l'interprétation des chiffres concernant les foules rassemblées diverge fortement entre les services de police et les syndicats – l'écart le plus important étant enregistré à Marseille, où les estimations vont de 20 000 à 300 000 manifestants ! En toute hypothèse, ce fut un succès. Si l'ampleur des grèves a été limitée par la pression sociale – forte dans ces temps de crise, où le chômage repart – les cortèges ont été impressionnants, et très soutenus par la population. Je puis en témoigner, pour avoir défilé à Montbéliard : en 18 ans de combat politique dans ce territoire, je n'avais jamais vu une affluence pareille – plus de 5 500 personnes d'après les renseignements généraux, assez honnêtes par ici, sans aucun doute nettement plus encore. Il y a donc probablement eu, sur la France entière, plus de 1,5 million de personnes dans la rue. J'ai été frappé par l'ambiance, à la fois inquiète sur l'avenir, très sereine et déterminée des manifestations, sans slogan ni revendication précise, mais révoltées contre la crise.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Comme toujours, ce sont les lendemains qui comptent, et les leçons de cette journée ne sont pas faciles à tirer, pour quiconque. Elles ne le sont pas pour les syndicats, satisfaits d'une audience rarement, peut-être même jamais, rencontrée au cours des 20 dernières années. Pour autant, le démarrage d'un mouvement long et soutenu n'a rien d'une évidence. Ni le calendrier, marqué par l'approche des vacances de février, ni le climat ne s'y prêtent aisément. Pour le pouvoir, elles ne le sont pas non plus. Nicolas Sarkozy qui il y a peu se moquait des grévistes, les croyait invisibles, qui se targuait d'« écouter sans prendre en compte », a du en rabattre, affirmant comprendre les protestations, les trouver «légitimes», se déclarant disponible pour rencontrer les syndicats. C'est le signe qu'il a compris l'avertissement, et qu'il a conscience de devoir faire, au moins temporairement, profil bas – ce qui, chacun le sait, ne lui ressemble pas. Le Président, depuis les évènements survenus en Grèce à la fin 2008, est habité par une prudence nouvelle. Il sent le désarroi des Français, il craint leur révolte, il voit l'insatisfaction de ce peuple qui, se rappelle-t-il, a décapité Louis XVI. Pour autant le surplace et la feinte modestie ne suffiront pas, faire le dos rond ne résoudra pas tout. Il faudra bien que le Chef de l'Etat et le gouvernement consentent à des « gestes » auxquels, à en croire François Fillon et Brice Hortefeux, ils se refusent.

Et le PS, dans tout ça ? Je n'étais pas à Paris, je l'ai dit, ma place était ici, dans ce pays de Montbéliard si éprouvé par la crise. Et je sais que dans la capitale, où les défilés sont plus politisés, où l'extrême gauche est plus mordante, l'accueil est plus compliqué pour les socialistes. Celui réservé à Martine Aubry, que j'ai seulement entrevue hier soir sur France 2 et qui m'a parue percutante, me semble toutefois avoir été tout à fait correct. A Montbéliard, où les élus socialistes ont défilé avec leurs écharpes, il a été mieux que ça – chaleureux, familier. En vérité, nous étions chez nous, au milieu d'une population amicale, cela ne soulevait aucune forme de doute. Je n'y vois aucun chèque en blanc, aucune approbation inconditionnelle de notre action, mais l'amorce d'une réconciliation avec les couches populaires et les classes moyennes, certes exigeantes à juste titre envers nous, encore déçues et méfiantes peut-être, mais aussi conscientes que l'alternative ne peut venir que de nous. Il n'y a pas de quoi succomber à l'auto-satisfaction, que rien ne justifierait, ou céder à la facilité, qui consisterait à se contenter de profiter des mécontentements : c'est au contraire une incitation à travailler à des réponses plus convaincantes aux inquiétudes de la France en crise.

Je souhaite, pour ma part, que cette grève débouche sur une révision, au moins partielle, en tout cas immédiate, de la politique gouvernementale. Bien sûr, le Parti socialiste va demander l'application de son plan – tout en sachant qu'il ne peut être repris par la droite. Il me semble toutefois que plusieurs signaux devraient être donnés. Lesquels ? Je pense en premier lieu au pouvoir d'achat des moins favorisés, avec la mise en oeuvre d'un «chèque crise» pour les bénéficiaires des minima sociaux et un coup de pouce sur le Smic. Le sort des nouveaux demandeurs d'emploi, des intérimaires, des salariés touchés par le chômage partiel doit aussi être pris en compte – garantie de revenus, allongement de la durée d'indemnisation et des quotas d'heures autorisés, sécurisation des parcours professionnels, notamment à travers la formation. J'attends aussi, rapidement, la sortie d'un vrai plan, global, sur l'automobile, longtemps, trop longtemps, attendu et maintenant urgent. Le gouvernement ne peut, par ailleurs, ignorer la situation des services publics : leur paupérisation, leur délaissement dans cette période de crise sont inacceptables. Enfin, je crois que le pouvoir gagnerait à ouvrir un vrai dialogue – dialogue social avec les syndicats, forcément nourri par des propositions, dialogue politique avec une opposition qui ne mérite pas les caricatures ou le mépris dont elle a été l'objet lors du débat sur la motion de censure mardi dernier, de la part de François Fillon et Jean-François Copé, que le mouvement d'hier rappelle à moins d'arrogance.

Au fond Nicolas Sarkozy voit s'ouvrir 3 voies devant lui. Il peut jouer la montre, se contenter de mots et attendre le pourrissement : c'est tentant. Il peut aussi penser à l'épreuve de force : ce serait assez dans sa nature. Mais cela n'aurait pas de sens, dans ce moment où l'angoisse de la crise étreint toute la société française, où le mécontentement va bien au-delà de la gauche et des syndicats. Reste la sortie par le haut : le changement de politique, par et dans le dialogue. Le connaissant, je doute qu'il en soit capable. Il y aura, sans nul doute, d'autres grèves, d'autres manifestations. Elles sont nécessaires. Nous y serons.

Posté par Melfi à 13:39 - Actualités nationales - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


28 janvier 2009

texte de l'Intervention de P.Moscovici à Alfortville

bdg_alfortville_25_01_09

Posté par Melfi à 13:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 janvier 2009

Journée inaugurale de "Besoin de Gauche"

Hier à Alfortville, assemblée inaugurale de «Besoin de gauche». Ce fut, je crois pouvoir le dire, une totale réussite. Plus de 350 participants au cours de la journée, de nombreux parlementaires, élus, responsables fédéraux venant de toute la France - exception faite bien sur du Sud-ouest dévasté par la tempête - un public militant divers et très jeune, des papiers introductifs de qualité – que je mettrai en ligne ici - la venue amicale de François HOLLANDE, très en verve, un message sympathique de Bertrand DELANOË : il y a là, comme j'en avais l'intuition, une force qui compte et va compter dans le Parti socialiste.

Pour quoi faire ? C'est l'essentiel. Je joins à ce post le texte de mon intervention de conclusion. J'y ajoute simplement quelques mots, pour vous redire à quel point la France a besoin d'opposition, et besoin de gauche. Nicolas Sarkozy, en ce début d'année 2009, se cherche. Privé de la ressource politique que constituait pour lui la Présidence de l'Union européenne, confronté à une crise dont il ne connaît – pas plus que nous – ni l'ampleur, ni la durée, il se trouve en première ligne et dans l'incertitude. Il connaît la dureté des temps, il n'ignore pas les difficultés : son offensive contre les libertés rencontre des résistances, son micro-plan de relance ne convainc pas. C'est pourquoi il a, ce week-end, remanié son dispositif politique, rassemblant et soumettant son parti, d'ores et déjà en ordre de marche pour les Européennes. Face à lui, l'opposition est plus présente, plus pugnace, elle l'est à l'Assemblée nationale, elle l'est par son plan de relance, elle l'est dans le mouvement social, qu'elle accompagnera le 29 janvier. Il lui reste à franchir un seuil qualitatif, à assortir ses critiques de propositions intelligentes et intelligibles. D'où le besoin de gauche, renforcé par l'exigence de régulation qu'appelle la crise économique et financière, par l'hégémonie insupportable des droites en Europe, par l'avènement d'Obama aux Etats-Unis, qui suscite l'espoir et soulève un défi. L'enjeu est bien de nous préparer à affronter le sarkozisme en 2012, pour l'emporter : une 4ème défaite d'affilée des socialistes à l'élection présidentielle serait fatale pour la gauche et terrible pour la France.

Le PS répond-il à ce « besoin de gauche » ? On connaît ma thèse. Le Congrès de Reims a été pire qu'une occasion manquée, un ratage spectaculaire, il n'a rien réglé, ni la question du leadership, plus ouverte que jamais et même enrichie de nouveaux protagonistes, ni le débat idéologique, il n'a pas amélioré notre image auprès des Français. Pour autant, la responsabilité d'un socialiste conséquent – et j'en suis un – est de contribuer à la réussite de son parti, à la remise sur pied de la direction, légitimée par deux conseils nationaux, et à laquelle nous sommes associés. Nous devons être, collectivement, à la hauteur de notre tâche historique : nous mettre en situation de gagner en 2012, pour gouverner bien et durablement.

Comment pouvons-nous y contribuer ? Ne soyons ni des bénis oui-oui, ni des tontons flingueurs. Contribuons, avant tout, au projet des socialistes : le parti n'a rien à craindre du débat des militants, il doit combattre la tentation du repli sur soi, avoir le courage de redevenir un lieu où s'échangent librement les opinions, éventuellement contradictoires, dans le respect mutuel. Conjurons aussi bien le risque du sectarisme que la dérive mouvementiste. En un mot, aidons à forger la social-démocratie du XXIème siècle, une social-démocratie totalement revisitée, qui constitue la seule issue pour un PS à la fois ancré à gauche, radicalement réformiste, résolument européen et vraiment crédible. Je veux en rappeler, très vite les cinq conditions :

  • un travail sur le projet : je souhaite, je demande que l'engagement pris par la direction de tenir plusieurs conventions thématiques soit tenu; c'est ainsi que nos idées progresseront, c'est ainsi que le militantisme retrouvera ses lettres de noblesse ;

  • une opposition intelligente : que chacune de nos critiques soit désormais assortie de propositions approfondies et réalistes ;

  • la clarté sur l'Europe : ne soyons pas Européens à moitié, ou juste un peu, soyons le vraiment, sans timidité, à la fois dans le champ économique et social et sur le terrain politique ;

  • l'ouverture du parti : je suis favorable à des primaires ouvertes, seules à même de nous éviter la répétition des scénarios bâclés de 2006 et 2008, magnifiques machines à perdre ;

  • le rassemblement des réformistes : il n'a pas su se faire à Reims, il est incomplet, faisons le après les élections européennes, voire si possible lors de la constitution de nos listes.

Au terme de cette journée, je pense au mot de Marc TWAIN, « la nouvelle de ma mort est très prématurée ». Dans ce Congrès, je ne suis pas allé au bout de mon projet, nous ne sommes pas allés au terme de nos ambitions - on sait ce qui m'en a empêché. Mais ce Congrès ne nous a pas détruit, il nous appelle au contraire à nous construire. Oui, dimanche à Alfortville, une force est née, qui va tenter de promouvoir une politique de la vérité et de la sincérité. Il y aura, bien sur, une suite : un groupe d'animation, des correspondants fédéraux, un site internet, un groupe Facebook – qui marche déjà très fort – une lettre hebdomadaire, un groupe d'experts, des réunions décentralisées... Vous serez tenus au courant très vite. Merci aux organisateurs, à commencer par le maire d'Alfortville René Rouquet, aux participants, bienvenue à ceux qui veulent nous rejoindre

Posté par Melfi à 13:34 - Actualités nationales - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 janvier 2009

Sur la délinquance aujourd'hui

La délinquance en France :

du mauvais usage de la dissuasion à l’illusion du tout répressif

Les chiffres de la criminalité observés sur des temps longs montrent deux évolutions significatives :

·                    Une criminalité globale qui a très fortement augmenté dans les années 1970 et 1980, et qui stagne depuis. La France, avec un taux de criminalité d’environ 60‰, est à la charnière entre les pays d’Europe du nord (Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark, etc…) où les taux de criminalité sont plus élevés, et les pays du sud (Italie, Espagne, Grèce,…) où les taux sont plus bas.   

·                    Une structure de la criminalité qui suit des tendances longues et ininterrompues marquées par une diminution de la délinquance de voie publique (vol et infractions), et une augmentation des atteintes aux personnes. Ces dernières ont presque été multipliées par 4 en 30 ans, passant de 100000 délits en 1980 à 387000 en 2007. Les différents ministres de l’intérieur qui se sont succédés pendant cette période n’ont jamais eu d’influence significative sur cette tendance.

La délinquance est structurellement hétérogène dans sa composante géographique et sociale. Le taux de criminalité varie selon les secteurs d’un facteur 1 à 7. La structure de la criminalité varie dans l’espace urbain, les vols et infractions étant plutôt présents dans les centre-villes, tandis que les atteintes contre les personnes et les dégradations sont plus présents dans les zones périphériques des villes. Les hommes, les jeunes, et les immigrés sont surreprésentés dans les statistiques criminelles. On peut estimer le taux de criminalité des 12-18 ans à environ 100‰. Ce taux élevé, associé aux craintes traditionnelles qu’engendre la jeunesse dans la société et à la spécificité de la justice des mineurs, font se focaliser le débat sur la délinquance juvénile. Les enquêtes de victimisation font elles aussi apparaître de fortes disparités : la précarisation sociale (femmes seules, personnes âgées à faible revenu, population vivant dans des zones urbaines dégradées) est un facteur important d’augmentation du sentiment d’insécurité.

               L’orientation politique de la prévention de la délinquance est aujourd‘hui à l’augmentation de la prévisibilité des délits, à travers trois composantes : l’aménagement de l’espace urbain pour limiter la criminalité, l’augmentation de la certitude de la punition, et l’identification précoce des comportements suspects. Cette orientation peut être questionnée dans la mesure où elle ne traite pas le problème de fond de la délinquance, qui est l’absence de mise en capacité des individus pour une insertion active dans la société.

Du mauvais usage de la dissuasion

                La notion de dissuasion est intrinsèquement complexe. Trois conditions doivent être réunies pour qu’un acte délictueux ait lieu : un délinquant prêt à passer à l’acte, un acte tentant et une absence de dissuasion. La dissuasion peut être elle-même de deux natures différentes : celle basée sur l’entourage du criminel et celle basée sur la protection de l’objet du délit ou de la victime. La nature délinquante d’un individu et sa propension à passer à l’acte sont du ressort d’une politique de prévention, faisant appel à de nombreux acteurs sociaux. En revanche, la dissuasion basée sur la protection d’un objet ou d’une victime potentielle est du ressort de la police et de la justice. Le présupposé politique actuel selon lequel la certitude d’une punition grave est susceptible de limiter le passage à l’acte est discuté. Il repose sur l’idée d’un comportement rationnel du délinquant. Cette hypothèse a été largement remise en cause lors d’évènements récents. Ainsi, une analyse partagée par de nombreux observateurs lors des émeutes de

2005 a

été que les actes de violence commis ne répondaient à aucune rationalité, notamment lorsqu’il s’agissait de détruire le peu d’infrastructures dont bénéficiaient les émeutiers et leurs familles. D’autre part, les délinquants jeunes des quartiers défavorisés, s’ils agissent à partir d’un corpus de règles, sont parfois plus sensibles aux lois intrinsèques à la cité, qui sont parfois en totale opposition avec les règles républicaines. Ils ne côtoient les règles communes qu’épisodiquement lors de contacts avec la police ou la justice. Il est donc questionnable de penser que le droit républicain puisse avoir une prise sur leur action.

                L’impunité présupposée des jeunes délinquants est une question importante. Le sentiment d’impunité est relayé par certains pratiquants de la délinquance, notamment une partie des forces de police. Il s’appuie sur le fait que le droit français (depuis l’ordonnance de 1945, et malgré la trentaine de modifications qui l’ont désormais fait bien dévier de son objectif initial) fait de la justice des mineurs une exception au droit commun, qui tend à limiter les solutions pénales dures au profit des efforts d’intégration sociale. Cette impunité présumée est largement portée par les politiques (en premier lieu Sarkozy), qui trouvent à bon compte un moyen de communication orienté vers le ressenti du public, jugé efficace d’un point vue électoral. De fait, les médias puis l’opinion relaient largement le lieu commun de l’impunité envers les mineurs délinquants, avec un effet délétère certain, y compris vis-à-vis des délinquants eux même. Mais ce sentiment est nié par une majorité des magistrats, qui avancent des chiffres significatifs (par exemple, un taux de réponse judiciaire de 84% à la délinquance juvénile), qui pointent le fait que l’efficacité policière est éminemment discutable (seuls 30% des crimes globaux sont élucidés, et ce pourcentage évolue faiblement en tendance longue), et qui soulignent surtout l’absence de moyens pour mettre en œuvre des sanctions alternatives à l’enfermement.

                La dissuasion dite moderne, enfin, repose sur des moyens qui sont au mieux des remèdes partiels au problème de la délinquance, au pire des solutions inefficaces.  En écho à la demande citoyenne de sécurité, le ressenti vis-à-vis de la vidéo-protection a brusquement changé ces dernières années, en passant d’une méfiance commune à une acceptation généralisée par la population. Un récent rapport de l’INHES sur le sujet ne tranchait pas le status quo concernant la méthode : « Rien n’étaye aujourd’hui ni l’efficacité ni l’inefficacité globale de la vidéo protection ». La technique, en tout état de cause, n’est qu’un moyen de consolider un dispositif global de protection, en aucun cas une finalité, contrairement à ce qui est affiché par l’actuel ministre de l’intérieur qui fixe des objectifs chiffrés. L’effet « plumeau » consistant à déplacer la criminalité hors des zones vidéo-surveillées reste patent. Ce problème est d’autant plus grave que les responsables locaux utilisent le plus souvent la vidéo-surveillance à des fins de maintien de l’ordre dans les zones les plus fréquentées des communes (les centre-villes et les zones touristiques) au détriment de la sécurisation des zones les plus vulnérables. La vidéo surveillance a montré un réel intérêt dans l’élucidation des affaires de délinquance, et se trouve être un facilitateur de la gestion policière et judiciaire des délits. Son intérêt dans la prévention de la délinquance n’est en revanche nullement avéré. Or le déploiement humain d’effectifs policiers, d’une efficacité identique du point de vue du sentiment d’insécurité vécu par le public, se trouve être plus efficace vis-à-vis de la dissuasion criminelle. Ce constat justifie pleinement le maintien d’une police de proximité, vouée à la pratique de l’ilotage et qui permet, par sa présence à la fois permanente et mobile,  de pérenniser la présence de l’ordre républicain dans tout le territoire. Les polices municipales, qui représentent aujourd’hui 10% environ des forces totales de police, pourraient jouer ce rôle de proximité. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, à l’instar d’Avignon où la police municipale est cantonnée, à des heures où la criminalité est la moins forte, dans des zones où elles jouent plus un rôle d’affichage; au lieu d’exercer une réelle dissuasion dans des quartiers plus criminogènes où la présence de l’état républicain est de moins en moins visible.   

L’illusion du tout répressif

                L’exemple du discours sur la récidive, relayé par la majorité actuelle, et qui ne s’appuie en réalité sur aucune statistique significative (le taux de prévenus récidiviste dans les tribunaux est stable depuis plusieurs années), illustre la manière dont le pouvoir laisse entendre qu’il s’occupe des problèmes de sécurité : les méthodes de court terme et les annonces tapageuses (comme l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans), le tout répressif, frappent l’opinion mais l’histoire contemporaine est loin d’en avoir montré le bien fondé. L’augmentation massive du nombre des détenus (+20% pour la population générale en 5 ans, doublement du nombre de mineurs incarcérés ces dernières années) n’est pas un gage de diminution de la criminalité. Une préférence budgétaire pour les solutions d’enfermement se fait au détriment des autres options de prévention : le coût de l’enfermement d’un mineur est de 800€ par jour, et le nombre de places récemment mises à disposition est limité (450), mais le coût global est significatif dans le budget de la justice (130 millions d’euros annuels). Des responsables de la sécurité publique soulignent certes l’impact de la disparition d’un ou deux individus meneurs dans la tranquillité d’une zone urbaine. Il n’empêche que ces solutions extrêmes ne sont qu’une face visible dans l’immense iceberg de la délinquance. 

                Le choix de la judiciarisation de toutes les incivilités, s’il va dans le sens de l’opinion occidentale moderne, est lui aussi discutable. Il est extrêmement coûteux puisqu’il exacerbe la réponse procédurale. Il met le juge en prévalence vis-à-vis des autres acteurs sociaux, notamment les responsables de la prévention ; à ce titre, il multiplie les situations d’identification des individus dans des statuts de victimes et de coupables, au détriment de toute autre forme de lien social entre les citoyens. On obère en conséquence la liberté qui permet à l’individu de définir son rôle sociétal spécifique. La réponse punitive affecte aussi les parents, la France s’étant mis tardivement à l’idée (y compris à gauche avec les propositions de l’ex candidate PS à la présidentielle) que la coercition des parents pouvait avoir un effet sur la délinquance de leurs enfants. Les contrats de responsabilité parentale (2006) avec le risque de mise sous tutelle des allocations familiales, et les stages obligatoires de responsabilité parentale (2007) sont la forme française de ce mode d’action. Ces mesures, jusqu’alors non mises en œuvre, restent largement symboliques. Les exemples, anglo-saxons notamment, font quant à eux le constat de leur inefficacité.

               A propos de l’enfermement, deux paradoxes sont en outre largement soulignés. Le premier découle de l’idée précédente : quant la lutte contre la délinquance reviendrait à mieux installer les populations sensibles dans la société, la mise à l’écart et l’enfermement en prison au sein d’une population par définition exclusivement criminelle rend le remède notoirement inefficace vis-à-vis du symptôme. Il ne fait par ailleurs que décaler le besoin de prise en charge de l’individu pour l’aider dans sa réinsertion, l’état actuel des prisons françaises ne leur permettant pas d’exercer correctement ce rôle. Vis-à-vis spécifiquement de la délinquance des mineurs, l’abaissement de la majorité pénale, la mise en place des peines plancher, et la multiplication des solutions d’enfermement vont dans le sens d’une acceptation grandissante par la société de la responsabilité des mineurs délinquants. Paradoxalement, les études sociologiques actuelles convergent dans l’idée que l’adolescence se prolonge jusqu’à bien après la majorité civique, du fait du rallongement des études, de la difficulté de l’acquisition de la liberté dans le monde moderne, etc… On met donc le mineur délinquant dans une situation à part, où l’on nierait son statut d’adolescent commun, pour lui conférer une responsabilité qu’il maîtrise pourtant encore moins qu’un autre, du fait de son manque d’intégration sociale. On voit ici le danger de la convergence de cette idée avec celle avancée récemment par certains élus de droite sur l’identification ultra-précoce des délinquants potentiels.

    

Quelles orientations pour la politique contre la délinquance ?

                Plusieurs acteurs sociaux confrontés à la délinquance (juges, policiers, éducateurs) soulignent la relative inefficacité des actions de masse, destinées à des objets mal définis. A ce titre, la migration des actions destinées aux territoires vers des mesures spécifiques destinées aux individus apparaît légitime. On pourra faire ici le parallèle avec les mesures destinées à lutter contre la pauvreté : cibler les territoires est aussi un bon moyen pour les stigmatiser et en retirer les couches les plus équilibrantes de leur population. Au contraire, limiter dans ces territoires l’extrême pauvreté ou la délinquance la plus violente est un moyen de limiter la répulsion qu’inspirent ces territoires aux classes moyennes. La justification sous-jacente à cette orientation de politique ciblée sur les individus est que leur responsabilisation vis-à-vis de leurs droits et devoirs sociaux se fait avant tout par une appropriation consciente, donc forcément individuelle, de la liberté dans l’état de droit. Le contrôle social de cette liberté individuelle passe par ailleurs nécessairement par une augmentation de la présence républicaine (police, école, services publics) dans les territoires criminogènes, ce qui à son tour demande une meilleure intégration des populations issues de ces territoires, en fonction de leurs moyens propres, dans le réseau social. Des enquêtes outre-rhin montrent que, toute chose égale par ailleurs, le taux de délinquance dans les zones sensible est d’autant plus faible que la réussite scolaire y est élevée. L’expérience française de facilitation d’accès, pour les meilleurs individus scolarisés en zones difficiles, aux fleurons des établissements d’enseignement supérieur est un gage, même symbolique, d’une possibilité de réussite dans ces territoires. Lutter contre le déterminisme social reste un enjeu majeur, que ne peut relever que la gauche.

                Malgré les cris d’alarmes, largement relayés par les médias, du préfet de Seine Saint Denis un an après les émeutes urbaines de 2005, et le non moins médiatique « Plan Banlieue » annoncé par le président de la République mais qui n’a jamais été mis en oeuvre, la situation dans certains territoires périphériques des grandes villes s’est détériorée ces dernières années. Comme souligné par l’éditorial de la revue Esprit consacré en novembre 2006 à l’anniversaire des émeutes, « acheter ou imposer la pacification des banlieues sans contrepartie politique est un leurre qui ne peut que conduire à une surenchère ». L’initiative de redécoupage électoral prise par le gouvernement, si elle se traduit par une meilleure représentation politique des zones urbaines sensibles, est une bonne chose. De même que la timide insertion de jeunes issus de l’immigration dans les partis politiques. Si le parti socialiste n’est plus un parti populaire mais qu’il tient à le redevenir, ne doit il pas aller chercher dans les zones populaires ses militants et ses revendications? Certains observateurs soulignent que les territoires défavorisés, bien loin du communautarisme décrié dans les médias populaires, sont apolitisés ; en témoigne l’absence flagrante de revendication politique dans les émeutes urbaines de 2005. Si le repliement religieux communautariste reste minoritaire, l’entre soi communautaire devient la règle. Et l’on ne peut dénoncer que les territoires s’autorégule (y compris en éloignant le droit républicain) en favorisant par des choix politiques l’isolement de ces territoires sans se mordre la queue.

                Plus généralement, la délinquance n’étant pas le fait des seules zones sensibles, certains sociologues soulignent la propension de la société moderne à la délinquance. Profits iniques, obligation du succès matériel et exacerbation des tentations, refus de la contrainte sociale (d’autant plus qu’elle est sans contrepartie) et accroissement des inégalités d’accès aux marchés sont autant de gages de maintien d’un niveau de violence élevé. Une certaine gauche socialiste, en demandant d’arrêter de trouver des excuses aux délinquants, a collé au discours sécuritaire, parfois de manière dure et caricaturale (cf l’exemple des camps militaires) notamment lors de la dernière présidentielle. Elle devra à l’avenir combattre pour le maintien d’une spécificité du droit pénal des mineurs, et s’attaquer à la dérive d’une focalisation sur les aspects de prévision de la délinquance, notamment en revendiquant plus d’intégration républicaine auprès des couches populaires : si la destruction du tissu social est le premier argument pour expliquer l’explosion de la délinquance dans les sociétés modernes, la reconstruction de ce tissu doit être l’objectif d’une vraie prévention.   

Posté par Melfi à 10:22 - Actualités nationales - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 janvier 2009

VOEUX ET ¨RESOLUTIONS DE DEBUT 2009

Retour au travail – cours à Sciences Po ce matin, puis à l'Assemblée nationale - après une interruption profitable : sommeil – beaucoup – lectures boulimiques – j'ai retrouvé ce plaisir que j'avais un peu délaissé – cinéma, amis, parents... J'avais besoin de ce « break », qui m'a rappelé à quel point une activité politique sans répit pouvait épuiser le corps, appauvrir la réflexion – même si, honnêtement, je ne crois pas avoir trop déchu de ce point de vue là – produire insidieusement une relative acculturation. Je me suis permis – jusqu'au prochain renoncement – de ne pas y céder dans les mêmes proportions qu'en 2008. En attendant, en ce début d'année nouvelle, vient le temps des voeux, résolutions et devoirs. Vous ayant déjà présenté mes voeux – que je vous redis très chaleureux – je parlerai plutôt de ce que je souhaite entreprendre, qui prendra – sauf à être démenti par une réalité toujours plus imaginative que nous – 3 formes.

Ma première priorité en 2009 sera le pays de Montbéliard. Celui-ci souffre, et va souffrir encore davantage je le crains, de la crise, qui a déjà provoqué plusieurs semaines de chômage technique, et soumet les entreprises de la filière automobile à une formidable incertitude et à des tensions sans précédent. Il faudra parer les coups, garantir le financement des sous-traitants en difficulté, protéger et défendre l'emploi, penser à la situation des intérimaires laissés pour compte, faire un effort de formation gigantesque, être exigeant avec l'Etat – qui doit intervenir plus fortement en faveur de ce secteur que ce qu'a déjà annoncé Nicolas Sarkozy. Et, dans le même temps, nous devons préparer l'avenir à moyen terme, avec le projet d'agglomération, améliorer la qualité de vie des habitants, accroître l'attractivité de ce territoire. Ajoutons à cela deux nouvelles présidences qui vont m'échoir – celle de l'Aire urbaine Belfort – Héricourt – Montbéliard, celle du Conseil d'administration du Centre hospitalier Belfort – Montbéliard - et qui concernent un ensemble humain plus vaste, qui doit devenir plus solidaire. Vous comprendrez que je serai très présent, chaque semaine, sur le terrain, et constamment sur mes dossiers, auprès des ministères parisiens qu'il faudra harceler. Car le pays de Montbéliard a besoin de moi. Je le dis sans forfanterie, non parce que je serais l'homme providentiel ou parce que j'aurais toutes les qualités, tous les leviers en main – loin de là, je connais les limites des moyens dont dispose un Président d'agglomération, je revendique le droit à l'imperfection et à l'erreur. Mais tout simplement parce que les citoyens de ce pays industriel et ouvrier m'ont confié, comme député, comme Président de la CAPM, les responsabilités locales les plus importantes dans les années qui viennent, et qu'ils sont en droit d'attendre de moi, et de mon équipe sur laquelle je sais pouvoir compter, travail, présence, dévouement, réconfort et... résultats. Je vais m'appliquer à leur répondre, sans ménager mes efforts.

J'aurai aussi en tête et au coeur l'avenir du PS, de la gauche, et donc de la France. Vous connaissez ma lecture de la situation du Parti socialiste. Selon moi,

2008 a

été pour les socialistes une année ratée – et il y en a peu d'ici à 2012 maintenant – marquée non seulement par l'immobilisme, mais bel et bien par un recul – recul intellectuel, recul du vivre-ensemble. Les premiers pas de la direction sont... hésitants, dans un contexte interne et externe il est vrai très difficile. A elle, maintenant, de rassembler plus et mieux, de mettre le parti – tout le parti - au travail, de répondre à la crise avec force et intelligence. A ma place, celle d'un homme constructif et libre – une liberté chèrement payée, durement conquise, mais intégrale et tranquille – je l'y aiderai. Pour cela je compte participer à l'animation de la motion A, et en son sein faire grandir « Besoin de gauche », je souhaite que ce groupe s'organise et s'étoffe, pour contribuer fortement au débat d'idées.

Une première réunion nationale se tiendra le 25 janvier 2009 à Alfortville - « Alfortville où tout commence » - aimait à dire DSK. Je vous tiendrai vite informés des détails de cette rencontre. Croyez, en tout cas, à ma totale détermination à faire en sorte que les idées de gauche, réalistes, ambitieuses, cohérentes, européennes, bref socio-démocrates, que nous défendons, soient pleinement présentes à tous les rendez-vous du PS dans les années qui viennent, sans compromissions ni combinaisons approximatives. J'ai connu, en 2008, des réussites, et sans doute aussi commis de petites fautes, auxquelles j'ai réfléchi : on apprend de ses erreurs, je ne les commettrai plus. Car j'ai conscience que ma génération – celle qui a déjà de l'expérience et qui peut aussi incarner la nouveauté et l'énergie - a un rôle majeur à jouer, une responsabilité particulière : je ne m'y déroberai pas.

Enfin, je n'oublierai bien sûr ni l'Europe, ni le monde. Parce que le socialisme est un internationalisme, parce que les solutions, comme les problèmes, se situent désormais à une échelle globale, parce que le repli sur soi est mortel, parce que, plus que jamais, comme le disait François Mitterrand, « le nationalisme, c'est la guerre ». Je veux, à cet égard, dire ma préoccupation sur la situation à Gaza, et souhaiter un cessez-le-feu rapide, complet et durable. En juin 2009, les élections européennes seront pour notre Union un rendez-vous essentiel. Je n'y serai pas cette fois candidat. Mais je travaillerai à ce que le Parti socialiste s'engage, sans ambiguïté, dans ce combat sur la base du « manifeste » du PSE, qu'il mène campagne sur ses valeurs, qu'il propose la candidature d'un socialiste à la Présidence de la Commission face à José Manuel Barroso, le faible candidat des conservateurs. Et j'aiderai, s'ils le souhaitent, nos candidats dans la campagne, de ma petite expérience européenne et de mes convictions. Enfin, je tâcherai de trouver un peu de temps pour voyager - ce que je n'ai pu faire l'an dernier : d'ores et déjà j'ai prévu de me rendre au Québec – que je ne connais pas et qui m'attire beaucoup - aux Etats-Unis – où se joue, comme souvent, une partie de l'avenir de la planète, autour de Barack Obama – au Maroc, dans plusieurs pays européens, en Israël et en Palestine.

Dernière résolution – implicite, et transversale : continuer à écrire, et à tenir aussi régulièrement que possible ce blog, dont je tacherai de publier les meilleurs – ou les moins mauvais – papiers dans un «blog-notes ». Je vous invite à y contribuer aussi nombreux qu'en 2008 et, si vous le voulez bien sur, à m'accompagner dans mon combat politique en rejoignant « Besoin de gauche » - présent aussi sur Facebook.

Posté par Melfi à 17:51 - Actualité à Maisons-Alfort - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1