Le blog de la Gauche du Réel à Maisons-Alfort

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25 mars 2009

un billet de Moscovici au sujet de DSK

Le mythe du "patron caché"

Dominique Strauss-Kahn sera à Paris cette semaine. Il aura l'occasion de s'exprimer fortement. Mercredi, il est l'invité de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale – réunion à laquelle je ne pourrai hélas assister, retenu de longue date par une conférence sur l'Europe à l'IEP de Rennes. Jeudi, il pourra, pendant 2 heures, développer sur France 2 sa pédagogie de la crise, sa vision du « monde d'après ». Chacun connaît nos liens. Nous avons travaillé ensemble pendant près de 25 ans, DSK est pour moi un ami cher, après avoir été un maître dans ma jeunesse, dont je respecte la pensée et partage l'essentiel des idées. Depuis Paris, je l'observe avec plaisir réussir, à la tête du FMI, à changer par petites touches la gouvernance mondiale. Son expérience de politique, social-démocrate jusqu'à la racine, et d'économiste néo-keynésien, est utile dans ce moment de désarroi. Mercredi et jeudi, il pourra faire entendre son message, en 3 points : le souhait d'une meilleure régulation internationale, dont le FMI doit être le garant, l'appel à une relance budgétaire plus forte et plus équilibrée entre l'investissement et la consommation, de la part des pays riches, l'exigence d'un effort massif pour le développement et au premier chef pour l'Afrique. J'approuve en tout point cette démarche : elle indique la bonne voie pour franchir l'épreuve que nous traversons. Et je reste fidèle à mes amitiés comme à nos idées communes.

Faut-il pour autant, comme nous invite à la fois un article d'anthologie de Claude Askolovitch et Cécile Amar, dans le « Journal du Dimanche » d'hier, voir en lui un « patron caché » pour la gauche et pour le PS ? Je suis plus interrogatif. Je résume – sans le trahir, je vous l'assure – la thèse de ce papier. Derrière l'apparence et l'apparat d'une Martine Aubry feignant de croire en son destin, les « strauss-kahniens » contrôleraient tout – la direction du PS, la fabrique des idées à travers les « think-thanks » – sous la férule géniale de Jean-Christophe Cambadélis. Ce serait lui, en parfait accord avec l'homme de Washington, qui orchestrerait le message politique du Parti, aurait construit avec virtuosité ses listes aux Européennes, aurait placé des hommes partout – Christophe Borgel aux fédérations et aux élections, Gilles Finchelstein à la Fondation Jean-Jaurès, Olivier Ferrand à Terra-Nova. Il ne resterait plus qu'à lancer une démarche, un appel, pour que DSK ramasse la mise et vienne sauver la gauche et le pays. J'ai été pendant longtemps le complice de Jean-Christophe, son complément, je crois pouvoir dire son ami. Il en reste toujours quelque chose, même quand les chemins s'éloignent. Je reconnais toujours son talent, sa « patte », son goût des constructions intellectuelles. Mais du coup, je connais aussi ses défauts, mieux que quiconque, comme il connaît les miens sans doute. Et là, nous sommes en face d'un magistral coup de ce que les anglo-saxons appellent le « spin », la distorsion journalistique organisée par un expert, comme Peter Mandelson le fut jadis pour Tony Blair – mais avec une toute autre façon de faire et un fond idéologique différent.

Regardons-y en effet de plus près. Cet article, très inspiré, est d'abord tout à fait désobligeant pour la Première secrétaire, Martine Aubry, décrite au pire comme un artefact, au mieux comme un plan B, en cas d'échec de la solution idéale : la formule « Martine chante, Camba fait de la politique » lui ira sans doute droit au coeur. Je crois que c'est aussi sous-estimer la volonté et les capacités de celle qui se trouve aujourd'hui à la tête du PS. En outre, je crains pour les auteurs de ce roman que la réalité soit un peu plus complexe que ne le laisse croire cette démonstration d'école. Les « strauss-kahniens », parait-il, seraient aux leviers de commande : peut-être, mais pas tous, loin de là, et le sont-ils vraiment pour le bénéfice exclusif de DSK, ou pour l'emporter, quoi qu'il arrive, avec le ou la mieux placé(e), en 2012 ? Et puis, c'est l'essentiel, travaillent-ils pour les idées que nous avons, ensemble, promues autour de DSK, notre leader à « Socialisme et Démocratie » entre 2002 et 2007, notre candidat commun à la candidature présidentielle en 2006 ? Le nouvelle matrice idéologique défendue par Jean-Christophe et ses amis tiendrait en 3 éléments : la « fin de la triangulation » et le retour à une « ligne de gauche », avec un zeste de protectionnisme, l'affirmation d'une logique résolument « anti-sécuritaire », illustrée par le livre noir du PS sur les libertés, la pétition contre le bouclier fiscal. Cela suffit-il pour définir, de façon positive et forte, la sociale-démocratie du 21ème siècle que nous devons construire ? Est-ce bien le message que nous avons porté, par exemple avec « A gauche en Europe », que j'ai présidé avec Marisol Touraine ? Et la musique que fait entendre tous les jours la direction du PS est-elle vraiment sociale-démocrate ?

C'est pourquoi, où, il y a là beaucoup de manoeuvres, de bruits, d'incertitudes, et pour tout dire d'inexactitudes. Je n'ai jamais su – c'est sans doute ma faiblesse, mais je n'en rougis pas – faire de la politique ainsi, à coups d'intox et de mécanos théoriques. Donc je ne m'en émeus pas. Avec « Besoin de Gauche », je trace ma route : pour le reste, nous verrons. Je n'ai en tête qu'une chose : aider le PS à vaincre Nicolas Sarkozy, autour d'une politique de gauche, ambitieuse et crédible, capable ensuite de réussir. Avec qui ? Tout est possible. Si la situation appelle, effectivement le retour de DSK, et si celui-ci en a l'envie, j'en serais ravi. Si Martine Aubry s'impose, je serai solidaire. Si Ségolène Royal l'emporte, je l'accepterai. Si une autre solution s'avérait nécessaire et possible, j'y réfléchirais. Bien sûr, j'ai mes préférences, mes hiérarchies, elles ne changent pas. Mais aujourd'hui, pour moi, ce n'est pas le « qui » l'important, mais le « pourquoi » et le « comment ». J'avance avec 2 boussoles : la recherche des idées pour réconcilier la gauche et la France demain, l'exigence de la vraie rénovation – et non de la normalisation ou de la manipulation, que le PS rejette de toutes ses fibres, dans ses profondeurs – pour gagner. Je récuse, donc, la thèse du « patron caché », qui est un mythe, je lui préfère celle d'un Parti qui, enfin, s'ouvre à tous les talents. L'émancipation, je le sais, je le vis depuis 2007, n'est pas facile. Elle crée de la solitude, suscite de l'incompréhension, favorise les abandons - je l'ai subi – elle peut facilement passer pour de l'orgueil. Elle n'évite pas les fautes – j'en ai commises, et le sais. Mais je suis convaincu, au fond de moi, qu'elle est le bon chemin. En tout cas, c'est celui que j'ai choisi, et je n'y renoncerai pas.

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