10 septembre 2009
Tourner la page de REIMS
J'interrompts quelques instants l'écriture de mon livre, que je finis, pour dire quelques mots sur le nouveau thème qui déchire le Parti socialiste : les tricheries prêtées au Congrès de Reims, objet de l'ouvrage d'Antonin André et Karim Rissouli « Hold-ups, arnaques et trahisons ». Je n'ai pas encore lu le bouquin de ces deux jeunes journalistes, je ne suis pas sûr de le lire d'ailleurs, mais j'en ai comme vous compris la thèse, tant les bonnes feuilles inondent complaisamment les médias : des fraudes massives auraient été commises lors de l'élection de la Première secrétaire après le Congrès de Reims, des deux côtés mais essentiellement au détriment de Ségolène Royal. Celle-ci s'en émeut ce matin avec force et contre-attaque, dit « avoir ressenti un choc » en apprenant « l'ampleur des fraudes », annonce une « déclaration solennelle ». Bref, c'est reparti après le sursaut de la Rochelle, et l'ambiance du PS risque fort de devenir à nouveau délétère. Tout cela est préoccupant, et je veux essayer de tenir ici quelques propos de bon sens.
Vous le savez, je n'ai pas pris part directement à l'obscure bataille du Congrès de Reims. J'avais alors proposé une solution, dont je persiste à penser qu'elle était juste, visant à éviter le choc mortel et impossible à trancher des « présidentiables », et consistant en un rassemblement large des réformistes autour d'une équipe renouvelée, animée par un Premier secrétaire désintéressé de la présidentielle et mettant en oeuvre un véritable programme de travail. Je me suis retiré de la course, contraint par des manoeuvres dont je ne rappellerai pas l'inélégance. Après l'échec – si prévisible – du Congrès, conclu sans ligne politique ni synthèse, je ne me suis pas prononcé sur le vote de la Première secrétaire, et suis resté neutre jusqu'au bout. Comme tout un chacun, j'ai relevé le caractère contesté et contestable de ce scrutin, finalement tranché par le Conseil national. On se souvient que cet épisode a paralysé le Parti pendant quelques semaines, et empêché la direction, entachée d'un soupçon d'illégitimité, de prendre son essor, y compris pendant la campagne européenne. Les « révélations » de ce livre ne me surprennent donc pas outre mesure. Je ne les prends certes pas pour argent comptant, ce sont des allégations sans preuve, mais ne soyons pas non plus hypocrites : elles ne font que dévoiler des dysfonctionnements connus du Parti socialiste. Celui-ci souffre de trop de biais, un corps électoral trop étroit étant en grande partie contrôlé par le jeu compliqué de quelques hommes d'appareil. Ces travers laissent de côté des dizaines de milliers de militants de bonne foi, et les empêchent d'être les acteurs et les auteurs d'une décision démocratique légitime. Je n'ai évidemment aucune sympathie, aucune indulgence pour ces pratiques. Qui a le plus dosé les votes, pour parler pudiquement ? La thèse des auteurs est que ce sont les partisans de Martine Aubry. Mais ils semblent montrer aussi que les torts sont largement partagés : le rôle des uns et des autres, des « verrouilleurs » dans chaque camp, est parait-il bien décrit. Le problème, en fait, est plus vaste.
Comment réagir à ce brulot, qui dessert tout le Parti ? La mauvaise réaction serait de réactiver la querelle de l'après Congrès, d'engager des procédures, de lancer de nouvelles polémiques. Cela ne changerait rien à la situation, mais dégraderait encore notre image collective. D'autant qu'il n'y a rien de très nouveau dans ces pages. Le résultat du vote, après une poussée de fièvre violente, a finalement été entériné par tous ceux qui ont participé à cette triste affaire. Le vote du Conseil national, quasi-unanime malgré les doutes ou les réticences, a mis fin au débat. Martine Aubry, quelle qu'ait été la réalité du scrutin militant – et personne ne la connaîtra jamais vraiment – est Première secrétaire, la déstabiliser ne profiterait à personne – en tout cas à gauche. Ne faisons dont pas l'archéologie de ce triste épisode.
Ne l'oublions pas pour autant. La bonne réaction c'est : plus jamais Reims ! C'est la raison pour laquelle les primaires – avec toutes leurs limites, tous leurs défauts qu'il faudra juguler – s'imposent. Le Parti socialiste, avec ses procédures habituelles, avec ses structures actuelles, n'est tout simplement plus capable de désigner une(e) candidat(e) de façon claire, avec une légitimité sans tâche. Imaginons ce qui serait arrivé s'il s'était agi du choix de notre représentant(e) à la présidentielle : dans ces conditions, nous en aurions eu deux, et la famille socialiste aurait de ce fait été absente du 2ème tour ! Cela impose que le mécanisme des primaires soit, lui, extrêmement transparent, maîtrisé, contrôlé : mais nous avons impérativement besoin d'un corps électoral plus large, d'une démocratie sans biais. Il est indispensable de faire, également, le ménage dans le Parti socialiste, pour mettre tout le monde sur un pied d'égalité, quelle que soit la fédération concernée, et pouvoir garantir la sincérité et la liberté de tous les votes. Il faudra, enfin, pour rénover vraiment le PS, envisager des modes de fonctionnement qui, tout en préservant la représentation des minorités, assurent des majorités stables. Bref, il faut sortir de tout cela par le haut, et non nous replonger dans cette gadoue.
Alors je lance un appel. Tournons cette page – sans oublier ce qui a permis de l'écrire. Je comprends les colères, les amertumes, les questions qui s'expriment. Mais ne fragilisons pas sans cesse notre véritable maison commune, le Parti socialiste, ne lui infligeons pas l'épreuve d'un nouvelle division à propos d'une mauvaise querelle passée. Le Congrès de Reims a accouché, dans la douleur, dans l'obscurité aussi, d'une direction. La remettre en cause en permanence ne sert à rien. Il faut au contraire l'aider – l'inciter quand elle n'y vient pas spontanément – à relever le Parti socialiste. C'est le pari que j'ai fait, avec mes amis de « Besoin de gauche », en apportant ma force de travail au PS, sans abdiquer ma liberté. C'est à une attitude responsable que je convie chacun. Ecrivons autrement l'avenir de la gauche. Ensemble
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