Le blog de la Gauche du Réel à Maisons-Alfort

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01 novembre 2009

La réforme territoriale

22 octobre 2009

Rapt

Nicolas Sarkozy, remonté comme une pendule contre les « commentateurs » qui lui déversent chaque matin sur la tête des « seaux de purin » - preuve que la parano de l'UMP vient bien du sommet de l'Etat – a lancé hier à Saint-Dizier la réforme territoriale qu'il appelle de ses voeux. Les grandes lignes en sont connues : création d'un Conseiller territorial, représentant à la fois le département et la Région, et de métropoles ; clarification des compétences ; extension de l'intercommunalité ; application du scrutin de liste et de la parité pour les communes de plus de 500 habitants. Avec la délicieuse modestie qui le caractérise, le Président a revendiqué le caractère révolutionnaire de sa démarche, et appelé l'opposition à le rejoindre, citant une sénatrice républicaine ralliée au « plan santé » de Barack Obama : « quand l'histoire appelle, l'histoire appelle ».

Vaste blague ! Personne, en effet, ne contestera que la décentralisation doive être sans arrêt complétée et réformée. Mais la présentation faite par le chef de l'Etat d'un « mille feuilles » dépensier et inefficace est caricaturale. Les collectivités territoriales de ce pays sont des partenaires indispensables pour la solidarité, le développement économique, l'écologie, l'urbanisme, l'éducation, la culture, le sport, elles fournissent des services collectifs à la population. Les coûts qu'elles engendrent sont à la hauteur, d'une part, des biens publics qu'elles délivrent, d'autre part des transferts de charge non compensés que la droite déverse sur elles depuis 2002. Bien des améliorations peuvent être apportées : je suis pour ma part favorable au renforcement du couple intercommunalités-régions, deux échelons structurants de l'aménagement du territoire, et intéressé par la création de métropoles. Je vois par exemple à quel point cette démarche, rassemblant l'Aire Urbaine Belfort-Montbéliard - Héricourt-Delle et le Sud-Alsace, en lien avec Besançon, peut être fructueuse. Mais le projet Sarkozy est tout autre chose : un rapt politique, visent à recentraliser la France, à transformer les collectivités locales en établissements publics contrôlés par l'Etat UMP.

Regardons en effet le tableau d'ensemble. La démarche du pouvoir est une attaque tous azimuts contre les collectivités territoriales. Il y a, d'abord, la suppression de la taxe professionnelle, monstruosité technocratique qui conduit à un transfert massif des entreprises vers les ménages, appauvrit et impuissante les agglomérations industrielles et populaires, les assujettit à l'attente de dotations budgétaires annuelles puissamment aléatoires de la part d'un Etat en faillite. Le gouvernement, par la voix de François Fillon, combat les améliorations de ce texte proposées par... les parlementaires UMP, s'accrochant becs et ongles à sa logique pseudo-économique. Il y a, ensuite, le passage en force pour imposer un « Grand Paris » qui privera les communes de l'Ile de France de nombre de leurs compétences d'urbanisme. Enfin, il y a cette réforme. Celle-ci est, par rapport au Comité Balladur, qui présentait une réflexion argumentée, contestable, réfutable certes mais cohérente, vidée de sa substance et largement réduite à une manoeuvre politique, destinée à concentrer les pouvoirs. La réforme Sarkozy ne tranche pas entre la logique régionale et la démarche départementaliste, mais elle affaiblit sournoisement cette dernière. C'est le sens de la fonction de « conseiller territorial » qui, au prétexte bien démagogique de limiter les coûts ou la démocratie, créé un élu hybride, cumulard par essence, un peu hors sol. L'économie, en fait, sera très faible, puisque les indemnités des élus ne représentent que 0,3 % des budgets locaux. La perte de proximité et la confusion des genres, en revanche, seront bien réelles. Qui, ainsi, va arbitrer les litiges entre les départements et les régions – qui au passage perdent leur « clause de compétence générale » ? Ne va-t-on pas ainsi créer une tutelle de fait de la région sur le département, que l'Etat va conforter par sa propre réorganisation ? La raison d'être de cette innovation réside dans le mode de scrutin choisi, pour des élections qui se tiendront en principe en 2014, 4 ans seulement après les élections régionales de 2010, dont le mandat serait raccourci de deux ans. Empruntant à Léon Blum – ou plutôt à un de ses collaborateurs – le système Weil-Raynal, le Président propose d'instituer un scrutin à la britannique, uninominal à un tour pour l'élection de 80 % des conseillers territoriaux dans le cadre de circonscriptions, un correctif proportionnel de 20 % étant effectué. Tel est, on le voit, le rêve de Nicolas Sarkozy : un quasi parti unique, emportant l'essentiel des sièges avec moins de 40 % des voix, confronté à des oppositions éclatées et impuissantes, des collectivités clairement ramenées vers la tutelle politique et financière d'un Etat autoritaire et par ailleurs dramatiquement appauvri.

Alors, oui, en effet, c'est révolutionnaire, mais consternant. L'histoire est en marche, mais à rebours, elle déconstruit l'oeuvre entamée par la gauche en 1981, avec les lois Defferre sur la décentralisation, elle signe l'évolution bonapartiste du régime. La gauche devra combattre cette démarche, tentaculaire, de toutes ses forces : j'approuve la proposition de Laurent Fabius de demander un référendum sur ce thème. Elle devra s'engager à abroger ces lois en cas de victoire en 2012. En attendant, la meilleure riposte est politique : gagner les régionales en 2010, puis préparer la prochaine présidentielle et la fin du sarkozisme.

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10 septembre 2009

Tourner la page de REIMS

J'interrompts quelques instants l'écriture de mon livre, que je finis, pour dire quelques mots sur le nouveau thème qui déchire le Parti socialiste : les tricheries prêtées au Congrès de Reims, objet de l'ouvrage d'Antonin André et Karim Rissouli « Hold-ups, arnaques et trahisons ». Je n'ai pas encore lu le bouquin de ces deux jeunes journalistes, je ne suis pas sûr de le lire d'ailleurs, mais j'en ai comme vous compris la thèse, tant les bonnes feuilles inondent complaisamment les médias : des fraudes massives auraient été commises lors de l'élection de la Première secrétaire après le Congrès de Reims, des deux côtés mais essentiellement au détriment de Ségolène Royal. Celle-ci s'en émeut ce matin avec force et contre-attaque, dit « avoir ressenti un choc » en apprenant « l'ampleur des fraudes », annonce une « déclaration solennelle ». Bref, c'est reparti après le sursaut de la Rochelle, et l'ambiance du PS risque fort de devenir à nouveau délétère. Tout cela est préoccupant, et je veux essayer de tenir ici quelques propos de bon sens.

Vous le savez, je n'ai pas pris part directement à l'obscure bataille du Congrès de Reims. J'avais alors proposé une solution, dont je persiste à penser qu'elle était juste, visant à éviter le choc mortel et impossible à trancher des « présidentiables », et consistant en un rassemblement large des réformistes autour d'une équipe renouvelée, animée par un Premier secrétaire désintéressé de la présidentielle et mettant en oeuvre un véritable programme de travail. Je me suis retiré de la course, contraint par des manoeuvres dont je ne rappellerai pas l'inélégance. Après l'échec – si prévisible – du Congrès, conclu sans ligne politique ni synthèse, je ne me suis pas prononcé sur le vote de la Première secrétaire, et suis resté neutre jusqu'au bout. Comme tout un chacun, j'ai relevé le caractère contesté et contestable de ce scrutin, finalement tranché par le Conseil national. On se souvient que cet épisode a paralysé le Parti pendant quelques semaines, et empêché la direction, entachée d'un soupçon d'illégitimité, de prendre son essor, y compris pendant la campagne européenne. Les « révélations » de ce livre ne me surprennent donc pas outre mesure. Je ne les prends certes pas pour argent comptant, ce sont des allégations sans preuve, mais ne soyons pas non plus hypocrites : elles ne font que dévoiler des dysfonctionnements connus du Parti socialiste. Celui-ci souffre de trop de biais, un corps électoral trop étroit étant en grande partie contrôlé par le jeu compliqué de quelques hommes d'appareil. Ces travers laissent de côté des dizaines de milliers de militants de bonne foi, et les empêchent d'être les acteurs et les auteurs d'une décision démocratique légitime. Je n'ai évidemment aucune sympathie, aucune indulgence pour ces pratiques. Qui a le plus dosé les votes, pour parler pudiquement ? La thèse des auteurs est que ce sont les partisans de Martine Aubry. Mais ils semblent montrer aussi que les torts sont largement partagés : le rôle des uns et des autres, des « verrouilleurs » dans chaque camp, est parait-il bien décrit. Le problème, en fait, est plus vaste.

Comment réagir à ce brulot, qui dessert tout le Parti ? La mauvaise réaction serait de réactiver la querelle de l'après Congrès, d'engager des procédures, de lancer de nouvelles polémiques. Cela ne changerait rien à la situation, mais dégraderait encore notre image collective. D'autant qu'il n'y a rien de très nouveau dans ces pages. Le résultat du vote, après une poussée de fièvre violente, a finalement été entériné par tous ceux qui ont participé à cette triste affaire. Le vote du Conseil national, quasi-unanime malgré les doutes ou les réticences, a mis fin au débat. Martine Aubry, quelle qu'ait été la réalité du scrutin militant – et personne ne la connaîtra jamais vraiment – est Première secrétaire, la déstabiliser ne profiterait à personne – en tout cas à gauche. Ne faisons dont pas l'archéologie de ce triste épisode.

Ne l'oublions pas pour autant. La bonne réaction c'est : plus jamais Reims ! C'est la raison pour laquelle les primaires – avec toutes leurs limites, tous leurs défauts qu'il faudra juguler – s'imposent. Le Parti socialiste, avec ses procédures habituelles, avec ses structures actuelles, n'est tout simplement plus capable de désigner une(e) candidat(e) de façon claire, avec une légitimité sans tâche. Imaginons ce qui serait arrivé s'il s'était agi du choix de notre représentant(e) à la présidentielle : dans ces conditions, nous en aurions eu deux, et la famille socialiste aurait de ce fait été absente du 2ème tour ! Cela impose que le mécanisme des primaires soit, lui, extrêmement transparent, maîtrisé, contrôlé : mais nous avons impérativement besoin d'un corps électoral plus large, d'une démocratie sans biais. Il est indispensable de faire, également, le ménage dans le Parti socialiste, pour mettre tout le monde sur un pied d'égalité, quelle que soit la fédération concernée, et pouvoir garantir la sincérité et la liberté de tous les votes. Il faudra, enfin, pour rénover vraiment le PS, envisager des modes de fonctionnement qui, tout en préservant la représentation des minorités, assurent des majorités stables. Bref, il faut sortir de tout cela par le haut, et non nous replonger dans cette gadoue.

Alors je lance un appel. Tournons cette page – sans oublier ce qui a permis de l'écrire. Je comprends les colères, les amertumes, les questions qui s'expriment. Mais ne fragilisons pas sans cesse notre véritable maison commune, le Parti socialiste, ne lui infligeons pas l'épreuve d'un nouvelle division à propos d'une mauvaise querelle passée. Le Congrès de Reims a accouché, dans la douleur, dans l'obscurité aussi, d'une direction. La remettre en cause en permanence ne sert à rien. Il faut au contraire l'aider – l'inciter quand elle n'y vient pas spontanément – à relever le Parti socialiste. C'est le pari que j'ai fait, avec mes amis de « Besoin de gauche », en apportant ma force de travail au PS, sans abdiquer ma liberté. C'est à une attitude responsable que je convie chacun. Ecrivons autrement l'avenir de la gauche. Ensemble

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08 juin 2009

Tous les résultats européens

http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/europeennes_2009/20090607.OBS9630/les_resultats_pour_tous_les_autres_pays_de_lunion_europ.html

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06 juin 2009

VOTEZ POUR L EUROPE SOCIALE

Un député de plus dans chaque pays d'Europe peut suffir à faire du Parti socialiste européen le premier groupe au Parlement européen. Chaque voix compte pour construire une autre majorité en Europe.

Dimanche 7 juin, votez pour le seul parti qui vous propose un véritable programme européen.

Nos priorités:

    * Un vrai plan de relance coordoné de 100 milliards d'euros pour l'Europe
    * 10M d'emplois verts pour une autre croissance
    * Un bouclier social pour sauvegarder nos droits sociaux

En savoir plus sur nos priorités et nos propositions: http://changerleurope.fr/notre-programme-pour-changer-l-europe/

Comment agir:

    * Appelez vos proches ! Mobilisons nos amis, notre famille, nos proches par SMS ou par téléphone.
    * Continuez à mobiliser sur le net (statuts Facebook, messages Twitter, etc.) !

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15 mai 2009

Le droit de réponse du PS pour les européennes

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La Gauche ne décline pas, au contraire ! Voilà l'analyse de Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national aux affaires européennes au PS...

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23 avril 2009

la crise encore la crise !

Risques et certitudes

Cette crise financière mondiale, en nous plongeant dans de douloureuses incertitudes sur l’avenir, ne doit pas nous faire oublier nos valeurs d’hier et d’aujourd’hui. Ce moment, ce long moment, cette traversée de peurs et de manque, est celui où doit s’exercer, encore plus que d’habitude, la social-démocratie. Cette crise nous rappelle de manière encore plus déchirante, les valeurs sociales-démocrates. Ce moment est aussi une crise idéologique qui délimite et borne de chacun de ses cotés ce que doit être le socialisme d’aujourd’hui.

Ainsi, à notre droite on a cru et l’on croit toujours, tenace nostalgie, à l’autorégulation des marchés. L’idéologie qui a fait le sarkozysme est celle où l’on pense que le possible génère lui-même sa nécessité, ses limites et ses devoirs. De ce qui est possible émanerai la restriction, la retenue, la morale comme auto-régulation. Cette crise est un démenti cinglant et horrible à cette ancienne foi.

Et à notre gauche, l’on croit que ce qui est nécessaire, parce qu’il est nécessaire, est possible. Que ce qui est moral, parce que cela est juste, est forcément possible. Nous sociaux-démocrates assumons le bras de fer entre le nécessaire et le possible.

Et concrètement, l’urgence est que cet idéal prenne toute sa dimension aujourd’hui. C’est pour cela qu’il est assez effrayant que le discours simpliste « on donne des milliards pour les banques et rien pour les plus démunis » soit porté par les plus hauts responsables du parti socialiste. Qu’un élu de gauche puisse annoncer sans sourciller que, s’il était aux affaires, il ne sauverait pas les dépôts bancaires des citoyens et prendrait le risque d’une destruction pure et simple du capital des Français laisse songeur. Des exemples historiques suffisamment éclairants, à commencer par la crise de 29, peuvent être rappelés pour soutenir que dans une économie monétarisée personne, pauvre ou riche, n’a intérêt à une faillite généralisée des banques.

Il faut néanmoins chercher, sinon des responsables, du moins des explications à la crise. Dominique Strauss Kahn l’a rappelé récemment, la crise actuelle est une crise de l’excès de crédit, et, en conséquence, de ceux qui ont profité de ces excès. Les banquiers qui ont ouvert les créances certes, les financiers qui les ont titrisés certes, mais aussi ceux qui ont pensé qu’ils pouvaient s’endetter sans limites. Vivre au dessus de ses capacités financières est un leurre, comme vivre au-delà des capacités environnementales est un leurre. Leurre qui nous rappelle  que la crise écologique, infiniment plus dure, infiniment plus durable, est devant nous et que nous devrons en assumer, là encore, la charge collective.

Néanmoins la financiarisation de l’économie porte une lourde responsabilité, puisque la finance est devenue à la fois le moteur et les roues d’une machine à générer du profit, le plus vite et le plus intensément possible. Y compris bien sur en s’accaparant les ressources des moins solvables. Pire, la finance moderne est l’apothéose de la pensée néo-libérale, en ce sens qu’elle a permis de construire un marché, ce qui est le crédo du néo-libéralisme, mais un marché de concepts, ce qui est plus rare, et surtout un marché de concepts faux, ce qui, vu l’ampleur des enjeux, est inédit à l’échelle historique. « Il n’y a de rationalité à l’économie libérale de marché en matière de risque que pour des situations parfaitement calibrées et statistiquement renseignées » rappelait récemment un mathématicien reconnu dans la revue Esprit. Les modèles mathématiques utilisés par les financiers pour estimer les risques concernant les positions détenues ne permettent pas une bonne estimation quand les situations sont exceptionnelles et génèrent des comportements inédits. C’est la nature intrinsèque du risque : lorsque survient une situation exceptionnelle, personne ne sait comment les individus vont réagir. Cela a été très bien expliqué par les traders eux-mêmes, qui ne comprenaient pas pourquoi, durant l’hiver, tout le monde continuait à vendre et donc à faire baisser des actifs (pas les toxiques, ceux qui étaient adossés à une valeur économique réelle) dont la sous-cotation était déjà manifeste et qui auraient dû au contraire être achetés en masse.  C’est la limite de la théorie de l’efficience qui veut que les marchés produisent, à tout instant, la meilleure évaluation possible des titres. Il ne s’agit pas de remettre en cause les marchés, mais la foi absolue en ces marchés. L’impuissance des meilleurs modèles de mathématiques financières est l’illustration de cette intuition géniale de Keynes.

Des sommes considérables ont été mises sur les marchés financiers, générant des profits considérables, mais aussi des risques considérables dont tout le monde se rappelle maintenant qu’ils sont potentiellement porteurs de pertes encore plus considérables que les profits qu’ils ont permis de réaliser. La plupart des acteurs des marchés financiers savaient qu’il y avait une partie du risque qu’ils maîtrisaient et une partie qu’ils ne maîtrisaient pas ; mais ils savaient aussi que dans le cas d’une déflagration du système, au moment du « passage » dans le risque non maîtrisé, ils ne subiraient qu’une petite partie des conséquences de la déflagration. Ce qu’il y a d’inepte dans ce système, symbolisé par la formule « individualisation des profits, mutualisation des pertes », c’est que chaque acteur financier avait compris et, bien évidemment, adopté les règles du jeu au moment même de sa première transaction. Et que pendant que la plupart des sympathisants de gauche dénonçaient les profits déconnectés des réalités des marchés financiers, ils n’avaient pas encore réalisé qu’en plus, un jour, ils auraient à payer les pots cassés d’un système de profit dont il se croyait juste exclus… Ils n’avaient pas encore réalisé qu’en cas de problème tout le monde devrait payer, y compris ceux qui n’en ont pas les moyens.

L’histoire en marche, comme la finance, est dans une queue de probabilité, c’est la raison pour laquelle personne ne sait actuellement où nous allons dans la crise, et que l’on se borne aux incantations. En attendant le calme (c'est-à-dire non pas la reprise, mais le retour à une situation prévisible, modélisable), le rôle principal de l’état est de garantir les biens de ceux qui n’ont pas pris de risque mais qui subissent les évènements consécutifs aux actes de ceux qui en ont pris. Donc en premier lieu de sauver les banques, pour sauver les dépôts de l’immense majorité des citoyens.

François Lecompte et Jean François Cesarini

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12 mars 2009

VOTE DE LA LISTE AUX EUROPEENNES CE SOIR

Lettre aux amis de "Besoin de Gauche"

Cher(e) ami(e),

Le Conseil national du Parti socialiste s'est réuni ce samedi pour examiner son texte d'orientation en vue des élections européennes et pour adopter la liste de ses candidats à celles-ci. J'ai voté le texte, mais pas les listes, sur lesquelles je me suis abstenu. Je veux t'expliquer pourquoi, et te dire quelles conséquences j'en tire.

J'accorde, tu le sais, une grande importance aux élections européennes. Le rôle du Parlement européen va croissant, et l'enjeu de la majorité politique en son sein est majeur, à l'heure où le Conseil et la Commission n'ont jamais été dominés par les droites autant qu'aujourd'hui. Il est, dans ce contexte, décisif que le Parti des socialistes européens, le PSE, soit le premier groupe en son sein et que les socialistes français y jouent un rôle éminent et positif. Dès lors, la force de notre orientation politique et la qualité de nos listes ne peuvent être négligées. Le texte soumis à notre vote samedi, intitulé « Donner une nouvelle direction à l'Europe », ne pouvait être parfait : il résulte forcément d'un compromis, au sein d'un Parti qui a été, chacun le sait, divisé par la question européenne, notamment à l'occasion de la ratification du traité constitutionnel européen en 2005. J'aurais préféré qu'il soit plus entraînant, mieux écrit, qu'il ait plus de souffle et d'enthousiasme européen. Mais c'est un texte cohérent, qui possède à mes yeux une vertu essentielle : il est, avant tout, la déclinaison française du « Manifeste » du PSE, et nous permettra, enfin, de mener sans état d'âme et sans leçons superflues à nos camarades européens une vraie campagne transnationale. C'est pourquoi je l'ai voté sans hésiter.

En conscience, je n'ai pu faire de même pour nos listes. Il est bon que le Parti sorte rassemblé du Conseil national – il l'a toujours été, d'ailleurs, pour les élections européennes. Et je ne veux pas remettre en cause personnellement les camarades désignés pour porter nos couleurs. Ils seront nos candidats, et nous devrons, tous, les soutenir une fois que les militants auront ratifié les listes soumises à leur vote. Il ne s'agit pas non plus de critiquer la Première secrétaire, Martine Aubry. L'exercice, en effet, était difficile, tant les critères à combiner étaient nombreux et contradictoires : respect du travail et de l'influence des sortants, renouvellement, parité, diversité, représentation des régions, des courants du parti. Je déplore toutefois que cette dernière préoccupation – l'application au trébuchet de la proportionnelle nationale des motions au Congrès de Reims – ait été à ce point prédominante. Elle ignore la logique du mode de scrutin dans 7 grandes régions métropolitaines, plus l'Outre-Mer, qui visait à rapprocher le député européen de ses électeurs et des territoires.

Qui ne voit qu'en découlent des incohérences ? Plusieurs têtes de liste « déplacées », deux candidats « importés » parmi les 4 premiers de la Région Est, des députés sortants parmi les plus respectés au Parlement européen – je pense notamment à Gilles Savary – non renouvelés au nom de la logique des courants, des régions entières – le Limousin, l'Aquitaine, l'Auvergne - privées de candidats éligibles, la Franche-Comté carrément oubliée, la Bretagne, région la plus favorable à l'Europe de France, incarnée par une candidate issue de la motion de Benoit Hamon, une députée nationale, élue en 2007 dans une circonscription symbolique, la quittant par crainte d'un redécoupage défavorable... : tout cela ne pouvait me satisfaire, je l'ai exprimé par mon abstention, d'autres par leur vote contre les listes. En vérité, nous touchons aux limites d'un système, celui de la proportionnelle intégrale dans le cadre d'un parti fragmenté. Si le mode de scrutin actuel demeure, nous ne pourrons pas, ne devrons pas conserver cette procédure de désignation, qui a montré toutes ses insuffisances.

Ce vote, partagé par l'essentiel de mes amis et par beaucoup d'autres, n'a pas été celui de toute la motion A, et d'abord des représentants de Bertrand Delanoë, coordonnés par Harlem Désir, qui ont approuvé ces listes. J'en tire aujourd'hui les conséquences. On le sait, j'avais lors du Congrès de Reims, signé la contribution « Besoin de gauche », avec beaucoup d'entre vous. Celle-ci était porteuse d'une cohérence social-démocrate, réformiste, européenne et d'une volonté de rénovation du Parti socialiste. Au moment des motions, nous nous sommes rapprochés des contributions de François Hollande et de Bertrand Delanoë, dont nous partagions les principales options idéologiques, et avons soutenu avec vigueur la candidature de ce dernier au poste de Premier secrétaire. Nous avons ensemble mené la bataille du Congrès, et n'avons pu l'emporter.

Je ne regrette pas ce choix. Il me semble toutefois qu'il a montré deux limites depuis lors. La première tient au positionnement politique de la motion A. Il ne me semble pas que sa volonté réformiste soit suffisamment affirmée et audible au sein de la direction du parti, où elle apparaît trop souvent, probablement du fait d'un esprit de responsabilité louable, sans vraie distinction par rapport aux autres composantes de la majorité. Les camarades de Benoit Hamon, ceux de la motion E - dont beaucoup ont apparemment délaissé Ségolène Royal - sont beaucoup plus identifiés et écoutés. Il y a, aussi, un vrai problème de fonctionnement collectif. Les signataires de la contribution « clarté, courage, créativité » continuent trop souvent à agir à leur bénéfice exclusif, ils ne jouent pas assez le jeu d'une motion unie, résultant d'une vraie synthèse entre plusieurs textes différents. Ce fut le cas lors de la formation des instances du parti au moment du Congrès de Reims, à commencer par le Conseil national, ça l'est au sein de la direction du parti, ce fut encore flagrant lors des discussions sur les listes européennes, où certains camarades ont été âprement défendus et d'autres, proches de François Hollande ou moi, délaissés. Il n'est plus possible de continuer ainsi.

C'est pourquoi je vous appelle maintenant à faire vivre davantage encore « Besoin de gauche ». Il ne s'agit pas d'une déception pour des « places » : deux camarades signataires de notre contribution seront députées européennes, et je m'en réjouis, d'autres ont une chance de l'être, et je les soutiens. Ce n'est pas davantage une brouille avec Bertrand Delanoë : j'ai pour lui du respect, de l'estime personnelle, je sais que nous avons beaucoup de positions communes, beaucoup de combats à mener côte à côte. Je souhaite que nous continuions à agir ensemble, mais autrement. C'est une volonté d'autonomie affirmée. Je m'impliquerai fortement dans la campagne européenne, et dans le cadre de la Convention nationale sur le « nouveau modèle de société », dont Martine Aubry m'a confié l'animation. Là, d'ailleurs, est l'essentiel : élaborer, pour 2012 et l'après-crise, un projet socialiste ambitieux et crédible. Créons donc, par nous même, le courant de pensée capable de porter cette ambition là.

Oui, soyons plus que jamais loyaux et libres. Cela nous crée, cela me crée des devoirs. Il faudra être plus pointus dans l'expression, plus rigoureux dans l'organisation, plus présents dans le débat public. Je ferai, très vite, des propositions à cet égard. En attendant, j'espère que tu comprendras ces explications, que tu approuveras ces décisions, et t'invite à t'impliquer pleinement dans notre combat commun au sein de « Besoin de gauche ». J'ai la conviction que nos thèses, notre pratique, notre éthique, ont de plus en plus d'audience au sein du Parti socialiste, je suis certain qu'elles pourront en trouver davantage encore. Tu peux compter sur moi.

Avec ma fidèle amitié,

Pierre Moscovici

Le temps de la rénovation

La révolte contre les listes européennes adoptées samedi par le Conseil national du Parti socialiste monte dans beaucoup de fédérations. Sans parler du courroux du maire de Lyon, Gérard Collomb, je pense au refus d'organiser le vote du 12 mars par le conseil fédéral de la Gironde, choqué comme je le suis par l'éviction de Gilles Savary, à la colère de François Patriat, le Président de la Région Bourgogne, à la mauvaise humeur de beaucoup de socialistes dans le Limousin, en Auvergne, en Bretagne, dans le Centre, en Franche-Comté... J'ai dit ici ce que je pensais de ces listes, de mon abstention lors du Conseil national, et n'y reviens pas. Mais le moment vient de prendre un peu de recul, et de chercher à comprendre comment cette situation a pu émerger, comment ce malaise a pu naître, de quoi il est le symptôme préoccupant. Nous vivons, selon moi, une fin de cycle, et il est temps, grand temps, d'en ouvrir un nouveau, celui de la vraie rénovation du Parti socialiste.

Car la constitution douloureuse de nos listes européennes n'est ni un hasard malheureux, ni le résultat d'un concours de circonstances, ni le produit d'un arbitraire scandaleux de la direction. Elle est le fait d'une dérive, progressive mais puissante, de notre vivre ensemble, dont le Congrès de Reims a été un moment paroxystique, passé mais pas encore dépassé. De quoi s'agit-il, à grands traits ? Le PS n'est pas encore sorti de la triple crise qui le plombe depuis le début des années 2000, en tout cas depuis le retrait de Lionel Jospin en 2002. La première crise est identitaire. Qu'est qu'être socialiste, en France et en Europe, au début du XXIème siècle ? Qu'est-ce qui, aujourd'hui, distingue notre courant de pensée, comment peut-il répondre aux aspirations des peuples à l'efficacité, à la solidarité, à la justice, dans la crise que nous traversons ? Nous ne le savons plus tout à fait, et c'est à cela, me semble-t-il, que devra répondre notre convention sur le « modèle de société », qui devra produire un nouveau texte fondamental, approfondissant et concrétisant notre déclaration de principes. La deuxième crise est stratégique. Avec qui, quelles alliances, sur quelles bases sociales créer un socle majoritaire ? Là encore, malgré de fortes proclamations, par exemple sur le Modem, nous hésitons. Enfin, nous sommes toujours en crise de leadership. Le PS a maintenant une Première secrétaire dont la légitimité est acceptée par tous, et une direction regroupant tous les courants. Qui ne voit, pour autant, que le combat pour le véritable leadership, pour une candidature présidentielle potentiellement victorieuse, continue, que nous connaissons sur ce terrain un répit, une pause, en aucun cas un arrêt ?

Sur tous ces points, le Congrès de Reims a été stérile. Les thèses réformistes y ont été immensément majoritaires, mais aucune majorité de travail cohérente n'a pu émerger. La présidentialisation du parti, officiellement refusée par tous, a été la seule boussole de ce Congrès de dupes. Et les proclamations stratégiques furent trop rudimentaires, trop radicales pour sembler sincères. En réalité c'est un parti fragmenté et blessé qui est sorti de Reims, et nos listes européennes expriment très exactement ces stigmates. Ceux-ci ont plusieurs formes. Tout d'abord, le poids excessif d'une proportionnelle omniprésente, insupportable dès lors que chacune des motions soumises alors au vote des militants était une coalition de forces hétérogènes et qu'aucune d'elles n'a pu dépasser 30 % des voix. Ce sont en réalité une dizaine de « familles » qui se sont disputées 20 sièges de députés européens espérés: comment cette balkanisation pouvait-elle produire des résultats satisfaisants, dans le cadre d'un mode de scrutin territorialisé ? Ce biais est renforcé par l'influence croissante de « grandes fédérations », porteuses d'une vraie force politique, d'une réelle légitimité militante sans doute, mais aussi capable d'imposer leur loi à tous. C'est avec cela, qui rappelle fortement la SFIO finissante, et avec l'antagonisme interpersonnel de nombreux dirigeants du Parti, jeunes et moins jeunes, qu'a du composer Martine Aubry. Le rassemblement des courants a été réalisé, mais la représentation des régions et le souci d'envoyer au Parlement européen une délégation de qualité ont été trop négligés. C'est tout cela qui ne peut plus durer.

C'est pourquoi il faut sortir de ces fonctionnements d'appareil, et promouvoir une vraie rénovation. Notre succès en 2012, essentiel pour les Français, dépend en réalité de notre capacité à remplir 3 conditions. La première, bien sur, est la production d'un projet de qualité, de gauche, européen, ambitieux et réaliste. La seconde est la désignation, le moment venu, d'une personnalité crédible, entourée d'une équipe susceptible de gouverner le pays, capable de rassembler le parti, la gauche et au-delà une majorité des Français, pour affronter et vaincre Nicolas Sarkozy. Enfin, nous devons changer, en profondeur, nos modes de fonctionnement, dépasser nos insupportables jeux tactiques, redevenir une force politique ouverte et attractive. Dans ce contexte, la question du mode de sélection de notre candidat à l'élection présidentielle, par une primaire ouverte ou selon les voies classiques de nos Congrès, est décisive. Si, en effet, nous ne changeons rien, je crains fort que les 2 prochaines années ne soient consacrées par les uns et les autres qu'à une chose – le contrôle du parti – au détriment des exigences d'une rencontre victorieuse, qui est tout sauf acquise, avec les Français. La primaire, certes, n'est pas une solution miracle, les démocrates Italiens ont montré qu'elle ne suffisait pas à l'emporter, mais le statu quo est à coup sur une véritable machine à perdre. Ce que je souhaite, au fond, c'est que le parti adopte maintenant – enfin ! - le programme de travail que j'appelle obstinément de mes voeux depuis juin 2007 : des conventions thématiques, découlant d'une convention fondamentale tenue à l'automne 2009, des Etats généraux de la rénovation fixant notamment les conditions de la désignation de notre candidat – quelles qu'elles soient, elles devront être acceptées par tous, sauf à créer des vélléités de dissidence ou des suspicions légitimes – qui devront se tenir au plus tard début 2010. Si nous faisons ainsi – transposant en quelque sorte, dans un temps et une situation très différents bien sur, notre démarche de 1995/1997 - tout en accentuant notre effort d'opposition, nous pourrons retrouver la confiance de nos concitoyens. A défaut, nous irons de Congrès ratés en choix de candidats décevants et incapables de mobiliser, faisant au final le jeu d'un Président pourtant impopulaire, rejeté et nocif. Il est temps, maintenant, de nous ressaisir collectivement. C'est ce à quoi doit inciter « Besoin de gauche », c'est ce pourquoi je continuerai à plaider avec obstination : la rénovation ne peut plus être différée, elle n'est pas une option mais un impératif catégorique.

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05 février 2009

Le plan de relance de Sarko, un leurre !

Droit dans ses bottes

Le Premier ministre, François Fillon, a présidé hier à Lyon un Comité interministériel pour l'aménagement et la compétitivité des territoires (CIACT), au cours duquel, aux côtés notamment du ministre chargé de la relance, Patrick Devedjian, il a présenté les grands chantiers du plan annoncé en novembre à Douai par le Président de la République. Dans le même temps, il a accordé une grande interview au journal «Le Monde», dont le titre - «rien ne serait pire qu'un changement de cap» - est déjà tout un programme. Le message de cette journée est claire : comme son ancien prédécesseur Alain Juppé, le Premier ministre est sur de lui et de son fait, en un mot il est «droit dans ses bottes». Face à un mouvement social d'ampleur, comme celui de 1995, c'est risqué. Face à une crise majeure, comme celle que nous traversons aujourd'hui, c'est irresponsable.

Quelques mots, d'abord, sur le plan de relance. A lire rapidement ce volumineux dossier, qui présente «1 000 chantiers» destinés à impressionner l'opinion, on comprend mieux encore les limites de la démarche gouvernementale. L'artifice du plan de relance apparaît en effet clairement, notamment à travers la pseudo-priorité donnée à l'investissement des collectivités locales, à qui l'Etat donne... ce qu'il leur doit, au titre du Fonds de compensation de la TVA. Quant aux investissements publics, à hauteur de 11,1 milliards d'euros, plus 4 milliards visant des entreprises publiques, s'ils ne sont certes pas négligeables, ils comportent 2 biais. D'abord, comme je l'ai déjà dit ici, il ne s'agit pas d'une réponse d'urgence à une crise qui prend l'économie à la gorge, mais d'un effort gradué dans le temps : l'Etat espère que 75 % des crédits seront consommés dans l'année – c'est pour le moins optimiste. Ensuite il s'agit pour l'essentiel, comme l'a justement relevé Alain Rousset, Président de l'Association des Régions de France (ARF), d'un «effet de rattrapage et de recyclage des crédits déjà inscrits dans les contrats de plan» : rien de bien neuf sous le soleil, le gouvernement rétablit des crédits votés en 2008 et annulés en 2009, il accélère d'autres programmes, il n'apporte rien d'immédiat. La priorité est donnée à la route et aux transports urbains par rapport au ferroviaire : ça se discute, à tout le moins. De plus, le volet social du plan, avec au premier chef la prise en compte des intérimaires qui me préoccupe tant, est famélique – en fait il est inexistant. Enfin, comme il se doit, rien n'est dit et rien n'est fait pour le pouvoir d'achat, ce plan reste profondément déséquilibré. On peut donc porter sur le détail de ces mesures le même jugement que sur l'approche d'ensemble : tout cela n'est pas insignifiant, certes, mais demeure très insuffisant. En outre, l'élu franc-comtois, le Président de la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard que je suis, ne peut que constater, avec désolation, que rien, ou presque n'est fait pour ce bassin d'emploi et pour cette région : le TGV Rhin-Rhône ne reçoit pas de coup de pouce, l'Aire urbaine Belfort – Montbéliard – Héricourt est négligée : dans ce plan qui ne traite pas la crise là où elle l'est, qui n'apporte rien de nouveau, ce n'est pas illogique, mais c'est grave ! Je suis vraiment en colère : c'est vraiment – pardonnez-moi l'expression – du foutage de gueule !

L'interview du Premier ministre confirme le choix du pouvoir : ne rien changer, continuer comme si de rien n'était, rester sourd au message du 29 janvier. Car, par delà le coup de chapeau ambigu aux syndicats – qui «ne devront pas se tromper de priorité», celle-ci n'étant pas les salaires, mais l'emploi et l'économie, comme s'il y avait opposition entre ces différents termes – c'est un message dur qui s'y exprime. Dur contre le PS, dur contre la gauche d'abord. François Fillon est un homme intelligent, courtois, gros travailleur, il a sa cohérence idéologique, bref c'est un responsable politique de qualité, qui est à se place à Matignon avec une majorité UMP. Mais, malgré son physique lisse et un ton égal, il n'est pas un «bon garçon» ou un homme ouvert, mais un leader conservateur, très rude dans le combat politique. Il feint de convier le Parti socialiste à l'«unité nationale», prétend l'appeler au dialogue et à la coopération», en réalité il nous tape dessus avec violence. Clamer, en guise de réponse à Martine Aubry qui demandait au Président de la République de réunir toutes les forces du pays, que les socialistes ont besoin d'un «Grenelle du PS», critiquer le principe même de notre motion de censure, mépriser toutes nos propositions n'est pas une attitude tolérante et à l'écoute, je crois que c'est, dans le moment difficile que traverse la France, la marque d'un sectarisme inapproprié. Surtout, le Premier ministre confirme la détermination du gouvernement à poursuivre une politique qui échoue, il affirme vouloir «résister à la démagogie de ceux qui prétendent qu'il faudrait utiliser les aides publiques pour relancer la consommation», il adresse une fin de non-recevoir, non seulement aux propositions de l'opposition, mais aussi aux exigences du mouvement social. J'avais, la semaine dernière, dit que Nicolas Sarkozy avait le choix, après le succès de la journée de grève générale entre 3 voies : le pourrissement, l'épreuve de force, le dialogue. Cette dernière semble, comme je l'avais prédit, hélas fermée, le choix entre les deux autres n'est sans doute pas encore fait.

François Fillon est-il le précurseur du message que délivrera le Président de la République jeudi à la télévision, ou bien y-a-t-il entre eux une sorte de division du travail ? Vont-ils nous jouer le numéro «bad cop» (Fillon) vs «good cop» (Sarkozy) ou bien le chef de l'Etat fermera-t-il lui aussi la porte ? Si c'était le cas, nul doute que le climat politique et social se durcirait fortement. Ce serait une erreur dramatique, à laquelle les socialistes doivent se préparer. C'est malheureusement une probabilité. Nous ne nous déroberons pas à nos responsabilités.

PS : Martine Aubry a annoncé, lors de la réunion des secrétaires de section dimanche à la Mutualité, sa décision de me confier la coordination d'une convention nationale sur le modèle de société des socialistes, sur la politique économique et sociale. 

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31 janvier 2009

La grève du 29 Janvier 09 : et maintenant ?

ET MAINTENANT ?

Journée de grève et de manifestations dans toute la France hier. Bien sur, l'interprétation des chiffres concernant les foules rassemblées diverge fortement entre les services de police et les syndicats – l'écart le plus important étant enregistré à Marseille, où les estimations vont de 20 000 à 300 000 manifestants ! En toute hypothèse, ce fut un succès. Si l'ampleur des grèves a été limitée par la pression sociale – forte dans ces temps de crise, où le chômage repart – les cortèges ont été impressionnants, et très soutenus par la population. Je puis en témoigner, pour avoir défilé à Montbéliard : en 18 ans de combat politique dans ce territoire, je n'avais jamais vu une affluence pareille – plus de 5 500 personnes d'après les renseignements généraux, assez honnêtes par ici, sans aucun doute nettement plus encore. Il y a donc probablement eu, sur la France entière, plus de 1,5 million de personnes dans la rue. J'ai été frappé par l'ambiance, à la fois inquiète sur l'avenir, très sereine et déterminée des manifestations, sans slogan ni revendication précise, mais révoltées contre la crise.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Comme toujours, ce sont les lendemains qui comptent, et les leçons de cette journée ne sont pas faciles à tirer, pour quiconque. Elles ne le sont pas pour les syndicats, satisfaits d'une audience rarement, peut-être même jamais, rencontrée au cours des 20 dernières années. Pour autant, le démarrage d'un mouvement long et soutenu n'a rien d'une évidence. Ni le calendrier, marqué par l'approche des vacances de février, ni le climat ne s'y prêtent aisément. Pour le pouvoir, elles ne le sont pas non plus. Nicolas Sarkozy qui il y a peu se moquait des grévistes, les croyait invisibles, qui se targuait d'« écouter sans prendre en compte », a du en rabattre, affirmant comprendre les protestations, les trouver «légitimes», se déclarant disponible pour rencontrer les syndicats. C'est le signe qu'il a compris l'avertissement, et qu'il a conscience de devoir faire, au moins temporairement, profil bas – ce qui, chacun le sait, ne lui ressemble pas. Le Président, depuis les évènements survenus en Grèce à la fin 2008, est habité par une prudence nouvelle. Il sent le désarroi des Français, il craint leur révolte, il voit l'insatisfaction de ce peuple qui, se rappelle-t-il, a décapité Louis XVI. Pour autant le surplace et la feinte modestie ne suffiront pas, faire le dos rond ne résoudra pas tout. Il faudra bien que le Chef de l'Etat et le gouvernement consentent à des « gestes » auxquels, à en croire François Fillon et Brice Hortefeux, ils se refusent.

Et le PS, dans tout ça ? Je n'étais pas à Paris, je l'ai dit, ma place était ici, dans ce pays de Montbéliard si éprouvé par la crise. Et je sais que dans la capitale, où les défilés sont plus politisés, où l'extrême gauche est plus mordante, l'accueil est plus compliqué pour les socialistes. Celui réservé à Martine Aubry, que j'ai seulement entrevue hier soir sur France 2 et qui m'a parue percutante, me semble toutefois avoir été tout à fait correct. A Montbéliard, où les élus socialistes ont défilé avec leurs écharpes, il a été mieux que ça – chaleureux, familier. En vérité, nous étions chez nous, au milieu d'une population amicale, cela ne soulevait aucune forme de doute. Je n'y vois aucun chèque en blanc, aucune approbation inconditionnelle de notre action, mais l'amorce d'une réconciliation avec les couches populaires et les classes moyennes, certes exigeantes à juste titre envers nous, encore déçues et méfiantes peut-être, mais aussi conscientes que l'alternative ne peut venir que de nous. Il n'y a pas de quoi succomber à l'auto-satisfaction, que rien ne justifierait, ou céder à la facilité, qui consisterait à se contenter de profiter des mécontentements : c'est au contraire une incitation à travailler à des réponses plus convaincantes aux inquiétudes de la France en crise.

Je souhaite, pour ma part, que cette grève débouche sur une révision, au moins partielle, en tout cas immédiate, de la politique gouvernementale. Bien sûr, le Parti socialiste va demander l'application de son plan – tout en sachant qu'il ne peut être repris par la droite. Il me semble toutefois que plusieurs signaux devraient être donnés. Lesquels ? Je pense en premier lieu au pouvoir d'achat des moins favorisés, avec la mise en oeuvre d'un «chèque crise» pour les bénéficiaires des minima sociaux et un coup de pouce sur le Smic. Le sort des nouveaux demandeurs d'emploi, des intérimaires, des salariés touchés par le chômage partiel doit aussi être pris en compte – garantie de revenus, allongement de la durée d'indemnisation et des quotas d'heures autorisés, sécurisation des parcours professionnels, notamment à travers la formation. J'attends aussi, rapidement, la sortie d'un vrai plan, global, sur l'automobile, longtemps, trop longtemps, attendu et maintenant urgent. Le gouvernement ne peut, par ailleurs, ignorer la situation des services publics : leur paupérisation, leur délaissement dans cette période de crise sont inacceptables. Enfin, je crois que le pouvoir gagnerait à ouvrir un vrai dialogue – dialogue social avec les syndicats, forcément nourri par des propositions, dialogue politique avec une opposition qui ne mérite pas les caricatures ou le mépris dont elle a été l'objet lors du débat sur la motion de censure mardi dernier, de la part de François Fillon et Jean-François Copé, que le mouvement d'hier rappelle à moins d'arrogance.

Au fond Nicolas Sarkozy voit s'ouvrir 3 voies devant lui. Il peut jouer la montre, se contenter de mots et attendre le pourrissement : c'est tentant. Il peut aussi penser à l'épreuve de force : ce serait assez dans sa nature. Mais cela n'aurait pas de sens, dans ce moment où l'angoisse de la crise étreint toute la société française, où le mécontentement va bien au-delà de la gauche et des syndicats. Reste la sortie par le haut : le changement de politique, par et dans le dialogue. Le connaissant, je doute qu'il en soit capable. Il y aura, sans nul doute, d'autres grèves, d'autres manifestations. Elles sont nécessaires. Nous y serons.

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26 janvier 2009

Journée inaugurale de "Besoin de Gauche"

Hier à Alfortville, assemblée inaugurale de «Besoin de gauche». Ce fut, je crois pouvoir le dire, une totale réussite. Plus de 350 participants au cours de la journée, de nombreux parlementaires, élus, responsables fédéraux venant de toute la France - exception faite bien sur du Sud-ouest dévasté par la tempête - un public militant divers et très jeune, des papiers introductifs de qualité – que je mettrai en ligne ici - la venue amicale de François HOLLANDE, très en verve, un message sympathique de Bertrand DELANOË : il y a là, comme j'en avais l'intuition, une force qui compte et va compter dans le Parti socialiste.

Pour quoi faire ? C'est l'essentiel. Je joins à ce post le texte de mon intervention de conclusion. J'y ajoute simplement quelques mots, pour vous redire à quel point la France a besoin d'opposition, et besoin de gauche. Nicolas Sarkozy, en ce début d'année 2009, se cherche. Privé de la ressource politique que constituait pour lui la Présidence de l'Union européenne, confronté à une crise dont il ne connaît – pas plus que nous – ni l'ampleur, ni la durée, il se trouve en première ligne et dans l'incertitude. Il connaît la dureté des temps, il n'ignore pas les difficultés : son offensive contre les libertés rencontre des résistances, son micro-plan de relance ne convainc pas. C'est pourquoi il a, ce week-end, remanié son dispositif politique, rassemblant et soumettant son parti, d'ores et déjà en ordre de marche pour les Européennes. Face à lui, l'opposition est plus présente, plus pugnace, elle l'est à l'Assemblée nationale, elle l'est par son plan de relance, elle l'est dans le mouvement social, qu'elle accompagnera le 29 janvier. Il lui reste à franchir un seuil qualitatif, à assortir ses critiques de propositions intelligentes et intelligibles. D'où le besoin de gauche, renforcé par l'exigence de régulation qu'appelle la crise économique et financière, par l'hégémonie insupportable des droites en Europe, par l'avènement d'Obama aux Etats-Unis, qui suscite l'espoir et soulève un défi. L'enjeu est bien de nous préparer à affronter le sarkozisme en 2012, pour l'emporter : une 4ème défaite d'affilée des socialistes à l'élection présidentielle serait fatale pour la gauche et terrible pour la France.

Le PS répond-il à ce « besoin de gauche » ? On connaît ma thèse. Le Congrès de Reims a été pire qu'une occasion manquée, un ratage spectaculaire, il n'a rien réglé, ni la question du leadership, plus ouverte que jamais et même enrichie de nouveaux protagonistes, ni le débat idéologique, il n'a pas amélioré notre image auprès des Français. Pour autant, la responsabilité d'un socialiste conséquent – et j'en suis un – est de contribuer à la réussite de son parti, à la remise sur pied de la direction, légitimée par deux conseils nationaux, et à laquelle nous sommes associés. Nous devons être, collectivement, à la hauteur de notre tâche historique : nous mettre en situation de gagner en 2012, pour gouverner bien et durablement.

Comment pouvons-nous y contribuer ? Ne soyons ni des bénis oui-oui, ni des tontons flingueurs. Contribuons, avant tout, au projet des socialistes : le parti n'a rien à craindre du débat des militants, il doit combattre la tentation du repli sur soi, avoir le courage de redevenir un lieu où s'échangent librement les opinions, éventuellement contradictoires, dans le respect mutuel. Conjurons aussi bien le risque du sectarisme que la dérive mouvementiste. En un mot, aidons à forger la social-démocratie du XXIème siècle, une social-démocratie totalement revisitée, qui constitue la seule issue pour un PS à la fois ancré à gauche, radicalement réformiste, résolument européen et vraiment crédible. Je veux en rappeler, très vite les cinq conditions :

  • un travail sur le projet : je souhaite, je demande que l'engagement pris par la direction de tenir plusieurs conventions thématiques soit tenu; c'est ainsi que nos idées progresseront, c'est ainsi que le militantisme retrouvera ses lettres de noblesse ;

  • une opposition intelligente : que chacune de nos critiques soit désormais assortie de propositions approfondies et réalistes ;

  • la clarté sur l'Europe : ne soyons pas Européens à moitié, ou juste un peu, soyons le vraiment, sans timidité, à la fois dans le champ économique et social et sur le terrain politique ;

  • l'ouverture du parti : je suis favorable à des primaires ouvertes, seules à même de nous éviter la répétition des scénarios bâclés de 2006 et 2008, magnifiques machines à perdre ;

  • le rassemblement des réformistes : il n'a pas su se faire à Reims, il est incomplet, faisons le après les élections européennes, voire si possible lors de la constitution de nos listes.

Au terme de cette journée, je pense au mot de Marc TWAIN, « la nouvelle de ma mort est très prématurée ». Dans ce Congrès, je ne suis pas allé au bout de mon projet, nous ne sommes pas allés au terme de nos ambitions - on sait ce qui m'en a empêché. Mais ce Congrès ne nous a pas détruit, il nous appelle au contraire à nous construire. Oui, dimanche à Alfortville, une force est née, qui va tenter de promouvoir une politique de la vérité et de la sincérité. Il y aura, bien sur, une suite : un groupe d'animation, des correspondants fédéraux, un site internet, un groupe Facebook – qui marche déjà très fort – une lettre hebdomadaire, un groupe d'experts, des réunions décentralisées... Vous serez tenus au courant très vite. Merci aux organisateurs, à commencer par le maire d'Alfortville René Rouquet, aux participants, bienvenue à ceux qui veulent nous rejoindre

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