09 novembre 2009
DSK, un socialiste à l'échelle de la planète
Bonjour à tous,
Vous trouverez ci-dessous un lien vers un entretien qui a lieu sur France 24 avec Dominique Strauss-Khan concernant les pays à bas revenu, et se finissant sur la crise en général, notamment sur les bonus de certains suicidaires pour tous. On parle souvent de demain à propos de DSK, de politique fiction ; alors qu'il nous semble tellement plus important de montrer ce qu'il fait aujourd'hui pour limiter les injustices sociales de la crise, en redéfinissant de cette manière ce que c'est qu'être socialiste dans ce monde là.
Agréable et instructif visionnage à vous,
01 novembre 2009
La réforme territoriale
22 octobre 2009
Rapt
Nicolas Sarkozy, remonté comme une pendule contre les « commentateurs » qui lui déversent chaque matin sur la tête des « seaux de purin » - preuve que la parano de l'UMP vient bien du sommet de l'Etat – a lancé hier à Saint-Dizier la réforme territoriale qu'il appelle de ses voeux. Les grandes lignes en sont connues : création d'un Conseiller territorial, représentant à la fois le département et la Région, et de métropoles ; clarification des compétences ; extension de l'intercommunalité ; application du scrutin de liste et de la parité pour les communes de plus de 500 habitants. Avec la délicieuse modestie qui le caractérise, le Président a revendiqué le caractère révolutionnaire de sa démarche, et appelé l'opposition à le rejoindre, citant une sénatrice républicaine ralliée au « plan santé » de Barack Obama : « quand l'histoire appelle, l'histoire appelle ».
Vaste blague ! Personne, en effet, ne contestera que la décentralisation doive être sans arrêt complétée et réformée. Mais la présentation faite par le chef de l'Etat d'un « mille feuilles » dépensier et inefficace est caricaturale. Les collectivités territoriales de ce pays sont des partenaires indispensables pour la solidarité, le développement économique, l'écologie, l'urbanisme, l'éducation, la culture, le sport, elles fournissent des services collectifs à la population. Les coûts qu'elles engendrent sont à la hauteur, d'une part, des biens publics qu'elles délivrent, d'autre part des transferts de charge non compensés que la droite déverse sur elles depuis 2002. Bien des améliorations peuvent être apportées : je suis pour ma part favorable au renforcement du couple intercommunalités-régions, deux échelons structurants de l'aménagement du territoire, et intéressé par la création de métropoles. Je vois par exemple à quel point cette démarche, rassemblant l'Aire Urbaine Belfort-Montbéliard - Héricourt-Delle et le Sud-Alsace, en lien avec Besançon, peut être fructueuse. Mais le projet Sarkozy est tout autre chose : un rapt politique, visent à recentraliser la France, à transformer les collectivités locales en établissements publics contrôlés par l'Etat UMP.
Regardons en effet le tableau d'ensemble. La démarche du pouvoir est une attaque tous azimuts contre les collectivités territoriales. Il y a, d'abord, la suppression de la taxe professionnelle, monstruosité technocratique qui conduit à un transfert massif des entreprises vers les ménages, appauvrit et impuissante les agglomérations industrielles et populaires, les assujettit à l'attente de dotations budgétaires annuelles puissamment aléatoires de la part d'un Etat en faillite. Le gouvernement, par la voix de François Fillon, combat les améliorations de ce texte proposées par... les parlementaires UMP, s'accrochant becs et ongles à sa logique pseudo-économique. Il y a, ensuite, le passage en force pour imposer un « Grand Paris » qui privera les communes de l'Ile de France de nombre de leurs compétences d'urbanisme. Enfin, il y a cette réforme. Celle-ci est, par rapport au Comité Balladur, qui présentait une réflexion argumentée, contestable, réfutable certes mais cohérente, vidée de sa substance et largement réduite à une manoeuvre politique, destinée à concentrer les pouvoirs. La réforme Sarkozy ne tranche pas entre la logique régionale et la démarche départementaliste, mais elle affaiblit sournoisement cette dernière. C'est le sens de la fonction de « conseiller territorial » qui, au prétexte bien démagogique de limiter les coûts ou la démocratie, créé un élu hybride, cumulard par essence, un peu hors sol. L'économie, en fait, sera très faible, puisque les indemnités des élus ne représentent que 0,3 % des budgets locaux. La perte de proximité et la confusion des genres, en revanche, seront bien réelles. Qui, ainsi, va arbitrer les litiges entre les départements et les régions – qui au passage perdent leur « clause de compétence générale » ? Ne va-t-on pas ainsi créer une tutelle de fait de la région sur le département, que l'Etat va conforter par sa propre réorganisation ? La raison d'être de cette innovation réside dans le mode de scrutin choisi, pour des élections qui se tiendront en principe en 2014, 4 ans seulement après les élections régionales de 2010, dont le mandat serait raccourci de deux ans. Empruntant à Léon Blum – ou plutôt à un de ses collaborateurs – le système Weil-Raynal, le Président propose d'instituer un scrutin à la britannique, uninominal à un tour pour l'élection de 80 % des conseillers territoriaux dans le cadre de circonscriptions, un correctif proportionnel de 20 % étant effectué. Tel est, on le voit, le rêve de Nicolas Sarkozy : un quasi parti unique, emportant l'essentiel des sièges avec moins de 40 % des voix, confronté à des oppositions éclatées et impuissantes, des collectivités clairement ramenées vers la tutelle politique et financière d'un Etat autoritaire et par ailleurs dramatiquement appauvri.
Alors, oui, en effet, c'est révolutionnaire, mais consternant. L'histoire est en marche, mais à rebours, elle déconstruit l'oeuvre entamée par la gauche en 1981, avec les lois Defferre sur la décentralisation, elle signe l'évolution bonapartiste du régime. La gauche devra combattre cette démarche, tentaculaire, de toutes ses forces : j'approuve la proposition de Laurent Fabius de demander un référendum sur ce thème. Elle devra s'engager à abroger ces lois en cas de victoire en 2012. En attendant, la meilleure riposte est politique : gagner les régionales en 2010, puis préparer la prochaine présidentielle et la fin du sarkozisme.
21 septembre 2009
Combattre l'inégalité face au capital
Combattre l'inégalité face au capital ( Laurent Le Ny,2005 )
L’ONU a récemment déclaré que 2005 serait l’année du micro-crédit. Dans ses voeux pour la nouvelle année, le Président de la République a également fait allusion à cet outil, notamment en vue de relancer la consommation pour les ménages les plus modestes. Ce texte entend revenir sur l’utilité du micro-crédit, tout en se démarquant de l’approche du chef de l’Etat. Pour ce faire, il s’appuie sur un constat pour définir quelques propositions qui visent à traiter l’exclusion bancaire et financière tout en limitant les risques de surendettement.
1. Constats en matière de pauvreté : rotation et trappes à exclusion
Il peut exister plusieurs définitions de la pauvreté. Celle retenue par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale dans son rapport 2003-2004 est basée sur la proportion de ménages dont le revenu est inférieur à la moitié du revenu médian. En observant l’évolution de ce taux depuis les années 1980, on relève les phénomènes suivants :
- le taux de pauvreté est passé en France de 15 % en 1970 à 7,4 % en 1984 et 7,2 % en 1996, et 6,1% en 2001.
- le recul important de la pauvreté constaté entre 1970 et 1984 est dû, surtout, à l’amélioration de la situation des ménages retraités. En revanche, depuis les années 1980, la situation s’est plutôt aggravée pour les ménages de salariés ou de chômeurs (par exemple, entre 1988 et 2002, les loyers des ménages pauvres ont augmenté de 80 % tandis que leurs revenus augmentait de 30 %.
- il existe une « rotation » des ménages touchés par les phénomènes de pauvreté et d’exclusion sociale. Ainsi, selon le Rapport 2003-2004 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, « la moitié des ménages éprouvant des difficultés de conditions de vie une année se retrouvent dans la même situation l’année suivante ». Le rapport constate également qu’ « entre 2001 et 2003, un peu plus du quart des allocataires de l’ASS, du RMI et de l’API sont sortis du minimum social qu’ils percevaient un an auparavant »[1].
L’une des causes de ce phénomène est liée aux relations entre pauvreté et système bancaire et financier. La société française actuelle se caractérise en effet par la conjonction de deux phénomènes qui peut à première vue paraître paradoxale :
- surendettement de certains ménages, qui peut constituer une « trappe à exclusion »,
- impossibilité d’accéder aux services bancaires, en particulier au crédit, pour les personnes en grande difficulté, c’est à dire les plus pauvres.
Il existe un mécanisme dans lequel des ménages surendettés peuvent finir par connaître l'exclusion bancaire : l’excès de crédits accordés à ces ménages aujourd’hui peut ainsi signifier leur exclusion de tout crédit demain.
2. L’inégalité d’accès au capital
Combattre l’inégalité d’accès au capital est l’une des tâches de la social-démocratie, au même titre que la lutte contre d’autres inégalités, notamment les inégalités au sein du monde du travail. Il s’agit d’intervenir sur un dysfonctionnement de l’économie de marché afin d’assurer à chacun un accès à la liberté d’entreprendre, fondement de ce système économique.
On constate que 471 000 ménages surendettés ont été recensés en 2002 par la Banque de France. Sur l'ensemble des personnes surendettées, 32 % sont chômeurs ou inactifs et 80 % des dossiers comportent des « crédits revolving »[2].
La question de l’exclusion bancaire ne doit donc pas être traitée à la légère dans notre pays, et certainement pas sous l’angle de la consommation. Le dynamisme de la consommation est avant tout suscité par l’évolution des revenus et le maintien de la confiance des agents économiques dans les politiques menées, comme c’était le cas entre 1997 et 2002. Le niveau de la demande ne saurait être maintenu par l’augmentation de l’accès au crédit des plus démunis, sous peine d’aggraver les risques de surendettement de ceux-ci, et les rapprocher de l’exclusion.
3. Propositions
Face à cette situation, les propositions suivantes pourraient être combinées pour améliorer l’accès au crédit des « exclus du capital » tout en restreignant les risques de surendettement des catégories sociales placées immédiatement au dessus dans l’échelle des revenus.
- Renforcement de la loi de 1998 de lutte contre les exclusions sociales par la mise en place d’obligations d’information plus contraignantes pour les organismes de crédit,
- Création d’un délit d’ « incitation au surendettement », dans les cas où ces obligations ne sont pas respectées, ou qu’un organisme soutienne un dossier visiblement deficitaire
- Développement du micro-crédit, dont l’accès doit être conditionné par l’existence d’un projet de création d’activité, et non pour accéder à la consommation comme le préconisait Jacques Chirac dans son discours,
- Abaissement du taux d’usure.
Ces mesures contribueront à lutter contre l'inégalité face au capital, qu'il s'agisse du piège du surendettement ou de l'exclusion du système bancaire. Une telle démarche se donne pour objectif de corriger l'un des échecs les plus criants du marché, qui ne parvient pas à assurer à chacun la liberté de mobiliser les ressources financières nécessaires à son épanouissement personnel. Car, comme l'écrit Amartya Sen, Prix Nobel d'économie en 1998, « plus de liberté signifie une plus grande faculté, pour les individus, de s'aider eux-mêmes et d'influencer le monde »[3].
[1]Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, Rapport 2003-2004.
[2]Méthodologie : Enquête menée par la Banque de France sur la base des dossiers présentés à l’ensemble des Commissions, entre le 9 avril et le 8 juin 2001, soit un total de 14 600 dossiers analysés.
[3]Amartya Sen, Le Nouvel Observateur, Hors Série, décembre 2004-janvier 2005.
17 septembre 2009
Mauvaise nouvelle pour l'Europe et pour la France
Message de Pierre Moscovici :
Je distingue, dans l'actualité récente, une nouvelle importante. Il ne s'agit pas, contrairement à ce qu'une trop rapide impression pourrait laisser penser, du sujet qui envahit les médias depuis quelques heures – les déclarations de Ségolène Royal sur les « fraudes » supposées ou réelles au PS. J'avoue, pour ma part, y avoir jeté un oeil distrait, retenant surtout que notre ex-candidate à la présidentielle n'engageait pas de recours et ne demandait pas de revote – ce qui est sage. Elle souhaite en revanche que Martine Aubry porte plainte contre les auteurs du livre incriminé, ou sanctionne les auteurs des « tricheries » alléguées. C'est subtil, sans doute, compliqué à coup sûr – le communiqué de cinq responsables socialistes proches de Martine Aubry, se déclarant disponibles pour une confrontation avec les journalistes qui les mettent en cause, n'est pas simple non plus. Je suis, pour ma part, plus carré. Chacun a compris que le Congrès de Reims s'était, de bout en bout, mal déroulé, et qu'il soulevait des questions sérieuses sur le fonctionnement du PS. L'ouvrage récemment paru n'ajoute rien à ce qu'on savait déjà, il confirme la nécessité absolue de changements radicaux – un vrai fichier des adhérents, une transparence garantie – pour que nos votes deviennent irréprochables. Il montre le besoin des primaires ouvertes, qui doivent aussi être contrôlées et maîtrisées. Il s'agit là d'acquis à mettre en oeuvre sans fléchir. Mais pour le reste, il y en a marre ! Ne déterrons pas sans arrêt la hache de guerre, ne refaisons pas les matchs achevés, évitons les procédures, bref tournons nous vers demain et surtout travaillons sur nos idées. Martine Aubry m'a confirmé aujourd'hui la tenue de notre Convention nationale sur le nouveau modèle de développement, le dispositif de travail est prêt, ses travaux peuvent commencer début octobre et dureront jusqu'à la fin janvier. Là est l'essentiel. Pour le subalterne, arrêtons, tout le monde a compris, ça devient pénible.
La nouvelle importante, et elle est mauvaise, c'est la reconduction, pour cinq ans, de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Le Président sortant a été moins bien élu qu'en 2004 – il obtient 382 voix, alors qu'il en espérait 400 et en avait eu 413 pour son premier mandat. C'est plus que la majorité absolue – il y a eu 718 votants, 219 voix contre, 117 abstentions. C'est, pour lui et pour les conservateurs, un indéniable succès. C'est à l'opposé un échec pour tous ceux – socialistes, Verts, libéraux, communistes.... - qui pour des raisons différentes et convergentes à la fois, mais sans solution commune, critiquaient le pauvre bilan de M. Barroso. Les oppositions n'ont pas su proposer une alternative crédible, les socialistes se sont partagés, ce nouveau mandat est confortable. Et pourtant, en réalité, José Manuel Barroso aurait mérité une nette censure car il a échoué – et échouera – sur plusieurs plans. Je n'insiste pas sur ses sympathies néo-conservatrices, qui l'ont conduit, lors du très controversé sommet des Açores, a être un des protagonistes actifs de la guerre en Irak : à mes yeux, c'est grave, mais on pourrait à la limite plaider que c'est le passé et qu'il ne s'agit pas de l'Union européenne.
Le vrai problème, c'est l'orientation idéologique et politique du Président de la Commission, et son manque d'ambition pour l'institution qu'il préside. Sous sa direction, la Commission a engagé une politique vigoureuse de dérégulation. Pour José Manuel Barroso, la bonne législation européenne est... l'absence de législation – les associations, les mutuelles, les services publics sont parmi ses bêtes noires. Et c'est la loi du marché qui doit tout régir. Ses propositions du jour pour « lutter contre le dumping social », destinées à désarmer la gauche, ne tromperont personne : la boussole du Président de la Commission revient toujours à droite, il ne croit ni aux règles, ni à la puissance publique. On se souvient, en outre, de l'incapacité qui fut la sienne à proposer un plan de relance européen digne de ce nom, puisque la Commission n'a pu prétendre mettre 200 milliards d'euros, soit 1,5 % du PIB – à comparer aux 800 milliards de dollars, 5 % du PIB, du plan Obama – qu'en additionnant les plans nationaux, dont la version française est la plus pauvre. En réalité, M. Barroso est bien un homme de droite, mais pire encore de la droite d'avant la crise, il est à la fois conservateur, libéral et décalé. Sa personnalité et ses options ne correspondent en rien aux exigences de la période actuelle.
Pourquoi, me direz-vous, a-t-il été reconduit, alors que chacun, même dans une famille politique, le PPE, connaît ses insuffisances – on sait en effet qu'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy le tiennent en médiocre estime ? C'est, d'abord, la conséquence des résultats des élections européennes du 7 juin, ce que j'avais alors appelé la « facture » : les conservateurs, puissants au parlement, dominants dans les gouvernements, avaient la main, les oppositions défaites ne s'entendaient pas. C'est ensuite, et surtout, parce qu'il ne dérange personne à droite, et parce qu'il conforte la tendance à l'intergouvernementalisme, pire à la suzeraineté des « grands » Etats, qui prévaut en Europe. Nicolas Sarkozy, par exemple, se souvient de l'inertie, confinant à la servilité, du Président de la Commission pendant la Présidence française de l'Union européenne, en 2008, et qui lui convient parfaitement. Une Commission faible permet un Conseil européen et un Conseil des ministres forts : c'est pour les capitales la meilleure équation, c'est justement parce qu'il ne pèse pas que José Manuel Barroso peut continuer.
C'est pour moi une grave erreur. L'histoire nous apprend que, pour que l'Europe avance, il faut à la fois un projet mobilisateur, un couple franco-allemand qui fonctionne bien, une Commission qui joue pleinement son rôle d'initiative – l'âge d'or étant, bien sûr, la période où François Mitterrand, Helmut Kohl et Jacques Delors ont lancé l'Union politique et la monnaie unique. Aucun de ces ingrédients n'existe aujourd'hui, et l'effacement de la Commission est dangereux pour l'Europe. Nicolas Sarkozy et le PPE font là un choix à courte vue. Quant aux socialistes, ils doivent impérativement reconstruire leur unité dans une opposition résolue et intelligente à la politique, inchangée, qui émergera de ce vote, mais aussi autour d'une vision forte pour une Europe politiquement intégrée, économiquement active, écologiquement ambitieuse, socialement juste. Lourde tâche, que nous abordons en position difficile. Je tâcherai, pour ma part, d'y contribuer avec toute la force de mes engagements, à la fois socialistes et européens.
10 septembre 2009
Tourner la page de REIMS
J'interrompts quelques instants l'écriture de mon livre, que je finis, pour dire quelques mots sur le nouveau thème qui déchire le Parti socialiste : les tricheries prêtées au Congrès de Reims, objet de l'ouvrage d'Antonin André et Karim Rissouli « Hold-ups, arnaques et trahisons ». Je n'ai pas encore lu le bouquin de ces deux jeunes journalistes, je ne suis pas sûr de le lire d'ailleurs, mais j'en ai comme vous compris la thèse, tant les bonnes feuilles inondent complaisamment les médias : des fraudes massives auraient été commises lors de l'élection de la Première secrétaire après le Congrès de Reims, des deux côtés mais essentiellement au détriment de Ségolène Royal. Celle-ci s'en émeut ce matin avec force et contre-attaque, dit « avoir ressenti un choc » en apprenant « l'ampleur des fraudes », annonce une « déclaration solennelle ». Bref, c'est reparti après le sursaut de la Rochelle, et l'ambiance du PS risque fort de devenir à nouveau délétère. Tout cela est préoccupant, et je veux essayer de tenir ici quelques propos de bon sens.
Vous le savez, je n'ai pas pris part directement à l'obscure bataille du Congrès de Reims. J'avais alors proposé une solution, dont je persiste à penser qu'elle était juste, visant à éviter le choc mortel et impossible à trancher des « présidentiables », et consistant en un rassemblement large des réformistes autour d'une équipe renouvelée, animée par un Premier secrétaire désintéressé de la présidentielle et mettant en oeuvre un véritable programme de travail. Je me suis retiré de la course, contraint par des manoeuvres dont je ne rappellerai pas l'inélégance. Après l'échec – si prévisible – du Congrès, conclu sans ligne politique ni synthèse, je ne me suis pas prononcé sur le vote de la Première secrétaire, et suis resté neutre jusqu'au bout. Comme tout un chacun, j'ai relevé le caractère contesté et contestable de ce scrutin, finalement tranché par le Conseil national. On se souvient que cet épisode a paralysé le Parti pendant quelques semaines, et empêché la direction, entachée d'un soupçon d'illégitimité, de prendre son essor, y compris pendant la campagne européenne. Les « révélations » de ce livre ne me surprennent donc pas outre mesure. Je ne les prends certes pas pour argent comptant, ce sont des allégations sans preuve, mais ne soyons pas non plus hypocrites : elles ne font que dévoiler des dysfonctionnements connus du Parti socialiste. Celui-ci souffre de trop de biais, un corps électoral trop étroit étant en grande partie contrôlé par le jeu compliqué de quelques hommes d'appareil. Ces travers laissent de côté des dizaines de milliers de militants de bonne foi, et les empêchent d'être les acteurs et les auteurs d'une décision démocratique légitime. Je n'ai évidemment aucune sympathie, aucune indulgence pour ces pratiques. Qui a le plus dosé les votes, pour parler pudiquement ? La thèse des auteurs est que ce sont les partisans de Martine Aubry. Mais ils semblent montrer aussi que les torts sont largement partagés : le rôle des uns et des autres, des « verrouilleurs » dans chaque camp, est parait-il bien décrit. Le problème, en fait, est plus vaste.
Comment réagir à ce brulot, qui dessert tout le Parti ? La mauvaise réaction serait de réactiver la querelle de l'après Congrès, d'engager des procédures, de lancer de nouvelles polémiques. Cela ne changerait rien à la situation, mais dégraderait encore notre image collective. D'autant qu'il n'y a rien de très nouveau dans ces pages. Le résultat du vote, après une poussée de fièvre violente, a finalement été entériné par tous ceux qui ont participé à cette triste affaire. Le vote du Conseil national, quasi-unanime malgré les doutes ou les réticences, a mis fin au débat. Martine Aubry, quelle qu'ait été la réalité du scrutin militant – et personne ne la connaîtra jamais vraiment – est Première secrétaire, la déstabiliser ne profiterait à personne – en tout cas à gauche. Ne faisons dont pas l'archéologie de ce triste épisode.
Ne l'oublions pas pour autant. La bonne réaction c'est : plus jamais Reims ! C'est la raison pour laquelle les primaires – avec toutes leurs limites, tous leurs défauts qu'il faudra juguler – s'imposent. Le Parti socialiste, avec ses procédures habituelles, avec ses structures actuelles, n'est tout simplement plus capable de désigner une(e) candidat(e) de façon claire, avec une légitimité sans tâche. Imaginons ce qui serait arrivé s'il s'était agi du choix de notre représentant(e) à la présidentielle : dans ces conditions, nous en aurions eu deux, et la famille socialiste aurait de ce fait été absente du 2ème tour ! Cela impose que le mécanisme des primaires soit, lui, extrêmement transparent, maîtrisé, contrôlé : mais nous avons impérativement besoin d'un corps électoral plus large, d'une démocratie sans biais. Il est indispensable de faire, également, le ménage dans le Parti socialiste, pour mettre tout le monde sur un pied d'égalité, quelle que soit la fédération concernée, et pouvoir garantir la sincérité et la liberté de tous les votes. Il faudra, enfin, pour rénover vraiment le PS, envisager des modes de fonctionnement qui, tout en préservant la représentation des minorités, assurent des majorités stables. Bref, il faut sortir de tout cela par le haut, et non nous replonger dans cette gadoue.
Alors je lance un appel. Tournons cette page – sans oublier ce qui a permis de l'écrire. Je comprends les colères, les amertumes, les questions qui s'expriment. Mais ne fragilisons pas sans cesse notre véritable maison commune, le Parti socialiste, ne lui infligeons pas l'épreuve d'un nouvelle division à propos d'une mauvaise querelle passée. Le Congrès de Reims a accouché, dans la douleur, dans l'obscurité aussi, d'une direction. La remettre en cause en permanence ne sert à rien. Il faut au contraire l'aider – l'inciter quand elle n'y vient pas spontanément – à relever le Parti socialiste. C'est le pari que j'ai fait, avec mes amis de « Besoin de gauche », en apportant ma force de travail au PS, sans abdiquer ma liberté. C'est à une attitude responsable que je convie chacun. Ecrivons autrement l'avenir de la gauche. Ensemble
08 juin 2009
les résultats pour la France : la gauche domine malgré tout !
Tous les résultats européens
07 juin 2009
Résultats des européennes ? Allez voter !!
J'ai tenu le bureau de vote jusqu'à 17H00 dans ma circonscription.
A ce moment là, 30 % des personnes inscrites étaient venues voter ! Il paraît que c'est mieux que la dernière fois, en 2004 (qu'est-ce que ça devait être, alors ?) mais moi je trouve ce score assez mauvais, et l'on ne pourrait m'en contenter !!
Français, Maisonaises, Maisonnais, il vous reste trois heures : ALLEZ VOTER, exprimer votre opinion dans l'urne, c'est une chance que nous avons ,et il ne faut pas la gâcher !
Faut-il vous rappeller que 80 % de nos lois françaises émanent de directives européennes ? Que le rôle des parlementaires européens est FONDAMENTAL et a été même accrû ces dernières années...
Alors, qu'attendez-vous ?
Pourquoi être devant votre écran de télé (ordinateur, téléphone, etc..) ? Cela ne vous prendre que cinq minutes pour vous rendre à votre bureau de vote le plus proche, ouvert jusqu'à 20H00 !
VOTEZ SOCIALISTE !
06 juin 2009
VOTEZ POUR L EUROPE SOCIALE
Un député de plus dans chaque pays d'Europe peut suffir à faire du Parti socialiste européen le premier groupe au Parlement européen. Chaque voix compte pour construire une autre majorité en Europe.
Dimanche 7 juin, votez pour le seul parti qui vous propose un véritable programme européen.
Nos priorités:
* Un vrai plan de relance coordoné de 100 milliards d'euros pour l'Europe
* 10M d'emplois verts pour une autre croissance
* Un bouclier social pour sauvegarder nos droits sociaux
En savoir plus sur nos priorités et nos propositions: http://changerleurope.fr/notre-programme-pour-changer-l-europe/
* Appelez vos proches ! Mobilisons nos amis, notre famille, nos proches par SMS ou par téléphone.
* Continuez à mobiliser sur le net (statuts Facebook, messages Twitter, etc.) !
02 juin 2009
Pourquoi il faut changer Barroso
Pourquoi il faut changer Barroso
Le Président sortant de la Commission européenne se bat pour sa reconduction. En fait, il mène campagne, y compris en France – interview mardi sur France 2 et dans « Le Monde », à qui il a confié ses ambitions et vanté son bilan. José Manuel Barroso n'est pas un politique anodin. Il a été le Premier ministre, très conservateur et controversé, du Portugal, avant de devenir le Président, très libéral, de la Commission. L'homme n'est pas dénué de charme, il est brillant, polyglotte – parlant aussi bien l'anglais et le français que le portugais, sa propre langue. Il aime séduire, et sait convaincre ses interlocuteurs qu'il partage leurs options, quelles qu'elles soient : en fait, il est un véritable caméléon politique, mais dont la boussole idéologique le ramène toujours à son propre camp, celui de la droite PPE, dont il est le candidat – à l'exception peut-être de Nicolas Sarkozy, sans doute gêné par son tropisme anglo-saxon. Changer l'Europe : c'est l'enjeu central de la campagne européenne. Pour cela, il faut d'abord changer l'orientation de la Commission, et surtout changer son Président. Encore faut-il dire pour quoi – j'ai déjà présenté ici l'alternative, le « Manifesto » du PSE – et pourquoi. C'est ce à quoi je vais m'essayer aujourd'hui, pour nourrir vos réflexions durant ce pont. Je vois pour l'essentiel quatre raisons pour « tourner le pays » Barroso.
1 - Barroso a une ambition trop faible pour la Commission et pour l'Europe
Avec lui, la Commission n'a pas été la « garante de l'intérêt communautaire » et a cruellement manqué d'ambition intégrationniste. Dans des dossiers clés, Barroso est resté passif et n'a pas été une force pour l'intégration communautaire, à rebours de ses prédécesseurs. J'en donne deux exemples. Le Traité de Lisbonne : la Commission européenne a choisi de laisser aux gouvernements nationaux le soin de trouver une issue à l'imbroglio constitutionnel. Elle s'est contentée d'organiser une « période de réflexion », qui lui a en fait permis de botter en touche en « décentralisant » la recherche de solutions au niveau des Etats membres. C'est grâce à l'Allemagne, pendant sa présidence – et reconnaissons-le, un peu grâce à la France aussi – en tout cas pas à la Commission, qu'une sortie de crise a pu être trouvée. La Stratégie de Lisbonne, ensuite : Barroso s’est illustré en plaçant l’action de la Commission sous le signe de cette politique. La démarche est curieuse, car cette stratégie, marquée pour l'essentiel par la coopération intergouvernementale dans le domaine économique et social, se focalise sur les matières où l'Union n’a pas de compétence ou presque. Dans son « coeur de métier », la Commission est restée muette. La Commission s'est, par ailleurs, laissée balloter par les Chefs d'Etat et de Gouvernement. Elle a été complètement écrasée par le Conseil, elle n'a pas été capable de tenir tête et de faire preuve de volontarisme. Ce manque d’ambition et de propositions l’a marginalisée, au lieu de renforcer la cohérence communautaire. Ainsi, la Commission n'a pas été le lieu de réponse à la crise économique. Elle s'est montrée suiviste et attentiste. C'est le G20 – donc le niveau international, intergouvernemental, une fois de plus – qui a pris l'initiative et joué un rôle moteur. Le soi-disant « plan de relance européen » pour sa part n’est qu’un amalgame de plans nationaux, et Barroso a refusé de lancer l’emprunt qui aurait pu lui donner un vrai souffle. Enfin, le paquet énergie-climat s’est soldé par un accord a minima révélant la toute puissance des Etats membres dans les négociations du triangle institutionnel. Bref, la Commission Barroso n'a aucune réalisation majeure à faire valoir après 5 ans. Contrairement à ses prédécesseurs, comme Jacques Delors, dont le nom est associé au marché unique, à l'euro et à la relance de l'Europe, ou même Romano Prodi qui a le passage à l’euro et l’élargissement de 2004 à son actif, Barroso n’a pour l’instant à son compte aucune réforme d’ampleur. C'est un suiveur, partisan du désengagement, frileux et sans imagination, qui se contente de gérer l'héritage.
2 - Barroso n'a aucun sens du « timing » politique
José Manuel Barroso a un vrai don pour exaspérer les citoyens européens avec des propositions à contre-temps, propres à les détourner de l'Europe. Là encore, quelques exemples. Au lendemain du rejet du TCE par la France, notamment en raison des craintes concernant la préservation des services publics et les orientations trop libérales de la construction communautaire, Barroso a appuyé de tout son poids la Directive « services ». Ce n'est pas du volontarisme, c'est de l'aveuglement. De même, en 2005, un mois après le rejet par les Pays-Bas du TCE, la Commission enclenche contre ce pays une procédure d'infraction, estimant que les aides publiques qu’il accorde aux activités de service public du logement sont illégales. Ce programme était financé depuis des années sur fonds publics, sans que la Commission n’ait jamais rien trouvé à redire. Cette procédure fut perçue comme une provocation, et elle est à l'origine de la demande explicite du pays de voir figurer un protocole sur les SIG dans le Traité de Lisbonne. Enfin, en octobre 2008, en pleine tourmente financière, la Commission a conclu un accord commercial avec 14 États des Caraïbes, dont huit qualifiés de paradis fiscaux par l’OCDE. Cet accord prévoit notamment la liberté de placer sur le marché européen tout nouveau produit financier. Au plus mauvais moment, la Commission persiste à négocier la libéralisation complète des services financiers.
3 - Barroso est trop libéral
Là est, sans doute, son erreur principale. « Better regulation » : tel était le programme de la Commission Barroso. Il a surtout été un prétexte pour sous-réguler ou déréguler. La Commission a présenté en 2005 sa communication « mieux légiférer ». Cette approche a en fait vite constitué un moyen pour ne pas légiférer dans les domaines où de puissants intérêts économiques s'y opposent. L’institution a notamment refusé pendant des mois de présenter un texte régulant les « hedge funds », alors que la crise financière a mis en lumière leur rôle déstabilisateur, et que le Parlement européen l'a demandé explicitement depuis l'automne dernier. Un texte minimal a été présenté il y a quelques semaines. Il a été immédiatement critiqué pour son absence d'ambition et ses larges insuffisances. En réalité, le mot d'ordre sous la Commission Barroso a constamment été : plus de marché, moins d'Europe. Ainsi, la Commission a refusé de manière répétée proposer une directive sur les services d’intérêt général (SIG) : en agissant, elle démontre qu’elle préfère soumettre les besoins sociaux aux lois du marché et de la concurrence, en laissant ces services entrer dans le champ d’application de la « directive Bolkestein ». La Commission Barroso a également passé outre les demandes du Parlement européen de réviser la directive relative au détachement des travailleurs, alors même que le principe de l’égalité des rémunérations pour un même travail promu par ce texte a été attaqué par trois récents arrêts de la Cour de Justice des Communautés Européennes qui aboutissent à faire primer la libéralisation du marché sur la protection des travailleurs. Dernier exemple : la réglementation de la durée du travail dans les transports routiers. Une directive de 2002 visant à inclure les chauffeurs non salariés n’a jamais été appliquée par la Commission, et ces chauffeurs ont tout bonnement été oubliés par l’institution lors de la révision de la réglementation en 2008, entraînant des risques de dumping social importants.
4 - Le Président de la Commission verra ses pouvoirs renforcés par le Traité de Lisbonne : il ne faut pas mettre un « Président par défaut » à la tête d'un organe aussi important
En 2004, Barroso a été choisi par défaut. En 2009, il est d'autant plus important d'avoir un vrai choix que le Traité de Lisbonne renforce les pouvoirs du Président de la Commission, et de la Commission. Ce Président se verra ainsi doté des moyens d'un réel « leadership ». Il lui appartient déjà de répartir les portefeuilles des Commissaires qui sont cependant choisis par le Conseil avec son accord. Il pourra désormais, sans l'approbation du collège exigée par le Traité de Nice, contraindre un Commissaire à démissionner et nommer librement ses vice-Présidents, à l'exception du Haut Représentant pour la PESC. Plus que jamais, il faut éviter de reconduire un mauvais Président, de surcroît faible. Il aura encore plus de marge de manoeuvre pour faire des dégâts.
Bref, vous m'avez compris, ce n'est pas par antipathie personnelle ou par esprit de chapelle que je souhaite un nouveau Président de la Commission : c'est parce que l'Europe en a besoin. Pour cela, il est impératif que le PPE n'ait pas les mains libres dans le nouveau Parlement européen, qu'il n'y soit plus le premier groupe, que le PSE soit en mesure de présenter l'un des siens pour cette responsabilité décisive. Là est bien le « vote utile » du 7 juin.
21 mai 2009 à 15:00 dans Commentaires d'actualité | Lien permanent | Commentaires (32)
30 mai 2009
Vote utile
A une semaine de la fin de la campagne européenne, les sondages ne sont pas bons pour le Parti socialiste, qui flirte avec – et même glisse parfois en dessous de – la barre symbolique des 20 %. Je me suis jusqu'à présent refusé à en parler, à les commenter – je ne le ferai pas davantage aujourd'hui – ou à les croire. Mais au moment d'aborder la dernière ligne droite, le taire n'aurait pas grand sens. Nous constatons tous, sur le terrain, une inquiétude, une difficulté à saisir et à mobiliser l'électorat, avec cet effet pervers des mauvais résultats qui alimentent à leur tour la tentation de la dispersion, l'envie de ce vote sanction contre nous, que j'ai senti venir de longue date et qui a, bizarrement, suscité si peu de commentaires sur ce blog. Mon propos n'est pas de faire l'analyse des sondages, moins encore la critique de la campagne du Parti. Ce n'est pas mon tempérament de « cracher dans la soupe », je suis plutôt une nature loyale, et chacun voit ici que je ne ménage pas ma peine pour convaincre – en utilisant, il est vrai, une argumentation que je ne trouve pas assez chez d'autres et qui, à en juger par les réactions des salles que je rassemble, suscite l'intérêt. Mon interrogation est autre. Comment pouvons-nous, en quelques jours, renverser la tendance, réussir un score honorable, desserrer l'étau de nos poursuivants – le Modem, les Verts, le Front de gauche – resserrer l'écart avec l'UMP, si possible la dépasser ? Pouvons-nous, devons-nous, et si oui comment, en appeler au « vote utile » ?
La thématique du « vote utile » n'est pas la plus séduisante en démocratie, elle rebute ou interroge. Ces doutes sont tout à fait compréhensibles. Sur le plan des principes, tout d'abord. L'acte utile, c'est le vote lui-même, et il est tout à fait déplaisant de sembler discréditer, dans le débat, l'expression d'une opinion, quelle qu'elle soit. Voter est utile en soi, c'est un droit précieux, que n'ont pas tous les habitants de la planète, qui ne peuvent partout s'appeler du beau mot de citoyen, c'est aussi un devoir. C'est pourquoi toutes les opinions – ou presque - doivent être respectées, même si certaines doivent être combattues avec passion. Il y a aussi d'autres raisons au maniement délicat de cette notion. Elle est en effet évoquée, la plupart du temps, dans des situations difficiles, voire désespérées, et avec réticence car elle apparaît comme un aveu de faiblesse, l'argument qui demeure quand il n'y a plus d'arguments. C'est pourquoi l'orgueil – qui peut aussi être une qualité – conduit souvent à y renoncer. Chacun, notamment, garde en mémoire, le refus de Lionel Jospin, persuadé de la raison des Français, de leur capacité à valider le bon bilan de son gouvernement, d'en appeler au « vote utile » contre Jean Marie Le Pen, qui eût, peut-être, changé la face de l'histoire politique du pays. Cet exemple, on le voit, est à double tranchant. Il montre aussi que l'appel au « vote utile » - qui ne doit pas forcément s'exprimer avec lourdeur et inélégance - peut être nécessaire et positif.
Je crois qu'il l'est pour le PS en vue des élections européennes du 7 juin. Car si, je l'ai dit, le vote est utile en soi, certains votes le sont toutefois, pour le citoyen, plus que d'autres. Ma perspective, j'en suis conscient, est celle d'un social-démocrate, réformiste et réaliste : le vote utile est celui qui permet d'avancer, de participer au choix final et à la mise en oeuvre des politiques publiques, celui qui ne néglige pas le pouvoir, conçu non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen d'agir. C'est pourquoi j'écarte, pour ma part, et depuis longtemps, les votes protestataires, qui ne servent qu'à exprimer un refus et non à proposer une alternative. Si l'on excepte cette définition – qui peut être discutée, qui est discutable, mais il faudrait pour cela plus qu'un post sur un blog – je vois une triple utilité au vote en faveur des listes PS/PSE. Utilité pour la gauche, d'abord. Une gauche éclatée, une gauche dispersée, sur le modèle du 21 avril, est une gauche impuissante, affaiblie, incapable de prétendre à l'alternance, de gouverner. Pour pallier à cela, le vote pour le Parti socialiste – sans négliger ses défauts, sans oublier sa rénovation nécessaire, qu'il faudra impérativement engager le 8 juin, avec force, sans calcul ni hésitation – est bien le seul qui puisse incarner l'espoir. Soyons conscients – qui ne l'est pas en vérité ? - que les Français, même de gauche, ne sont pas prêts actuellement à nous signer un chèque en blanc, ne nous illusionnons pas sur la signification profonde d'un sursaut d'ici au 7 juin : les réticences sont là, elles demeureront. Mais intervient ici la deuxième utilité du vote socialiste. Un PS plus fort est nécessaire à notre pays, à la France, il sera, malgré tout, un outil précieux pour préparer l'alternance et l'alternative en 2012. Nous méritons peut-être un avertissement, je crois que nous l'avons compris, mais un vote sanction affaiblirait en réalité ceux qui voudraient nous l'infliger. Car une UMP largement en tête serait, quelles que soient les interprétations qu'on en donnera, quelle qu'en soit la justesse – c'est vrai, un parti majoritaire ne réussissant que 25 à 28% des suffrages exprimés n'est pas triomphant – un succès pour le Président de la République, Nicolas Sarkozy, qui y verrait un quitus pour sa politique et un encouragement à poursuivre et durcir son entreprise de liquidation.
La troisième utilité du vote socialiste, la plus directe, la plus importante aussi sans doute, est européenne. Car l'enjeu des élections européennes du 7 juin est bien l'orientation de la politique suivie par l'Union européenne, la qualité du compromis qui s'y construit, et surtout le rapport des forces entre le Parlement, la Commission et le Conseil européen. Quoi qu'en disent le PPE et l'UMP, qui n'insistent guère sur cette dimension, attachés qu'ils sont au seul choix des Etats-membres, le groupe arrivé en tête aura un « droit de tirage » sur la Présidence de la Commission. Si les conservateurs l'emportent, José Manuel Barroso, ce Président que j'ai qualifié mardi à l'Assemblée nationale, d'apathique, suiviste, libéral, sera reconduit. Or le seul groupe en situation, le cas échéant, d'empêcher cela, est bien celui du PSE, qui dispose en outre avec le « Manifesto » du programme le plus ambitieux et le plus complet de toutes les formations politiques. Autrement dit, tout autre vote que celui en faveur du PSE est, pour les citoyens attachés au changement de l'Europe, à l'alternance à la tête de la Commission, une occasion manquée. Le seul vote effectif anti-Barroso est le vote socialiste.
Il reste une semaine pour convaincre. Je souhaite que les socialistes, dans la dernière ligne droite, sachent mobiliser un électorat distant et flottant, pour peser en France et en Europe. Pour cela il faudra bien, oui, appeler d'une façon ou d'une autre au « vote utile ». A la Première secrétaire, Martine Aubry, à chacune et chacun d'entre nous, de le dire avec les mots qui conviennent, sans culpabiliser, sans brutaliser, en expliquant pour convaincre. C'est ce que je ferai pour ma part jusqu'au dernier jour.