08 juin 2009
les résultats pour la France : la gauche domine malgré tout !
Tous les résultats européens
07 juin 2009
Résultats des européennes ? Allez voter !!
J'ai tenu le bureau de vote jusqu'à 17H00 dans ma circonscription.
A ce moment là, 30 % des personnes inscrites étaient venues voter ! Il paraît que c'est mieux que la dernière fois, en 2004 (qu'est-ce que ça devait être, alors ?) mais moi je trouve ce score assez mauvais, et l'on ne pourrait m'en contenter !!
Français, Maisonaises, Maisonnais, il vous reste trois heures : ALLEZ VOTER, exprimer votre opinion dans l'urne, c'est une chance que nous avons ,et il ne faut pas la gâcher !
Faut-il vous rappeller que 80 % de nos lois françaises émanent de directives européennes ? Que le rôle des parlementaires européens est FONDAMENTAL et a été même accrû ces dernières années...
Alors, qu'attendez-vous ?
Pourquoi être devant votre écran de télé (ordinateur, téléphone, etc..) ? Cela ne vous prendre que cinq minutes pour vous rendre à votre bureau de vote le plus proche, ouvert jusqu'à 20H00 !
VOTEZ SOCIALISTE !
06 juin 2009
VOTEZ POUR L EUROPE SOCIALE
Un député de plus dans chaque pays d'Europe peut suffir à faire du Parti socialiste européen le premier groupe au Parlement européen. Chaque voix compte pour construire une autre majorité en Europe.
Dimanche 7 juin, votez pour le seul parti qui vous propose un véritable programme européen.
Nos priorités:
* Un vrai plan de relance coordoné de 100 milliards d'euros pour l'Europe
* 10M d'emplois verts pour une autre croissance
* Un bouclier social pour sauvegarder nos droits sociaux
En savoir plus sur nos priorités et nos propositions: http://changerleurope.fr/notre-programme-pour-changer-l-europe/
* Appelez vos proches ! Mobilisons nos amis, notre famille, nos proches par SMS ou par téléphone.
* Continuez à mobiliser sur le net (statuts Facebook, messages Twitter, etc.) !
02 juin 2009
Pourquoi il faut changer Barroso
Pourquoi il faut changer Barroso
Le Président sortant de la Commission européenne se bat pour sa reconduction. En fait, il mène campagne, y compris en France – interview mardi sur France 2 et dans « Le Monde », à qui il a confié ses ambitions et vanté son bilan. José Manuel Barroso n'est pas un politique anodin. Il a été le Premier ministre, très conservateur et controversé, du Portugal, avant de devenir le Président, très libéral, de la Commission. L'homme n'est pas dénué de charme, il est brillant, polyglotte – parlant aussi bien l'anglais et le français que le portugais, sa propre langue. Il aime séduire, et sait convaincre ses interlocuteurs qu'il partage leurs options, quelles qu'elles soient : en fait, il est un véritable caméléon politique, mais dont la boussole idéologique le ramène toujours à son propre camp, celui de la droite PPE, dont il est le candidat – à l'exception peut-être de Nicolas Sarkozy, sans doute gêné par son tropisme anglo-saxon. Changer l'Europe : c'est l'enjeu central de la campagne européenne. Pour cela, il faut d'abord changer l'orientation de la Commission, et surtout changer son Président. Encore faut-il dire pour quoi – j'ai déjà présenté ici l'alternative, le « Manifesto » du PSE – et pourquoi. C'est ce à quoi je vais m'essayer aujourd'hui, pour nourrir vos réflexions durant ce pont. Je vois pour l'essentiel quatre raisons pour « tourner le pays » Barroso.
1 - Barroso a une ambition trop faible pour la Commission et pour l'Europe
Avec lui, la Commission n'a pas été la « garante de l'intérêt communautaire » et a cruellement manqué d'ambition intégrationniste. Dans des dossiers clés, Barroso est resté passif et n'a pas été une force pour l'intégration communautaire, à rebours de ses prédécesseurs. J'en donne deux exemples. Le Traité de Lisbonne : la Commission européenne a choisi de laisser aux gouvernements nationaux le soin de trouver une issue à l'imbroglio constitutionnel. Elle s'est contentée d'organiser une « période de réflexion », qui lui a en fait permis de botter en touche en « décentralisant » la recherche de solutions au niveau des Etats membres. C'est grâce à l'Allemagne, pendant sa présidence – et reconnaissons-le, un peu grâce à la France aussi – en tout cas pas à la Commission, qu'une sortie de crise a pu être trouvée. La Stratégie de Lisbonne, ensuite : Barroso s’est illustré en plaçant l’action de la Commission sous le signe de cette politique. La démarche est curieuse, car cette stratégie, marquée pour l'essentiel par la coopération intergouvernementale dans le domaine économique et social, se focalise sur les matières où l'Union n’a pas de compétence ou presque. Dans son « coeur de métier », la Commission est restée muette. La Commission s'est, par ailleurs, laissée balloter par les Chefs d'Etat et de Gouvernement. Elle a été complètement écrasée par le Conseil, elle n'a pas été capable de tenir tête et de faire preuve de volontarisme. Ce manque d’ambition et de propositions l’a marginalisée, au lieu de renforcer la cohérence communautaire. Ainsi, la Commission n'a pas été le lieu de réponse à la crise économique. Elle s'est montrée suiviste et attentiste. C'est le G20 – donc le niveau international, intergouvernemental, une fois de plus – qui a pris l'initiative et joué un rôle moteur. Le soi-disant « plan de relance européen » pour sa part n’est qu’un amalgame de plans nationaux, et Barroso a refusé de lancer l’emprunt qui aurait pu lui donner un vrai souffle. Enfin, le paquet énergie-climat s’est soldé par un accord a minima révélant la toute puissance des Etats membres dans les négociations du triangle institutionnel. Bref, la Commission Barroso n'a aucune réalisation majeure à faire valoir après 5 ans. Contrairement à ses prédécesseurs, comme Jacques Delors, dont le nom est associé au marché unique, à l'euro et à la relance de l'Europe, ou même Romano Prodi qui a le passage à l’euro et l’élargissement de 2004 à son actif, Barroso n’a pour l’instant à son compte aucune réforme d’ampleur. C'est un suiveur, partisan du désengagement, frileux et sans imagination, qui se contente de gérer l'héritage.
2 - Barroso n'a aucun sens du « timing » politique
José Manuel Barroso a un vrai don pour exaspérer les citoyens européens avec des propositions à contre-temps, propres à les détourner de l'Europe. Là encore, quelques exemples. Au lendemain du rejet du TCE par la France, notamment en raison des craintes concernant la préservation des services publics et les orientations trop libérales de la construction communautaire, Barroso a appuyé de tout son poids la Directive « services ». Ce n'est pas du volontarisme, c'est de l'aveuglement. De même, en 2005, un mois après le rejet par les Pays-Bas du TCE, la Commission enclenche contre ce pays une procédure d'infraction, estimant que les aides publiques qu’il accorde aux activités de service public du logement sont illégales. Ce programme était financé depuis des années sur fonds publics, sans que la Commission n’ait jamais rien trouvé à redire. Cette procédure fut perçue comme une provocation, et elle est à l'origine de la demande explicite du pays de voir figurer un protocole sur les SIG dans le Traité de Lisbonne. Enfin, en octobre 2008, en pleine tourmente financière, la Commission a conclu un accord commercial avec 14 États des Caraïbes, dont huit qualifiés de paradis fiscaux par l’OCDE. Cet accord prévoit notamment la liberté de placer sur le marché européen tout nouveau produit financier. Au plus mauvais moment, la Commission persiste à négocier la libéralisation complète des services financiers.
3 - Barroso est trop libéral
Là est, sans doute, son erreur principale. « Better regulation » : tel était le programme de la Commission Barroso. Il a surtout été un prétexte pour sous-réguler ou déréguler. La Commission a présenté en 2005 sa communication « mieux légiférer ». Cette approche a en fait vite constitué un moyen pour ne pas légiférer dans les domaines où de puissants intérêts économiques s'y opposent. L’institution a notamment refusé pendant des mois de présenter un texte régulant les « hedge funds », alors que la crise financière a mis en lumière leur rôle déstabilisateur, et que le Parlement européen l'a demandé explicitement depuis l'automne dernier. Un texte minimal a été présenté il y a quelques semaines. Il a été immédiatement critiqué pour son absence d'ambition et ses larges insuffisances. En réalité, le mot d'ordre sous la Commission Barroso a constamment été : plus de marché, moins d'Europe. Ainsi, la Commission a refusé de manière répétée proposer une directive sur les services d’intérêt général (SIG) : en agissant, elle démontre qu’elle préfère soumettre les besoins sociaux aux lois du marché et de la concurrence, en laissant ces services entrer dans le champ d’application de la « directive Bolkestein ». La Commission Barroso a également passé outre les demandes du Parlement européen de réviser la directive relative au détachement des travailleurs, alors même que le principe de l’égalité des rémunérations pour un même travail promu par ce texte a été attaqué par trois récents arrêts de la Cour de Justice des Communautés Européennes qui aboutissent à faire primer la libéralisation du marché sur la protection des travailleurs. Dernier exemple : la réglementation de la durée du travail dans les transports routiers. Une directive de 2002 visant à inclure les chauffeurs non salariés n’a jamais été appliquée par la Commission, et ces chauffeurs ont tout bonnement été oubliés par l’institution lors de la révision de la réglementation en 2008, entraînant des risques de dumping social importants.
4 - Le Président de la Commission verra ses pouvoirs renforcés par le Traité de Lisbonne : il ne faut pas mettre un « Président par défaut » à la tête d'un organe aussi important
En 2004, Barroso a été choisi par défaut. En 2009, il est d'autant plus important d'avoir un vrai choix que le Traité de Lisbonne renforce les pouvoirs du Président de la Commission, et de la Commission. Ce Président se verra ainsi doté des moyens d'un réel « leadership ». Il lui appartient déjà de répartir les portefeuilles des Commissaires qui sont cependant choisis par le Conseil avec son accord. Il pourra désormais, sans l'approbation du collège exigée par le Traité de Nice, contraindre un Commissaire à démissionner et nommer librement ses vice-Présidents, à l'exception du Haut Représentant pour la PESC. Plus que jamais, il faut éviter de reconduire un mauvais Président, de surcroît faible. Il aura encore plus de marge de manoeuvre pour faire des dégâts.
Bref, vous m'avez compris, ce n'est pas par antipathie personnelle ou par esprit de chapelle que je souhaite un nouveau Président de la Commission : c'est parce que l'Europe en a besoin. Pour cela, il est impératif que le PPE n'ait pas les mains libres dans le nouveau Parlement européen, qu'il n'y soit plus le premier groupe, que le PSE soit en mesure de présenter l'un des siens pour cette responsabilité décisive. Là est bien le « vote utile » du 7 juin.
21 mai 2009 à 15:00 dans Commentaires d'actualité | Lien permanent | Commentaires (32)
30 mai 2009
Vote utile
A une semaine de la fin de la campagne européenne, les sondages ne sont pas bons pour le Parti socialiste, qui flirte avec – et même glisse parfois en dessous de – la barre symbolique des 20 %. Je me suis jusqu'à présent refusé à en parler, à les commenter – je ne le ferai pas davantage aujourd'hui – ou à les croire. Mais au moment d'aborder la dernière ligne droite, le taire n'aurait pas grand sens. Nous constatons tous, sur le terrain, une inquiétude, une difficulté à saisir et à mobiliser l'électorat, avec cet effet pervers des mauvais résultats qui alimentent à leur tour la tentation de la dispersion, l'envie de ce vote sanction contre nous, que j'ai senti venir de longue date et qui a, bizarrement, suscité si peu de commentaires sur ce blog. Mon propos n'est pas de faire l'analyse des sondages, moins encore la critique de la campagne du Parti. Ce n'est pas mon tempérament de « cracher dans la soupe », je suis plutôt une nature loyale, et chacun voit ici que je ne ménage pas ma peine pour convaincre – en utilisant, il est vrai, une argumentation que je ne trouve pas assez chez d'autres et qui, à en juger par les réactions des salles que je rassemble, suscite l'intérêt. Mon interrogation est autre. Comment pouvons-nous, en quelques jours, renverser la tendance, réussir un score honorable, desserrer l'étau de nos poursuivants – le Modem, les Verts, le Front de gauche – resserrer l'écart avec l'UMP, si possible la dépasser ? Pouvons-nous, devons-nous, et si oui comment, en appeler au « vote utile » ?
La thématique du « vote utile » n'est pas la plus séduisante en démocratie, elle rebute ou interroge. Ces doutes sont tout à fait compréhensibles. Sur le plan des principes, tout d'abord. L'acte utile, c'est le vote lui-même, et il est tout à fait déplaisant de sembler discréditer, dans le débat, l'expression d'une opinion, quelle qu'elle soit. Voter est utile en soi, c'est un droit précieux, que n'ont pas tous les habitants de la planète, qui ne peuvent partout s'appeler du beau mot de citoyen, c'est aussi un devoir. C'est pourquoi toutes les opinions – ou presque - doivent être respectées, même si certaines doivent être combattues avec passion. Il y a aussi d'autres raisons au maniement délicat de cette notion. Elle est en effet évoquée, la plupart du temps, dans des situations difficiles, voire désespérées, et avec réticence car elle apparaît comme un aveu de faiblesse, l'argument qui demeure quand il n'y a plus d'arguments. C'est pourquoi l'orgueil – qui peut aussi être une qualité – conduit souvent à y renoncer. Chacun, notamment, garde en mémoire, le refus de Lionel Jospin, persuadé de la raison des Français, de leur capacité à valider le bon bilan de son gouvernement, d'en appeler au « vote utile » contre Jean Marie Le Pen, qui eût, peut-être, changé la face de l'histoire politique du pays. Cet exemple, on le voit, est à double tranchant. Il montre aussi que l'appel au « vote utile » - qui ne doit pas forcément s'exprimer avec lourdeur et inélégance - peut être nécessaire et positif.
Je crois qu'il l'est pour le PS en vue des élections européennes du 7 juin. Car si, je l'ai dit, le vote est utile en soi, certains votes le sont toutefois, pour le citoyen, plus que d'autres. Ma perspective, j'en suis conscient, est celle d'un social-démocrate, réformiste et réaliste : le vote utile est celui qui permet d'avancer, de participer au choix final et à la mise en oeuvre des politiques publiques, celui qui ne néglige pas le pouvoir, conçu non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen d'agir. C'est pourquoi j'écarte, pour ma part, et depuis longtemps, les votes protestataires, qui ne servent qu'à exprimer un refus et non à proposer une alternative. Si l'on excepte cette définition – qui peut être discutée, qui est discutable, mais il faudrait pour cela plus qu'un post sur un blog – je vois une triple utilité au vote en faveur des listes PS/PSE. Utilité pour la gauche, d'abord. Une gauche éclatée, une gauche dispersée, sur le modèle du 21 avril, est une gauche impuissante, affaiblie, incapable de prétendre à l'alternance, de gouverner. Pour pallier à cela, le vote pour le Parti socialiste – sans négliger ses défauts, sans oublier sa rénovation nécessaire, qu'il faudra impérativement engager le 8 juin, avec force, sans calcul ni hésitation – est bien le seul qui puisse incarner l'espoir. Soyons conscients – qui ne l'est pas en vérité ? - que les Français, même de gauche, ne sont pas prêts actuellement à nous signer un chèque en blanc, ne nous illusionnons pas sur la signification profonde d'un sursaut d'ici au 7 juin : les réticences sont là, elles demeureront. Mais intervient ici la deuxième utilité du vote socialiste. Un PS plus fort est nécessaire à notre pays, à la France, il sera, malgré tout, un outil précieux pour préparer l'alternance et l'alternative en 2012. Nous méritons peut-être un avertissement, je crois que nous l'avons compris, mais un vote sanction affaiblirait en réalité ceux qui voudraient nous l'infliger. Car une UMP largement en tête serait, quelles que soient les interprétations qu'on en donnera, quelle qu'en soit la justesse – c'est vrai, un parti majoritaire ne réussissant que 25 à 28% des suffrages exprimés n'est pas triomphant – un succès pour le Président de la République, Nicolas Sarkozy, qui y verrait un quitus pour sa politique et un encouragement à poursuivre et durcir son entreprise de liquidation.
La troisième utilité du vote socialiste, la plus directe, la plus importante aussi sans doute, est européenne. Car l'enjeu des élections européennes du 7 juin est bien l'orientation de la politique suivie par l'Union européenne, la qualité du compromis qui s'y construit, et surtout le rapport des forces entre le Parlement, la Commission et le Conseil européen. Quoi qu'en disent le PPE et l'UMP, qui n'insistent guère sur cette dimension, attachés qu'ils sont au seul choix des Etats-membres, le groupe arrivé en tête aura un « droit de tirage » sur la Présidence de la Commission. Si les conservateurs l'emportent, José Manuel Barroso, ce Président que j'ai qualifié mardi à l'Assemblée nationale, d'apathique, suiviste, libéral, sera reconduit. Or le seul groupe en situation, le cas échéant, d'empêcher cela, est bien celui du PSE, qui dispose en outre avec le « Manifesto » du programme le plus ambitieux et le plus complet de toutes les formations politiques. Autrement dit, tout autre vote que celui en faveur du PSE est, pour les citoyens attachés au changement de l'Europe, à l'alternance à la tête de la Commission, une occasion manquée. Le seul vote effectif anti-Barroso est le vote socialiste.
Il reste une semaine pour convaincre. Je souhaite que les socialistes, dans la dernière ligne droite, sachent mobiliser un électorat distant et flottant, pour peser en France et en Europe. Pour cela il faudra bien, oui, appeler d'une façon ou d'une autre au « vote utile ». A la Première secrétaire, Martine Aubry, à chacune et chacun d'entre nous, de le dire avec les mots qui conviennent, sans culpabiliser, sans brutaliser, en expliquant pour convaincre. C'est ce que je ferai pour ma part jusqu'au dernier jour.
15 mai 2009
Le droit de réponse du PS pour les européennes
La Gauche ne décline pas, au contraire ! Voilà l'analyse de Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national aux affaires européennes au PS...
23 avril 2009
la crise encore la crise !
Risques et certitudes
Cette crise financière mondiale, en nous plongeant dans de douloureuses incertitudes sur l’avenir, ne doit pas nous faire oublier nos valeurs d’hier et d’aujourd’hui. Ce moment, ce long moment, cette traversée de peurs et de manque, est celui où doit s’exercer, encore plus que d’habitude, la social-démocratie. Cette crise nous rappelle de manière encore plus déchirante, les valeurs sociales-démocrates. Ce moment est aussi une crise idéologique qui délimite et borne de chacun de ses cotés ce que doit être le socialisme d’aujourd’hui.
Ainsi, à notre droite on a cru et l’on croit toujours, tenace nostalgie, à l’autorégulation des marchés. L’idéologie qui a fait le sarkozysme est celle où l’on pense que le possible génère lui-même sa nécessité, ses limites et ses devoirs. De ce qui est possible émanerai la restriction, la retenue, la morale comme auto-régulation. Cette crise est un démenti cinglant et horrible à cette ancienne foi.
Et à notre gauche, l’on croit que ce qui est nécessaire, parce qu’il est nécessaire, est possible. Que ce qui est moral, parce que cela est juste, est forcément possible. Nous sociaux-démocrates assumons le bras de fer entre le nécessaire et le possible.
Et concrètement, l’urgence est que cet idéal prenne toute sa dimension aujourd’hui. C’est pour cela qu’il est assez effrayant que le discours simpliste « on donne des milliards pour les banques et rien pour les plus démunis » soit porté par les plus hauts responsables du parti socialiste. Qu’un élu de gauche puisse annoncer sans sourciller que, s’il était aux affaires, il ne sauverait pas les dépôts bancaires des citoyens et prendrait le risque d’une destruction pure et simple du capital des Français laisse songeur. Des exemples historiques suffisamment éclairants, à commencer par la crise de 29, peuvent être rappelés pour soutenir que dans une économie monétarisée personne, pauvre ou riche, n’a intérêt à une faillite généralisée des banques.
Il faut néanmoins chercher, sinon des responsables, du moins des explications à la crise. Dominique Strauss Kahn l’a rappelé récemment, la crise actuelle est une crise de l’excès de crédit, et, en conséquence, de ceux qui ont profité de ces excès. Les banquiers qui ont ouvert les créances certes, les financiers qui les ont titrisés certes, mais aussi ceux qui ont pensé qu’ils pouvaient s’endetter sans limites. Vivre au dessus de ses capacités financières est un leurre, comme vivre au-delà des capacités environnementales est un leurre. Leurre qui nous rappelle que la crise écologique, infiniment plus dure, infiniment plus durable, est devant nous et que nous devrons en assumer, là encore, la charge collective.
Néanmoins la financiarisation de l’économie porte une lourde responsabilité, puisque la finance est devenue à la fois le moteur et les roues d’une machine à générer du profit, le plus vite et le plus intensément possible. Y compris bien sur en s’accaparant les ressources des moins solvables. Pire, la finance moderne est l’apothéose de la pensée néo-libérale, en ce sens qu’elle a permis de construire un marché, ce qui est le crédo du néo-libéralisme, mais un marché de concepts, ce qui est plus rare, et surtout un marché de concepts faux, ce qui, vu l’ampleur des enjeux, est inédit à l’échelle historique. « Il n’y a de rationalité à l’économie libérale de marché en matière de risque que pour des situations parfaitement calibrées et statistiquement renseignées » rappelait récemment un mathématicien reconnu dans la revue Esprit. Les modèles mathématiques utilisés par les financiers pour estimer les risques concernant les positions détenues ne permettent pas une bonne estimation quand les situations sont exceptionnelles et génèrent des comportements inédits. C’est la nature intrinsèque du risque : lorsque survient une situation exceptionnelle, personne ne sait comment les individus vont réagir. Cela a été très bien expliqué par les traders eux-mêmes, qui ne comprenaient pas pourquoi, durant l’hiver, tout le monde continuait à vendre et donc à faire baisser des actifs (pas les toxiques, ceux qui étaient adossés à une valeur économique réelle) dont la sous-cotation était déjà manifeste et qui auraient dû au contraire être achetés en masse. C’est la limite de la théorie de l’efficience qui veut que les marchés produisent, à tout instant, la meilleure évaluation possible des titres. Il ne s’agit pas de remettre en cause les marchés, mais la foi absolue en ces marchés. L’impuissance des meilleurs modèles de mathématiques financières est l’illustration de cette intuition géniale de Keynes.
Des sommes considérables ont été mises sur les marchés financiers, générant des profits considérables, mais aussi des risques considérables dont tout le monde se rappelle maintenant qu’ils sont potentiellement porteurs de pertes encore plus considérables que les profits qu’ils ont permis de réaliser. La plupart des acteurs des marchés financiers savaient qu’il y avait une partie du risque qu’ils maîtrisaient et une partie qu’ils ne maîtrisaient pas ; mais ils savaient aussi que dans le cas d’une déflagration du système, au moment du « passage » dans le risque non maîtrisé, ils ne subiraient qu’une petite partie des conséquences de la déflagration. Ce qu’il y a d’inepte dans ce système, symbolisé par la formule « individualisation des profits, mutualisation des pertes », c’est que chaque acteur financier avait compris et, bien évidemment, adopté les règles du jeu au moment même de sa première transaction. Et que pendant que la plupart des sympathisants de gauche dénonçaient les profits déconnectés des réalités des marchés financiers, ils n’avaient pas encore réalisé qu’en plus, un jour, ils auraient à payer les pots cassés d’un système de profit dont il se croyait juste exclus… Ils n’avaient pas encore réalisé qu’en cas de problème tout le monde devrait payer, y compris ceux qui n’en ont pas les moyens.
L’histoire en marche, comme la finance, est dans une queue de probabilité, c’est la raison pour laquelle personne ne sait actuellement où nous allons dans la crise, et que l’on se borne aux incantations. En attendant le calme (c'est-à-dire non pas la reprise, mais le retour à une situation prévisible, modélisable), le rôle principal de l’état est de garantir les biens de ceux qui n’ont pas pris de risque mais qui subissent les évènements consécutifs aux actes de ceux qui en ont pris. Donc en premier lieu de sauver les banques, pour sauver les dépôts de l’immense majorité des citoyens.
François Lecompte et Jean François Cesarini
25 mars 2009
Les recettes de la campagne OBAMA
Extrait du rapport de mission Montebourg-Ferrand sur la campagne Obama En une semaine, le groupe de la rénovation compte déjà plus de 800 membres. La victoire présidentielle, Barack Obama la doit certes à ses qualités personnelles, son charisme exceptionnel. Il la doit tout autant à une campagne révolutionnaire : « la meilleure campagne jamais réalisée », selon les propres termes de Barack Obama. Sa campagne marque une rupture : il ne s’agit plus d’une campagne politique traditionnelle, de conviction des électeurs, mais d’une campagne visant à créer un mouvement, une campagne de mobilisation. La mobilisation militante est en effet exceptionnelle. 13 millions de personnes ont participé à la campagne d’Obama. 3 millions ont fait des dons. Près de 2 millions ont milité sur le terrain. Du jamais vu. Barack Obama a créé un immense mouvement, une « communauté Obama ». Si Barack Obama a pu générer une telle mobilisation, c’est que l’objectif même de sa campagne est la mobilisation. Elle repose sur trois leviers principaux : le message, internet, l’organisation de terrain. Un message de grande cause : « le changement » La mobilisation se fait autour d’un message fédérateur. Barack Obama ne fait pas campagne sur son programme même s’il en a un, très précis : un programme est par nature peu mobilisateur. Il ne fait pas non plus campagne, contrairement à ce qui a été souvent dit, sur sa personnalité : une campagne charismatique est certes mobilisatrice, mais elle est aussi clivante - il y a les « fans », mais il y a aussi les autres, qui s’inquiètent de l’hyper-personnalisation. Le coup de génie de Barack Obama, c’est d’avoir évité le piège de la campagne charismatique pour basculer vers un nouveau modèle de campagne : la campagne de cause, de type caritatif. La cause de la campagne Obama, c’est le changement. C’est un message fédérateur et consensuel dans l’Amérique de 2008[1], comme le sont toutes les grandes causes caritatives. Il peut être mobilisateur sans être incarné : c’est le cas de la lutte contre la myopathie tout le monde adhère à la cause du téléthon, mais qui connaît les personnalités qui le portent ? De la même manière, la personnalité d’Obama s’efface derrière la cause du changement. Ce n’est plus « vote for Obama », c’est « vote for change ». « Change has come to America ». La clé de la campagne de cause, c’est l’appropriation : les électeurs deviennent acteurs du changement. La texture du message, d’une rare capillarité, permet cette appropriation. Le changement est une notion suffisamment large et polysémique pour permettre à chacun d’y mettre sa propre vision du changement. Pour réaliser cette appropriation, le narratif de la campagne glisse du « je » au « nous » : « yes we can ». De manière très symbolique, le site internet de Barack Obama met en exergue dans sa bannière ces mots du candidat : « Je vous demande de croire. Non pas seulement en ma capacité d’apporter un véritable changement à Washington. Je vous demande de croire en votre propre capacité ». Chacun devient un héros du changement. Le message du changement est relayé par une communication de mobilisation. La télévision est utilisée pour mobiliser. De même que le téléthon mobilise à travers un marathon télévisuel, il y a un « Obamathon ». Nombre de publicités se terminent ainsi par une invitation : « join us ». La communication interne est également prépondérante, afin d’entretenir la mobilisation. En témoignent les fameuses vidéos de David Plouffe, le directeur de campagne, postées sur YouTube et envoyées aux militants par e-mail, qui les informent sur la stratégie de la campagne : il s’agit de leur donner le sentiment de faire partie de la campagne. Le refus de la triangulation Le changement sert de fil directeur systématique pour structurer la présentation du programme. Barack Obama rompt ainsi radicalement avec la stratégie de triangulation qui avait marqué les campagnes de Bill Clinton. La triangulation consiste à « coller » aux positions du camp opposé lorsqu’elles sont jugées majoritaires dans l’opinion, afin d’en neutraliser l’impact électoral négatif. Barack Obama fait l’inverse : il se réapproprie ses positions en leur donnant une formulation de gauche majoritaire dans l’opinion. Cette technique s’appelle le « bi-conceptualisme ». Par exemple, sur la sécurité, épouser les thèses sécuritaires de la droite, c’est de la triangulation. C’est ce qu’ont fait Bill Clinton ou Tony Blair. Barack Obama reformule la sécurité pour en donner une vision globale, qui inclut la sécurité des personnes et des biens, mais aussi la sécurité de l’emploi, la sécurité environnementale, la sécurité sanitaire dans cette « sécurité »-là, la gauche est plus crédible que la droite. Internet, épine dorsale de la mobilisation et de l’organisation de la campagne Dans le monde d’hier, internet était utilisé en politique pour communiquer aux électeurs. C’est le cas avec les sites internet « corporate » - c’est déjà l’âge de pierre de l’internet. Puis il y a eu les blogs, plus participatifs, et enfin la video on-line, comme on a pu le voir avec « Sarko TV » pendant la campagne présidentielle française. Avec la campagne d’Obama, internet entre dans un nouveau monde. Les outils internet sont utilisés avant tout, non plus pour communiquer aux électeurs, mais pour recruter les sympathisants et organiser le militantisme : - Les « réseaux sociaux » sont utilisés comme terrain de recrutement. Dans les campagnes traditionnelles, pour participer, il faut se rendre à la section de son domicile, ou prendre contact avec le siège de campagne. Cela nécessite une telle énergie que 95% des bonnes volontés sont perdues. La stratégie de la campagne Obama renverse la logique : il ne faut pas attendre que les supporters viennent à la campagne, il faut aller aux supporters : « Go where the people are ». Or les gens sont désormais sur les réseaux sociaux d’internet (Facebook, MySpace…). C’est pourquoi la campagne y nidifie : en utilisant les réseaux d’internet les plus « liquides » et les plus « viraux », la campagne d’Obama a pu mobiliser à une large échelle. Chaque mobilisation préexistante est utilisée pour mobiliser pour Obama. La campagne peut toucher rapidement des millions d’internautes. Ils n’ont plus qu’un simple click à faire pour mettre un pied dans la campagne : on a baissé au maximum les barrières à l’entrée. - Le don en ligne constitue le premier niveau d’implication dans la campagne. La campagne présidentielle 2008 se caractérise par une explosion du financement : 1.6 Md$, contre 880 M$ en 2004. Barack Obama y écrase la concurrence : 750 M$, contre 350 M$ pour John McCain. Il y parvient grâce à une innovation fondamentale : le financement populaire. Les deux-tiers de son financement proviennent de petits dons de moins de 200$. C’est le modèle de financement du téléthon appliqué à la politique. Ce financement permet de s’affranchir des lobbies et des grands donateurs. Il permet également de créer du lien : le don est le signe de l’appartenance à la communauté. C’est en donnant au téléthon qu’on devient acteur de la lutte contre la myopathie ; c’est en donnant à la campagne Obama que l’on devient acteur du changement. Ces petits dons sont collectés quasi-intégralement sur internet, sur le site de campagne de Barack Obama (mybarackobama.com MyBO). Là encore, en quelques secondes et quelques clicks, on peut participer. - L’activité des militants est coordonnée par un réseau social interne : MyBO. L’outil principal, c’est MyBO. Le site de la campagne est conçu comme un réseau social de type Facebook. Il fait circuler les informations de campagne (meetings, évènements…) au sein de la « communauté Obama ». Plus innovant, il permet aux sympathisants d’entrer en contact et de s’organiser en équipe pour militer. Structurés en groupes géographiques locaux ou thématiques, ils disposent de moyens d’actions : des documents de formation, le kit de campagne, l’accès aux listings de téléphones et d’adresses pour faire du phoning et du porte-à-porte. Chaque militant a le sentiment d’être son propre directeur de campagne, avec un tableau de bord qui agrège les indicateurs de ses actions ou de celles de son équipe : combien d’argent récolté, combien de personnes approchées, combien de militants recrutés... Mais ce reporting, qui permet de laisser une grande autonomie aux groupes pour organiser leur travail, permet également un contrôle serré de leurs actions par le staff de campagne. - D’autres outils sont utilisés. Les SMS : la campagne Obama a collecté 1.3 million de téléphones mobiles. Et les e-mails : 13 millions. Elle les utilise en abondance, mais essentiellement pour la communication avec les militants et les sympathisants : informations de campagne, annonce des évènements, organisation de la campagne de terrain, etc.
un billet de Moscovici au sujet de DSK
Le mythe du "patron caché"
Dominique Strauss-Kahn sera à Paris cette semaine. Il aura l'occasion de s'exprimer fortement. Mercredi, il est l'invité de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale – réunion à laquelle je ne pourrai hélas assister, retenu de longue date par une conférence sur l'Europe à l'IEP de Rennes. Jeudi, il pourra, pendant 2 heures, développer sur France 2 sa pédagogie de la crise, sa vision du « monde d'après ». Chacun connaît nos liens. Nous avons travaillé ensemble pendant près de 25 ans, DSK est pour moi un ami cher, après avoir été un maître dans ma jeunesse, dont je respecte la pensée et partage l'essentiel des idées. Depuis Paris, je l'observe avec plaisir réussir, à la tête du FMI, à changer par petites touches la gouvernance mondiale. Son expérience de politique, social-démocrate jusqu'à la racine, et d'économiste néo-keynésien, est utile dans ce moment de désarroi. Mercredi et jeudi, il pourra faire entendre son message, en 3 points : le souhait d'une meilleure régulation internationale, dont le FMI doit être le garant, l'appel à une relance budgétaire plus forte et plus équilibrée entre l'investissement et la consommation, de la part des pays riches, l'exigence d'un effort massif pour le développement et au premier chef pour l'Afrique. J'approuve en tout point cette démarche : elle indique la bonne voie pour franchir l'épreuve que nous traversons. Et je reste fidèle à mes amitiés comme à nos idées communes.
Faut-il pour autant, comme nous invite à la fois un article d'anthologie de Claude Askolovitch et Cécile Amar, dans le « Journal du Dimanche » d'hier, voir en lui un « patron caché » pour la gauche et pour le PS ? Je suis plus interrogatif. Je résume – sans le trahir, je vous l'assure – la thèse de ce papier. Derrière l'apparence et l'apparat d'une Martine Aubry feignant de croire en son destin, les « strauss-kahniens » contrôleraient tout – la direction du PS, la fabrique des idées à travers les « think-thanks » – sous la férule géniale de Jean-Christophe Cambadélis. Ce serait lui, en parfait accord avec l'homme de Washington, qui orchestrerait le message politique du Parti, aurait construit avec virtuosité ses listes aux Européennes, aurait placé des hommes partout – Christophe Borgel aux fédérations et aux élections, Gilles Finchelstein à la Fondation Jean-Jaurès, Olivier Ferrand à Terra-Nova. Il ne resterait plus qu'à lancer une démarche, un appel, pour que DSK ramasse la mise et vienne sauver la gauche et le pays. J'ai été pendant longtemps le complice de Jean-Christophe, son complément, je crois pouvoir dire son ami. Il en reste toujours quelque chose, même quand les chemins s'éloignent. Je reconnais toujours son talent, sa « patte », son goût des constructions intellectuelles. Mais du coup, je connais aussi ses défauts, mieux que quiconque, comme il connaît les miens sans doute. Et là, nous sommes en face d'un magistral coup de ce que les anglo-saxons appellent le « spin », la distorsion journalistique organisée par un expert, comme Peter Mandelson le fut jadis pour Tony Blair – mais avec une toute autre façon de faire et un fond idéologique différent.
Regardons-y en effet de plus près. Cet article, très inspiré, est d'abord tout à fait désobligeant pour la Première secrétaire, Martine Aubry, décrite au pire comme un artefact, au mieux comme un plan B, en cas d'échec de la solution idéale : la formule « Martine chante, Camba fait de la politique » lui ira sans doute droit au coeur. Je crois que c'est aussi sous-estimer la volonté et les capacités de celle qui se trouve aujourd'hui à la tête du PS. En outre, je crains pour les auteurs de ce roman que la réalité soit un peu plus complexe que ne le laisse croire cette démonstration d'école. Les « strauss-kahniens », parait-il, seraient aux leviers de commande : peut-être, mais pas tous, loin de là, et le sont-ils vraiment pour le bénéfice exclusif de DSK, ou pour l'emporter, quoi qu'il arrive, avec le ou la mieux placé(e), en 2012 ? Et puis, c'est l'essentiel, travaillent-ils pour les idées que nous avons, ensemble, promues autour de DSK, notre leader à « Socialisme et Démocratie » entre 2002 et 2007, notre candidat commun à la candidature présidentielle en 2006 ? Le nouvelle matrice idéologique défendue par Jean-Christophe et ses amis tiendrait en 3 éléments : la « fin de la triangulation » et le retour à une « ligne de gauche », avec un zeste de protectionnisme, l'affirmation d'une logique résolument « anti-sécuritaire », illustrée par le livre noir du PS sur les libertés, la pétition contre le bouclier fiscal. Cela suffit-il pour définir, de façon positive et forte, la sociale-démocratie du 21ème siècle que nous devons construire ? Est-ce bien le message que nous avons porté, par exemple avec « A gauche en Europe », que j'ai présidé avec Marisol Touraine ? Et la musique que fait entendre tous les jours la direction du PS est-elle vraiment sociale-démocrate ?
C'est pourquoi, où, il y a là beaucoup de manoeuvres, de bruits, d'incertitudes, et pour tout dire d'inexactitudes. Je n'ai jamais su – c'est sans doute ma faiblesse, mais je n'en rougis pas – faire de la politique ainsi, à coups d'intox et de mécanos théoriques. Donc je ne m'en émeus pas. Avec « Besoin de Gauche », je trace ma route : pour le reste, nous verrons. Je n'ai en tête qu'une chose : aider le PS à vaincre Nicolas Sarkozy, autour d'une politique de gauche, ambitieuse et crédible, capable ensuite de réussir. Avec qui ? Tout est possible. Si la situation appelle, effectivement le retour de DSK, et si celui-ci en a l'envie, j'en serais ravi. Si Martine Aubry s'impose, je serai solidaire. Si Ségolène Royal l'emporte, je l'accepterai. Si une autre solution s'avérait nécessaire et possible, j'y réfléchirais. Bien sûr, j'ai mes préférences, mes hiérarchies, elles ne changent pas. Mais aujourd'hui, pour moi, ce n'est pas le « qui » l'important, mais le « pourquoi » et le « comment ». J'avance avec 2 boussoles : la recherche des idées pour réconcilier la gauche et la France demain, l'exigence de la vraie rénovation – et non de la normalisation ou de la manipulation, que le PS rejette de toutes ses fibres, dans ses profondeurs – pour gagner. Je récuse, donc, la thèse du « patron caché », qui est un mythe, je lui préfère celle d'un Parti qui, enfin, s'ouvre à tous les talents. L'émancipation, je le sais, je le vis depuis 2007, n'est pas facile. Elle crée de la solitude, suscite de l'incompréhension, favorise les abandons - je l'ai subi – elle peut facilement passer pour de l'orgueil. Elle n'évite pas les fautes – j'en ai commises, et le sais. Mais je suis convaincu, au fond de moi, qu'elle est le bon chemin. En tout cas, c'est celui que j'ai choisi, et je n'y renoncerai pas.
12 mars 2009
VOTE DE LA LISTE AUX EUROPEENNES CE SOIR
Lettre aux amis de "Besoin de Gauche"
Cher(e) ami(e),
Le Conseil national du Parti socialiste s'est réuni ce samedi pour examiner son texte d'orientation en vue des élections européennes et pour adopter la liste de ses candidats à celles-ci. J'ai voté le texte, mais pas les listes, sur lesquelles je me suis abstenu. Je veux t'expliquer pourquoi, et te dire quelles conséquences j'en tire.
J'accorde, tu le sais, une grande importance aux élections européennes. Le rôle du Parlement européen va croissant, et l'enjeu de la majorité politique en son sein est majeur, à l'heure où le Conseil et la Commission n'ont jamais été dominés par les droites autant qu'aujourd'hui. Il est, dans ce contexte, décisif que le Parti des socialistes européens, le PSE, soit le premier groupe en son sein et que les socialistes français y jouent un rôle éminent et positif. Dès lors, la force de notre orientation politique et la qualité de nos listes ne peuvent être négligées. Le texte soumis à notre vote samedi, intitulé « Donner une nouvelle direction à l'Europe », ne pouvait être parfait : il résulte forcément d'un compromis, au sein d'un Parti qui a été, chacun le sait, divisé par la question européenne, notamment à l'occasion de la ratification du traité constitutionnel européen en 2005. J'aurais préféré qu'il soit plus entraînant, mieux écrit, qu'il ait plus de souffle et d'enthousiasme européen. Mais c'est un texte cohérent, qui possède à mes yeux une vertu essentielle : il est, avant tout, la déclinaison française du « Manifeste » du PSE, et nous permettra, enfin, de mener sans état d'âme et sans leçons superflues à nos camarades européens une vraie campagne transnationale. C'est pourquoi je l'ai voté sans hésiter.
En conscience, je n'ai pu faire de même pour nos listes. Il est bon que le Parti sorte rassemblé du Conseil national – il l'a toujours été, d'ailleurs, pour les élections européennes. Et je ne veux pas remettre en cause personnellement les camarades désignés pour porter nos couleurs. Ils seront nos candidats, et nous devrons, tous, les soutenir une fois que les militants auront ratifié les listes soumises à leur vote. Il ne s'agit pas non plus de critiquer la Première secrétaire, Martine Aubry. L'exercice, en effet, était difficile, tant les critères à combiner étaient nombreux et contradictoires : respect du travail et de l'influence des sortants, renouvellement, parité, diversité, représentation des régions, des courants du parti. Je déplore toutefois que cette dernière préoccupation – l'application au trébuchet de la proportionnelle nationale des motions au Congrès de Reims – ait été à ce point prédominante. Elle ignore la logique du mode de scrutin dans 7 grandes régions métropolitaines, plus l'Outre-Mer, qui visait à rapprocher le député européen de ses électeurs et des territoires.
Qui ne voit qu'en découlent des incohérences ? Plusieurs têtes de liste « déplacées », deux candidats « importés » parmi les 4 premiers de la Région Est, des députés sortants parmi les plus respectés au Parlement européen – je pense notamment à Gilles Savary – non renouvelés au nom de la logique des courants, des régions entières – le Limousin, l'Aquitaine, l'Auvergne - privées de candidats éligibles, la Franche-Comté carrément oubliée, la Bretagne, région la plus favorable à l'Europe de France, incarnée par une candidate issue de la motion de Benoit Hamon, une députée nationale, élue en 2007 dans une circonscription symbolique, la quittant par crainte d'un redécoupage défavorable... : tout cela ne pouvait me satisfaire, je l'ai exprimé par mon abstention, d'autres par leur vote contre les listes. En vérité, nous touchons aux limites d'un système, celui de la proportionnelle intégrale dans le cadre d'un parti fragmenté. Si le mode de scrutin actuel demeure, nous ne pourrons pas, ne devrons pas conserver cette procédure de désignation, qui a montré toutes ses insuffisances.
Ce vote, partagé par l'essentiel de mes amis et par beaucoup d'autres, n'a pas été celui de toute la motion A, et d'abord des représentants de Bertrand Delanoë, coordonnés par Harlem Désir, qui ont approuvé ces listes. J'en tire aujourd'hui les conséquences. On le sait, j'avais lors du Congrès de Reims, signé la contribution « Besoin de gauche », avec beaucoup d'entre vous. Celle-ci était porteuse d'une cohérence social-démocrate, réformiste, européenne et d'une volonté de rénovation du Parti socialiste. Au moment des motions, nous nous sommes rapprochés des contributions de François Hollande et de Bertrand Delanoë, dont nous partagions les principales options idéologiques, et avons soutenu avec vigueur la candidature de ce dernier au poste de Premier secrétaire. Nous avons ensemble mené la bataille du Congrès, et n'avons pu l'emporter.
Je ne regrette pas ce choix. Il me semble toutefois qu'il a montré deux limites depuis lors. La première tient au positionnement politique de la motion A. Il ne me semble pas que sa volonté réformiste soit suffisamment affirmée et audible au sein de la direction du parti, où elle apparaît trop souvent, probablement du fait d'un esprit de responsabilité louable, sans vraie distinction par rapport aux autres composantes de la majorité. Les camarades de Benoit Hamon, ceux de la motion E - dont beaucoup ont apparemment délaissé Ségolène Royal - sont beaucoup plus identifiés et écoutés. Il y a, aussi, un vrai problème de fonctionnement collectif. Les signataires de la contribution « clarté, courage, créativité » continuent trop souvent à agir à leur bénéfice exclusif, ils ne jouent pas assez le jeu d'une motion unie, résultant d'une vraie synthèse entre plusieurs textes différents. Ce fut le cas lors de la formation des instances du parti au moment du Congrès de Reims, à commencer par le Conseil national, ça l'est au sein de la direction du parti, ce fut encore flagrant lors des discussions sur les listes européennes, où certains camarades ont été âprement défendus et d'autres, proches de François Hollande ou moi, délaissés. Il n'est plus possible de continuer ainsi.
C'est pourquoi je vous appelle maintenant à faire vivre davantage encore « Besoin de gauche ». Il ne s'agit pas d'une déception pour des « places » : deux camarades signataires de notre contribution seront députées européennes, et je m'en réjouis, d'autres ont une chance de l'être, et je les soutiens. Ce n'est pas davantage une brouille avec Bertrand Delanoë : j'ai pour lui du respect, de l'estime personnelle, je sais que nous avons beaucoup de positions communes, beaucoup de combats à mener côte à côte. Je souhaite que nous continuions à agir ensemble, mais autrement. C'est une volonté d'autonomie affirmée. Je m'impliquerai fortement dans la campagne européenne, et dans le cadre de la Convention nationale sur le « nouveau modèle de société », dont Martine Aubry m'a confié l'animation. Là, d'ailleurs, est l'essentiel : élaborer, pour 2012 et l'après-crise, un projet socialiste ambitieux et crédible. Créons donc, par nous même, le courant de pensée capable de porter cette ambition là.
Oui, soyons plus que jamais loyaux et libres. Cela nous crée, cela me crée des devoirs. Il faudra être plus pointus dans l'expression, plus rigoureux dans l'organisation, plus présents dans le débat public. Je ferai, très vite, des propositions à cet égard. En attendant, j'espère que tu comprendras ces explications, que tu approuveras ces décisions, et t'invite à t'impliquer pleinement dans notre combat commun au sein de « Besoin de gauche ». J'ai la conviction que nos thèses, notre pratique, notre éthique, ont de plus en plus d'audience au sein du Parti socialiste, je suis certain qu'elles pourront en trouver davantage encore. Tu peux compter sur moi.
Avec ma fidèle amitié,
Pierre Moscovici
Le temps de la rénovation
La révolte contre les listes européennes adoptées samedi par le Conseil national du Parti socialiste monte dans beaucoup de fédérations. Sans parler du courroux du maire de Lyon, Gérard Collomb, je pense au refus d'organiser le vote du 12 mars par le conseil fédéral de la Gironde, choqué comme je le suis par l'éviction de Gilles Savary, à la colère de François Patriat, le Président de la Région Bourgogne, à la mauvaise humeur de beaucoup de socialistes dans le Limousin, en Auvergne, en Bretagne, dans le Centre, en Franche-Comté... J'ai dit ici ce que je pensais de ces listes, de mon abstention lors du Conseil national, et n'y reviens pas. Mais le moment vient de prendre un peu de recul, et de chercher à comprendre comment cette situation a pu émerger, comment ce malaise a pu naître, de quoi il est le symptôme préoccupant. Nous vivons, selon moi, une fin de cycle, et il est temps, grand temps, d'en ouvrir un nouveau, celui de la vraie rénovation du Parti socialiste.
Car la constitution douloureuse de nos listes européennes n'est ni un hasard malheureux, ni le résultat d'un concours de circonstances, ni le produit d'un arbitraire scandaleux de la direction. Elle est le fait d'une dérive, progressive mais puissante, de notre vivre ensemble, dont le Congrès de Reims a été un moment paroxystique, passé mais pas encore dépassé. De quoi s'agit-il, à grands traits ? Le PS n'est pas encore sorti de la triple crise qui le plombe depuis le début des années 2000, en tout cas depuis le retrait de Lionel Jospin en 2002. La première crise est identitaire. Qu'est qu'être socialiste, en France et en Europe, au début du XXIème siècle ? Qu'est-ce qui, aujourd'hui, distingue notre courant de pensée, comment peut-il répondre aux aspirations des peuples à l'efficacité, à la solidarité, à la justice, dans la crise que nous traversons ? Nous ne le savons plus tout à fait, et c'est à cela, me semble-t-il, que devra répondre notre convention sur le « modèle de société », qui devra produire un nouveau texte fondamental, approfondissant et concrétisant notre déclaration de principes. La deuxième crise est stratégique. Avec qui, quelles alliances, sur quelles bases sociales créer un socle majoritaire ? Là encore, malgré de fortes proclamations, par exemple sur le Modem, nous hésitons. Enfin, nous sommes toujours en crise de leadership. Le PS a maintenant une Première secrétaire dont la légitimité est acceptée par tous, et une direction regroupant tous les courants. Qui ne voit, pour autant, que le combat pour le véritable leadership, pour une candidature présidentielle potentiellement victorieuse, continue, que nous connaissons sur ce terrain un répit, une pause, en aucun cas un arrêt ?
Sur tous ces points, le Congrès de Reims a été stérile. Les thèses réformistes y ont été immensément majoritaires, mais aucune majorité de travail cohérente n'a pu émerger. La présidentialisation du parti, officiellement refusée par tous, a été la seule boussole de ce Congrès de dupes. Et les proclamations stratégiques furent trop rudimentaires, trop radicales pour sembler sincères. En réalité c'est un parti fragmenté et blessé qui est sorti de Reims, et nos listes européennes expriment très exactement ces stigmates. Ceux-ci ont plusieurs formes. Tout d'abord, le poids excessif d'une proportionnelle omniprésente, insupportable dès lors que chacune des motions soumises alors au vote des militants était une coalition de forces hétérogènes et qu'aucune d'elles n'a pu dépasser 30 % des voix. Ce sont en réalité une dizaine de « familles » qui se sont disputées 20 sièges de députés européens espérés: comment cette balkanisation pouvait-elle produire des résultats satisfaisants, dans le cadre d'un mode de scrutin territorialisé ? Ce biais est renforcé par l'influence croissante de « grandes fédérations », porteuses d'une vraie force politique, d'une réelle légitimité militante sans doute, mais aussi capable d'imposer leur loi à tous. C'est avec cela, qui rappelle fortement la SFIO finissante, et avec l'antagonisme interpersonnel de nombreux dirigeants du Parti, jeunes et moins jeunes, qu'a du composer Martine Aubry. Le rassemblement des courants a été réalisé, mais la représentation des régions et le souci d'envoyer au Parlement européen une délégation de qualité ont été trop négligés. C'est tout cela qui ne peut plus durer.
C'est pourquoi il faut sortir de ces fonctionnements d'appareil, et promouvoir une vraie rénovation. Notre succès en 2012, essentiel pour les Français, dépend en réalité de notre capacité à remplir 3 conditions. La première, bien sur, est la production d'un projet de qualité, de gauche, européen, ambitieux et réaliste. La seconde est la désignation, le moment venu, d'une personnalité crédible, entourée d'une équipe susceptible de gouverner le pays, capable de rassembler le parti, la gauche et au-delà une majorité des Français, pour affronter et vaincre Nicolas Sarkozy. Enfin, nous devons changer, en profondeur, nos modes de fonctionnement, dépasser nos insupportables jeux tactiques, redevenir une force politique ouverte et attractive. Dans ce contexte, la question du mode de sélection de notre candidat à l'élection présidentielle, par une primaire ouverte ou selon les voies classiques de nos Congrès, est décisive. Si, en effet, nous ne changeons rien, je crains fort que les 2 prochaines années ne soient consacrées par les uns et les autres qu'à une chose – le contrôle du parti – au détriment des exigences d'une rencontre victorieuse, qui est tout sauf acquise, avec les Français. La primaire, certes, n'est pas une solution miracle, les démocrates Italiens ont montré qu'elle ne suffisait pas à l'emporter, mais le statu quo est à coup sur une véritable machine à perdre. Ce que je souhaite, au fond, c'est que le parti adopte maintenant – enfin ! - le programme de travail que j'appelle obstinément de mes voeux depuis juin 2007 : des conventions thématiques, découlant d'une convention fondamentale tenue à l'automne 2009, des Etats généraux de la rénovation fixant notamment les conditions de la désignation de notre candidat – quelles qu'elles soient, elles devront être acceptées par tous, sauf à créer des vélléités de dissidence ou des suspicions légitimes – qui devront se tenir au plus tard début 2010. Si nous faisons ainsi – transposant en quelque sorte, dans un temps et une situation très différents bien sur, notre démarche de 1995/1997 - tout en accentuant notre effort d'opposition, nous pourrons retrouver la confiance de nos concitoyens. A défaut, nous irons de Congrès ratés en choix de candidats décevants et incapables de mobiliser, faisant au final le jeu d'un Président pourtant impopulaire, rejeté et nocif. Il est temps, maintenant, de nous ressaisir collectivement. C'est ce à quoi doit inciter « Besoin de gauche », c'est ce pourquoi je continuerai à plaider avec obstination : la rénovation ne peut plus être différée, elle n'est pas une option mais un impératif catégorique.