Compte rendu par Clara des  Troissocs, de la manifestation organisée par Terranova le 11 février dernier

I/ Le Contexte de la crise financière

Les perspectives économiques mondiales étaient basées sur une croissance économique potentiellement forte (les 4 facteurs économiques nécessaires à la croissance étant présents), mais cette croissance a été mise à mal par la crise financière, même si les plans de sauvetage mis en place sont sans commune mesure avec ce que l’on a pu connaître par le passé.

Quels sont les 4 facteurs qui permettent une croissance élevée ?

-         a) une démographie en essor

-         b) le progrès technologique

-         c) la disponibilité du capital

-         d) un projet culturel qui favorise la croissance

a)   une démographie en essor : on va passer de 6 à 9 milliards en l’espace de 20 années, surtout en Inde, en Asie et dans d’autres régions plutôt défavorisées sur monde. Cela va se conjuguer avec une migration vers les villes, un taux de fertilité qui chute de façon vertigineuse dans certains pays (Italie, moins de 1 enfant par femme !) un vieillissement de la population et un phénomène de « féminisation » des campagnes. Les migrations transfrontalières vont s’accélérer (en 2050, 1, 5 milliards de personnes vont changer de pays, dont plus de 1/3 dans des mouvements Nord/Sud, mais aussi 1/3 interne aux pays du sud, et 1/3 interne aux pays du nord. Plus de 2 milliards de déplacements seront dus aux phénomènes de changement climatique qui vont obliger les populations à migrer.

b)   Un progrès technologique sans précédent : aujourd’hui on dénombre (contrairement aux autres époques où l’on en avait à peine une) quatre vagues de progrès :

-         les NTIC

-         les biotechnologies

-         les nano-technologies

-         les neuro-technologies.

La difficulté sera d’accumuler le savoir et de le conserver, plus que l’accès au savoir lui-même.

c) La disponibilité financière: c’est là que la bât blesse puisqu’on assiste aujourd’hui à une crise qui concerne l’ensemble de la planète dans un contexte où l’épargne représente 50 trillions de dollars par an.

d) le projet culturel : aujourd’hui la rareté est à la fois le risque et le facteur de cherté (ex : le pétrole, l’énergie, l’eau en 2050).

II/ Les causes de la crise

Pourquoi ça a buggé ?

La liberté individuelle, valeur sur laquelle le marché s’était basé ne peut pas marcher sans un état de droit, car un tel système n’a aucune raison d’être équitable. Donc, aujourd’hui on constate que le système ne marche pas : soit on accepte son déclin, soit l’on répartit les revenus, soit l’on fait des crédits (ce qu’a fait sans compter les USA, avec un système qui se voulait être « win-win ».

Cela a démarré avec la crise dites des « subprimes », ces crédits moins côtés que les autres mais qui tablaient sur une  augmentation supposée et anticipée de l’immobilier, couplés avec des taux variables qui ont rendu les couples insolvables. D’où la titrisation en cascade qui en a découlé – au total 12 trillions si l’on inclut les produits dérivés- .


En l’absence de gouvernements démocratiques, y compris aux USA, l’on a assisté à un transfert progressif des ressources vers les forces les plus puissantes, celles du marché. Cela s’est fait sans contrôle, ou avec la complaisance des contrôleurs - comme les agences de notation- , dans l’euphorie la plus totale, , qui n’ont rien vu venir (ou l’ont caché). Pour donner une idée de la dette aux USA, en 1929, la dette représentait 2,5 fois le PIB. A la fin 2007, elle représente 3,5 fois le PIB.


L’on assiste à la mort d’un système basé sur la croissance, hypertrophié ce qui a enclenché la spirale du déclin :

Dettes è panique è dettes accumulées, è banques en faillite.

Le système a implosé, la dette représente aujourd’hui 500 fois le PIB et le système bancaire mondial a prêté 80 fois le PIB (américain). Sur les 12 trillions de dollars, les fonds propres américains représentent 3,6 trillions, ce qui est loin d’être suffisant.

La croissance américaine est aujourd’hui négative (- 4 à - 5 % par an, ce qui fait 600 000 chômeurs de plus par mois).

Les causes plus profondes de la crise

- on n’a pas voulu voir qu’il n’y avait pas d’état de droit au niveau mondial ;

- on était dans un système allégal (sans violation de la loi car il n’y a pas de loi) et on a laissé faire ;

- on était dans le domaine du virtuel, qui fait que ça circule plus vite : à l’instar de la musique, qui circule très vite sur internet, la finance est apparue virtuelle alors qu’elle aurait dû avoir une contrepartie réelle.

III / Les propositions de Jacques Attali

a) une régulation à l’échelle mondiale

La régulation doit se situer à l’échelle mondiale. Or, ce n’est pas le cas et le plan actuel de sauvetage, même s’il impose des contraintes fortes, ne va probablement pas suffire. L’Europe ne peut pas s’endetter, et n’a même pas le droit d’acheter des entreprises. La réunion du G20 récente à Londres a été « aussi inefficace qu’une réunion des Alcooliques Anonymes qui serait organisée dans un bar à vin ».

Il y a un risque de dépression planétaire si les colmatages actuels ne suffisent pas, voire de chaos et (sous-jacente) d’une 3ème guerre mondiale avec beaucoup de morts !

b) la mise en place d’un système d’alertes et d’une structure internationale, d’accords avec les banques et les assurances, (comme le faisaient par exemple les corporations au Moyen-Age, qui contrôlaient leurs pairs).

c)    une monnaie unique dans le monde (d’ici 30 ans) mais pour le moment personne ne sait pas comment y parvenir ni quelle sera cette monnaie (le yen, le dollar, l’euro …?)

d)   supprimer les paradis fiscaux

IV / Les questions de la salle

La croissance pollue-t-elle ?

J. Attali : Ce n’est pas elle qui pollue mais la production (ex : charbon) il faut donc modifier les modes de production

Quel pays pourrait se substituer aux USA comme « gendarme du monde » ?

Aucun n’est au niveau actuellement. Seule l’Europe pourrait le faire mais on ne lui en a pas donné les moyens institutionnels.

Comment mettre en place la sécurité au niveau mondial ?

J. Attali prend l’exemple de la sécurité aérienne où tout le monde applique les règles car il y va de la survie des hommes.

Où est passé l’argent après la crise de 1929 ?

Dans la crise de 29, l’argent est parti essentiellement en fumée ! et le patrimoine a baissé mais les banques soit ont fait faillite, soit s’en sont sorties avec des bénéfices colossaux.

V/ Conclusions

Dans ce pessimisme ambiant « La crise n’est pas mauvaise si elle débouche sur un ordre mondial nouveau » Il faut parler de justice sociale, de relance par l’investissement…

VI . Commentaires par l’auteur du compte-rendu

Le tableau dressé par Attali est bien alarmiste, pessimiste, peut-être excessif mais sans doute l’analyse est-elle juste. Cependant il eût été intéressant de poser d’autres questions, mais le temps écoulé, je restai sur ma faim, malgré mes efforts répétés pour demander une intervention. Alors je la pose ici, dans ce compte-rendu.

Notamment, l’on peut se demander pourquoi les remèdes proposés par M. Attali se situent dans la continuation de l’existant : au-delà des mots (« justice sociale », « relance ») c’est tout un système qu’il faut revoir, et sans doute aurait-il fallu faire preuve de plus de créativité et d’audace afin de tenter de bâtir un « nouvel ordre financier ». M. Attali parle d’absence de contrôle, mais oublie qu’il existe des instruments de contrôle (à commencer par les banques centrales dont l’un des rôles est de contrôler les crédits) et que les régulations internationales dont Bâle I et II se sont inspiré au niveau européen imposent des normes très strictes aux banquiers avec des ratios solvabilité sans précédent. Pourquoi dans ce cas ne pas prendre les mesures qui s’imposent, comme un ratio de 1 pour 1 ? Le problème, ce n’est pas l’absence de normes mondiales, c’est leur non application dans la pratique, et ce avec la complaisance de tous. Le problème est que les banquiers sont devenus un lobby immense, avec tous pouvoirs, et qu’il faut donc le leur ôter.

Il eût été par exemple intéressant de s’interroger sur la suppression des banques à un moment où les nouvelles technologies de l’information rendent l’intermédiation moins nécessaire voire inutile. Rappelons le, les banques ont été créées il y a trois cents ans pour servir d’intermédiaires entre commerçants pour faire des actes de commerce. Mais à l’ère d’internet, la tenue des contrats, des comptes, ainsi que la gestion des moyens de paiement et de l’épargne simple pourraient parfaitement être effectués par d’autres institutions, y compris sur le net, en tous cas par des moyens plus  fiables et surtout plus encadrés.

Quant à la gestion du risque (crédits), rôle par essence des banques mais dont la crise financière a démontré les limites, elle pourrait être pris en charge par les pouvoirs publics soit au niveau national soit au niveau régional.