Le blog de la Gauche du Réel à Maisons-Alfort

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15 mai 2009

Le droit de réponse du PS pour les européennes

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La Gauche ne décline pas, au contraire ! Voilà l'analyse de Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire national aux affaires européennes au PS...

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23 avril 2009

la crise encore la crise !

Risques et certitudes

Cette crise financière mondiale, en nous plongeant dans de douloureuses incertitudes sur l’avenir, ne doit pas nous faire oublier nos valeurs d’hier et d’aujourd’hui. Ce moment, ce long moment, cette traversée de peurs et de manque, est celui où doit s’exercer, encore plus que d’habitude, la social-démocratie. Cette crise nous rappelle de manière encore plus déchirante, les valeurs sociales-démocrates. Ce moment est aussi une crise idéologique qui délimite et borne de chacun de ses cotés ce que doit être le socialisme d’aujourd’hui.

Ainsi, à notre droite on a cru et l’on croit toujours, tenace nostalgie, à l’autorégulation des marchés. L’idéologie qui a fait le sarkozysme est celle où l’on pense que le possible génère lui-même sa nécessité, ses limites et ses devoirs. De ce qui est possible émanerai la restriction, la retenue, la morale comme auto-régulation. Cette crise est un démenti cinglant et horrible à cette ancienne foi.

Et à notre gauche, l’on croit que ce qui est nécessaire, parce qu’il est nécessaire, est possible. Que ce qui est moral, parce que cela est juste, est forcément possible. Nous sociaux-démocrates assumons le bras de fer entre le nécessaire et le possible.

Et concrètement, l’urgence est que cet idéal prenne toute sa dimension aujourd’hui. C’est pour cela qu’il est assez effrayant que le discours simpliste « on donne des milliards pour les banques et rien pour les plus démunis » soit porté par les plus hauts responsables du parti socialiste. Qu’un élu de gauche puisse annoncer sans sourciller que, s’il était aux affaires, il ne sauverait pas les dépôts bancaires des citoyens et prendrait le risque d’une destruction pure et simple du capital des Français laisse songeur. Des exemples historiques suffisamment éclairants, à commencer par la crise de 29, peuvent être rappelés pour soutenir que dans une économie monétarisée personne, pauvre ou riche, n’a intérêt à une faillite généralisée des banques.

Il faut néanmoins chercher, sinon des responsables, du moins des explications à la crise. Dominique Strauss Kahn l’a rappelé récemment, la crise actuelle est une crise de l’excès de crédit, et, en conséquence, de ceux qui ont profité de ces excès. Les banquiers qui ont ouvert les créances certes, les financiers qui les ont titrisés certes, mais aussi ceux qui ont pensé qu’ils pouvaient s’endetter sans limites. Vivre au dessus de ses capacités financières est un leurre, comme vivre au-delà des capacités environnementales est un leurre. Leurre qui nous rappelle  que la crise écologique, infiniment plus dure, infiniment plus durable, est devant nous et que nous devrons en assumer, là encore, la charge collective.

Néanmoins la financiarisation de l’économie porte une lourde responsabilité, puisque la finance est devenue à la fois le moteur et les roues d’une machine à générer du profit, le plus vite et le plus intensément possible. Y compris bien sur en s’accaparant les ressources des moins solvables. Pire, la finance moderne est l’apothéose de la pensée néo-libérale, en ce sens qu’elle a permis de construire un marché, ce qui est le crédo du néo-libéralisme, mais un marché de concepts, ce qui est plus rare, et surtout un marché de concepts faux, ce qui, vu l’ampleur des enjeux, est inédit à l’échelle historique. « Il n’y a de rationalité à l’économie libérale de marché en matière de risque que pour des situations parfaitement calibrées et statistiquement renseignées » rappelait récemment un mathématicien reconnu dans la revue Esprit. Les modèles mathématiques utilisés par les financiers pour estimer les risques concernant les positions détenues ne permettent pas une bonne estimation quand les situations sont exceptionnelles et génèrent des comportements inédits. C’est la nature intrinsèque du risque : lorsque survient une situation exceptionnelle, personne ne sait comment les individus vont réagir. Cela a été très bien expliqué par les traders eux-mêmes, qui ne comprenaient pas pourquoi, durant l’hiver, tout le monde continuait à vendre et donc à faire baisser des actifs (pas les toxiques, ceux qui étaient adossés à une valeur économique réelle) dont la sous-cotation était déjà manifeste et qui auraient dû au contraire être achetés en masse.  C’est la limite de la théorie de l’efficience qui veut que les marchés produisent, à tout instant, la meilleure évaluation possible des titres. Il ne s’agit pas de remettre en cause les marchés, mais la foi absolue en ces marchés. L’impuissance des meilleurs modèles de mathématiques financières est l’illustration de cette intuition géniale de Keynes.

Des sommes considérables ont été mises sur les marchés financiers, générant des profits considérables, mais aussi des risques considérables dont tout le monde se rappelle maintenant qu’ils sont potentiellement porteurs de pertes encore plus considérables que les profits qu’ils ont permis de réaliser. La plupart des acteurs des marchés financiers savaient qu’il y avait une partie du risque qu’ils maîtrisaient et une partie qu’ils ne maîtrisaient pas ; mais ils savaient aussi que dans le cas d’une déflagration du système, au moment du « passage » dans le risque non maîtrisé, ils ne subiraient qu’une petite partie des conséquences de la déflagration. Ce qu’il y a d’inepte dans ce système, symbolisé par la formule « individualisation des profits, mutualisation des pertes », c’est que chaque acteur financier avait compris et, bien évidemment, adopté les règles du jeu au moment même de sa première transaction. Et que pendant que la plupart des sympathisants de gauche dénonçaient les profits déconnectés des réalités des marchés financiers, ils n’avaient pas encore réalisé qu’en plus, un jour, ils auraient à payer les pots cassés d’un système de profit dont il se croyait juste exclus… Ils n’avaient pas encore réalisé qu’en cas de problème tout le monde devrait payer, y compris ceux qui n’en ont pas les moyens.

L’histoire en marche, comme la finance, est dans une queue de probabilité, c’est la raison pour laquelle personne ne sait actuellement où nous allons dans la crise, et que l’on se borne aux incantations. En attendant le calme (c'est-à-dire non pas la reprise, mais le retour à une situation prévisible, modélisable), le rôle principal de l’état est de garantir les biens de ceux qui n’ont pas pris de risque mais qui subissent les évènements consécutifs aux actes de ceux qui en ont pris. Donc en premier lieu de sauver les banques, pour sauver les dépôts de l’immense majorité des citoyens.

François Lecompte et Jean François Cesarini

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25 mars 2009

Les recettes de la campagne OBAMA

Extrait du rapport de mission Montebourg-Ferrand sur la campagne Obama

En une semaine, le groupe de la rénovation compte déjà plus de 800 membres.

La victoire présidentielle, Barack Obama la doit certes à ses qualités personnelles, son charisme exceptionnel. Il la doit tout autant à une campagne révolutionnaire : « la meilleure campagne jamais réalisée », selon les propres termes de Barack Obama. Sa campagne marque une rupture : il ne s’agit plus d’une campagne politique traditionnelle, de conviction des électeurs, mais d’une campagne visant à créer un mouvement, une campagne de mobilisation.

La mobilisation militante est en effet exceptionnelle. 13 millions de personnes ont participé à la campagne d’Obama. 3 millions ont fait des dons. Près de 2 millions ont milité sur le terrain. Du jamais vu. Barack Obama a créé un immense mouvement, une « communauté Obama ».

Si Barack Obama a pu générer une telle mobilisation, c’est que l’objectif même de sa campagne est la mobilisation. Elle repose sur trois leviers principaux : le message, internet, l’organisation de terrain.

Un message de grande cause : « le changement »

La mobilisation se fait autour d’un message fédérateur.

Barack Obama ne fait pas campagne sur son programme

même s’il en a un, très précis : un programme est par nature peu mobilisateur. Il ne fait pas non plus campagne, contrairement à ce qui a été souvent dit, sur sa personnalité : une campagne charismatique est certes mobilisatrice, mais elle est aussi clivante - il y a les « fans », mais il y a aussi les autres, qui s’inquiètent de l’hyper-personnalisation.

Le coup de génie de Barack Obama, c’est d’avoir évité le piège de la campagne charismatique pour basculer vers un nouveau modèle de campagne : la campagne de cause, de type caritatif. La cause de la campagne Obama, c’est le changement. C’est un message fédérateur et consensuel dans l’Amérique de 2008[1], comme le sont toutes les grandes causes caritatives. Il peut être mobilisateur sans être incarné : c’est le cas de la lutte contre la myopathie

tout le monde adhère à la cause du téléthon, mais qui connaît les personnalités qui le portent ? De la même manière, la personnalité d’Obama s’efface derrière la cause du changement. Ce n’est plus « vote for Obama », c’est « vote for change ». « Change has come to America ».

La clé de la campagne de cause, c’est l’appropriation : les électeurs deviennent acteurs du changement. La texture du message, d’une rare capillarité, permet cette appropriation. Le changement est une notion suffisamment large et polysémique pour permettre à chacun d’y mettre sa propre vision du changement. Pour réaliser cette appropriation, le narratif de la campagne glisse du « je » au « nous » : « yes we can ». De manière très symbolique, le site internet de Barack Obama met en exergue dans sa bannière ces mots du candidat : « Je vous demande de croire. Non pas seulement en ma capacité d’apporter un véritable changement à Washington. Je vous demande de croire en votre propre capacité ». Chacun devient un héros du changement.

Le message du changement est relayé par une communication de mobilisation. La télévision est utilisée pour mobiliser. De même que le téléthon mobilise à travers un marathon télévisuel, il y a un « Obamathon ». Nombre de publicités se terminent ainsi par une invitation : « join us ». La communication interne est également prépondérante, afin d’entretenir la mobilisation. En témoignent les fameuses vidéos de David Plouffe, le directeur de campagne, postées sur YouTube et envoyées aux militants par e-mail, qui les informent sur la stratégie de la campagne : il s’agit de leur donner le sentiment de faire partie de la campagne.

Le refus de la triangulation

Le changement sert de fil directeur systématique pour structurer la présentation du programme. Barack Obama rompt ainsi radicalement avec la stratégie de triangulation qui avait marqué les campagnes de Bill Clinton. La triangulation consiste à « coller » aux positions du camp opposé lorsqu’elles sont jugées majoritaires dans l’opinion, afin d’en neutraliser l’impact électoral négatif. Barack Obama fait l’inverse : il se réapproprie ses positions en leur donnant une formulation de gauche majoritaire dans l’opinion. Cette technique s’appelle le « bi-conceptualisme ». Par exemple, sur la sécurité, épouser les thèses sécuritaires de la droite, c’est de la triangulation. C’est ce qu’ont fait Bill Clinton ou Tony Blair. Barack Obama reformule la sécurité pour en donner une vision globale, qui inclut la sécurité des personnes et des biens, mais aussi la sécurité de l’emploi, la sécurité environnementale, la sécurité sanitaire

dans cette « sécurité »-là, la gauche est plus crédible que la droite.

Internet, épine dorsale de la mobilisation et de l’organisation de la campagne

Dans le monde d’hier, internet était utilisé en politique pour communiquer aux électeurs. C’est le cas avec les sites internet « corporate » - c’est déjà l’âge de pierre de l’internet. Puis il y a eu les blogs, plus participatifs, et enfin la video on-line, comme on a pu le voir avec « Sarko TV » pendant la campagne présidentielle française.

Avec la campagne d’Obama, internet entre dans un nouveau monde. Les outils internet sont utilisés avant tout, non plus pour communiquer aux électeurs, mais pour recruter les sympathisants et organiser le militantisme :

- Les « réseaux sociaux » sont utilisés comme terrain de recrutement.

Dans les campagnes traditionnelles, pour participer, il faut se rendre à la section de son domicile, ou prendre contact avec le siège de campagne. Cela nécessite une telle énergie que 95% des bonnes volontés sont perdues. La stratégie de la campagne Obama renverse la logique : il ne faut pas attendre que les supporters viennent à la campagne, il faut aller aux supporters : « Go where the people are ». Or les gens sont désormais sur les réseaux sociaux d’internet (Facebook, MySpace…). C’est pourquoi la campagne y nidifie : en utilisant les réseaux d’internet les plus « liquides » et les plus « viraux », la campagne d’Obama a pu mobiliser à une large échelle. Chaque mobilisation préexistante est utilisée pour mobiliser pour Obama. La campagne peut toucher rapidement des millions d’internautes. Ils n’ont plus qu’un simple click à faire pour mettre un pied dans la campagne : on a baissé au maximum les barrières à l’entrée.

- Le don en ligne constitue le premier niveau d’implication dans la campagne.

La campagne présidentielle 2008 se caractérise par une explosion du financement : 1.6 Md$, contre 880 M$ en 2004. Barack Obama y écrase la concurrence : 750 M$, contre 350 M$ pour John McCain. Il y parvient grâce à une innovation fondamentale : le financement populaire. Les deux-tiers de son financement proviennent de petits dons de moins de 200$. C’est le modèle de financement du téléthon appliqué à la politique. Ce financement permet de s’affranchir des lobbies et des grands donateurs. Il permet également de créer du lien : le don est le signe de l’appartenance à la communauté. C’est en donnant au téléthon qu’on devient acteur de la lutte contre la myopathie ; c’est en donnant à la campagne Obama que l’on devient acteur du changement.

Ces petits dons sont collectés quasi-intégralement sur internet, sur le site de campagne de Barack Obama (mybarackobama.com

MyBO). Là encore, en quelques secondes et quelques clicks, on peut participer.

- L’activité des militants est coordonnée par un réseau social interne : MyBO.

L’outil principal, c’est MyBO. Le site de la campagne est conçu comme un réseau social de type Facebook. Il fait circuler les informations de campagne (meetings, évènements…) au sein de la « communauté Obama ». Plus innovant, il permet aux sympathisants d’entrer en contact et de s’organiser en équipe pour militer. Structurés en groupes géographiques locaux ou thématiques, ils disposent de moyens d’actions : des documents de formation, le kit de campagne, l’accès aux listings de téléphones et d’adresses pour faire du phoning et du porte-à-porte.

Chaque militant a le sentiment d’être son propre directeur de campagne, avec un tableau de bord qui agrège les indicateurs de ses actions ou de celles de son équipe : combien d’argent récolté, combien de personnes approchées, combien de militants recrutés... Mais ce reporting, qui permet de laisser une grande autonomie aux groupes pour organiser leur travail, permet également un contrôle serré de leurs actions par le staff de campagne.

- D’autres outils sont utilisés.

Les SMS : la campagne Obama a collecté 1.3 million de téléphones mobiles. Et les e-mails : 13 millions. Elle les utilise en abondance, mais essentiellement pour la communication avec les militants et les sympathisants : informations de campagne, annonce des évènements, organisation de la campagne de terrain, etc.

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un billet de Moscovici au sujet de DSK

Le mythe du "patron caché"

Dominique Strauss-Kahn sera à Paris cette semaine. Il aura l'occasion de s'exprimer fortement. Mercredi, il est l'invité de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale – réunion à laquelle je ne pourrai hélas assister, retenu de longue date par une conférence sur l'Europe à l'IEP de Rennes. Jeudi, il pourra, pendant 2 heures, développer sur France 2 sa pédagogie de la crise, sa vision du « monde d'après ». Chacun connaît nos liens. Nous avons travaillé ensemble pendant près de 25 ans, DSK est pour moi un ami cher, après avoir été un maître dans ma jeunesse, dont je respecte la pensée et partage l'essentiel des idées. Depuis Paris, je l'observe avec plaisir réussir, à la tête du FMI, à changer par petites touches la gouvernance mondiale. Son expérience de politique, social-démocrate jusqu'à la racine, et d'économiste néo-keynésien, est utile dans ce moment de désarroi. Mercredi et jeudi, il pourra faire entendre son message, en 3 points : le souhait d'une meilleure régulation internationale, dont le FMI doit être le garant, l'appel à une relance budgétaire plus forte et plus équilibrée entre l'investissement et la consommation, de la part des pays riches, l'exigence d'un effort massif pour le développement et au premier chef pour l'Afrique. J'approuve en tout point cette démarche : elle indique la bonne voie pour franchir l'épreuve que nous traversons. Et je reste fidèle à mes amitiés comme à nos idées communes.

Faut-il pour autant, comme nous invite à la fois un article d'anthologie de Claude Askolovitch et Cécile Amar, dans le « Journal du Dimanche » d'hier, voir en lui un « patron caché » pour la gauche et pour le PS ? Je suis plus interrogatif. Je résume – sans le trahir, je vous l'assure – la thèse de ce papier. Derrière l'apparence et l'apparat d'une Martine Aubry feignant de croire en son destin, les « strauss-kahniens » contrôleraient tout – la direction du PS, la fabrique des idées à travers les « think-thanks » – sous la férule géniale de Jean-Christophe Cambadélis. Ce serait lui, en parfait accord avec l'homme de Washington, qui orchestrerait le message politique du Parti, aurait construit avec virtuosité ses listes aux Européennes, aurait placé des hommes partout – Christophe Borgel aux fédérations et aux élections, Gilles Finchelstein à la Fondation Jean-Jaurès, Olivier Ferrand à Terra-Nova. Il ne resterait plus qu'à lancer une démarche, un appel, pour que DSK ramasse la mise et vienne sauver la gauche et le pays. J'ai été pendant longtemps le complice de Jean-Christophe, son complément, je crois pouvoir dire son ami. Il en reste toujours quelque chose, même quand les chemins s'éloignent. Je reconnais toujours son talent, sa « patte », son goût des constructions intellectuelles. Mais du coup, je connais aussi ses défauts, mieux que quiconque, comme il connaît les miens sans doute. Et là, nous sommes en face d'un magistral coup de ce que les anglo-saxons appellent le « spin », la distorsion journalistique organisée par un expert, comme Peter Mandelson le fut jadis pour Tony Blair – mais avec une toute autre façon de faire et un fond idéologique différent.

Regardons-y en effet de plus près. Cet article, très inspiré, est d'abord tout à fait désobligeant pour la Première secrétaire, Martine Aubry, décrite au pire comme un artefact, au mieux comme un plan B, en cas d'échec de la solution idéale : la formule « Martine chante, Camba fait de la politique » lui ira sans doute droit au coeur. Je crois que c'est aussi sous-estimer la volonté et les capacités de celle qui se trouve aujourd'hui à la tête du PS. En outre, je crains pour les auteurs de ce roman que la réalité soit un peu plus complexe que ne le laisse croire cette démonstration d'école. Les « strauss-kahniens », parait-il, seraient aux leviers de commande : peut-être, mais pas tous, loin de là, et le sont-ils vraiment pour le bénéfice exclusif de DSK, ou pour l'emporter, quoi qu'il arrive, avec le ou la mieux placé(e), en 2012 ? Et puis, c'est l'essentiel, travaillent-ils pour les idées que nous avons, ensemble, promues autour de DSK, notre leader à « Socialisme et Démocratie » entre 2002 et 2007, notre candidat commun à la candidature présidentielle en 2006 ? Le nouvelle matrice idéologique défendue par Jean-Christophe et ses amis tiendrait en 3 éléments : la « fin de la triangulation » et le retour à une « ligne de gauche », avec un zeste de protectionnisme, l'affirmation d'une logique résolument « anti-sécuritaire », illustrée par le livre noir du PS sur les libertés, la pétition contre le bouclier fiscal. Cela suffit-il pour définir, de façon positive et forte, la sociale-démocratie du 21ème siècle que nous devons construire ? Est-ce bien le message que nous avons porté, par exemple avec « A gauche en Europe », que j'ai présidé avec Marisol Touraine ? Et la musique que fait entendre tous les jours la direction du PS est-elle vraiment sociale-démocrate ?

C'est pourquoi, où, il y a là beaucoup de manoeuvres, de bruits, d'incertitudes, et pour tout dire d'inexactitudes. Je n'ai jamais su – c'est sans doute ma faiblesse, mais je n'en rougis pas – faire de la politique ainsi, à coups d'intox et de mécanos théoriques. Donc je ne m'en émeus pas. Avec « Besoin de Gauche », je trace ma route : pour le reste, nous verrons. Je n'ai en tête qu'une chose : aider le PS à vaincre Nicolas Sarkozy, autour d'une politique de gauche, ambitieuse et crédible, capable ensuite de réussir. Avec qui ? Tout est possible. Si la situation appelle, effectivement le retour de DSK, et si celui-ci en a l'envie, j'en serais ravi. Si Martine Aubry s'impose, je serai solidaire. Si Ségolène Royal l'emporte, je l'accepterai. Si une autre solution s'avérait nécessaire et possible, j'y réfléchirais. Bien sûr, j'ai mes préférences, mes hiérarchies, elles ne changent pas. Mais aujourd'hui, pour moi, ce n'est pas le « qui » l'important, mais le « pourquoi » et le « comment ». J'avance avec 2 boussoles : la recherche des idées pour réconcilier la gauche et la France demain, l'exigence de la vraie rénovation – et non de la normalisation ou de la manipulation, que le PS rejette de toutes ses fibres, dans ses profondeurs – pour gagner. Je récuse, donc, la thèse du « patron caché », qui est un mythe, je lui préfère celle d'un Parti qui, enfin, s'ouvre à tous les talents. L'émancipation, je le sais, je le vis depuis 2007, n'est pas facile. Elle crée de la solitude, suscite de l'incompréhension, favorise les abandons - je l'ai subi – elle peut facilement passer pour de l'orgueil. Elle n'évite pas les fautes – j'en ai commises, et le sais. Mais je suis convaincu, au fond de moi, qu'elle est le bon chemin. En tout cas, c'est celui que j'ai choisi, et je n'y renoncerai pas.

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12 mars 2009

VOTE DE LA LISTE AUX EUROPEENNES CE SOIR

Lettre aux amis de "Besoin de Gauche"

Cher(e) ami(e),

Le Conseil national du Parti socialiste s'est réuni ce samedi pour examiner son texte d'orientation en vue des élections européennes et pour adopter la liste de ses candidats à celles-ci. J'ai voté le texte, mais pas les listes, sur lesquelles je me suis abstenu. Je veux t'expliquer pourquoi, et te dire quelles conséquences j'en tire.

J'accorde, tu le sais, une grande importance aux élections européennes. Le rôle du Parlement européen va croissant, et l'enjeu de la majorité politique en son sein est majeur, à l'heure où le Conseil et la Commission n'ont jamais été dominés par les droites autant qu'aujourd'hui. Il est, dans ce contexte, décisif que le Parti des socialistes européens, le PSE, soit le premier groupe en son sein et que les socialistes français y jouent un rôle éminent et positif. Dès lors, la force de notre orientation politique et la qualité de nos listes ne peuvent être négligées. Le texte soumis à notre vote samedi, intitulé « Donner une nouvelle direction à l'Europe », ne pouvait être parfait : il résulte forcément d'un compromis, au sein d'un Parti qui a été, chacun le sait, divisé par la question européenne, notamment à l'occasion de la ratification du traité constitutionnel européen en 2005. J'aurais préféré qu'il soit plus entraînant, mieux écrit, qu'il ait plus de souffle et d'enthousiasme européen. Mais c'est un texte cohérent, qui possède à mes yeux une vertu essentielle : il est, avant tout, la déclinaison française du « Manifeste » du PSE, et nous permettra, enfin, de mener sans état d'âme et sans leçons superflues à nos camarades européens une vraie campagne transnationale. C'est pourquoi je l'ai voté sans hésiter.

En conscience, je n'ai pu faire de même pour nos listes. Il est bon que le Parti sorte rassemblé du Conseil national – il l'a toujours été, d'ailleurs, pour les élections européennes. Et je ne veux pas remettre en cause personnellement les camarades désignés pour porter nos couleurs. Ils seront nos candidats, et nous devrons, tous, les soutenir une fois que les militants auront ratifié les listes soumises à leur vote. Il ne s'agit pas non plus de critiquer la Première secrétaire, Martine Aubry. L'exercice, en effet, était difficile, tant les critères à combiner étaient nombreux et contradictoires : respect du travail et de l'influence des sortants, renouvellement, parité, diversité, représentation des régions, des courants du parti. Je déplore toutefois que cette dernière préoccupation – l'application au trébuchet de la proportionnelle nationale des motions au Congrès de Reims – ait été à ce point prédominante. Elle ignore la logique du mode de scrutin dans 7 grandes régions métropolitaines, plus l'Outre-Mer, qui visait à rapprocher le député européen de ses électeurs et des territoires.

Qui ne voit qu'en découlent des incohérences ? Plusieurs têtes de liste « déplacées », deux candidats « importés » parmi les 4 premiers de la Région Est, des députés sortants parmi les plus respectés au Parlement européen – je pense notamment à Gilles Savary – non renouvelés au nom de la logique des courants, des régions entières – le Limousin, l'Aquitaine, l'Auvergne - privées de candidats éligibles, la Franche-Comté carrément oubliée, la Bretagne, région la plus favorable à l'Europe de France, incarnée par une candidate issue de la motion de Benoit Hamon, une députée nationale, élue en 2007 dans une circonscription symbolique, la quittant par crainte d'un redécoupage défavorable... : tout cela ne pouvait me satisfaire, je l'ai exprimé par mon abstention, d'autres par leur vote contre les listes. En vérité, nous touchons aux limites d'un système, celui de la proportionnelle intégrale dans le cadre d'un parti fragmenté. Si le mode de scrutin actuel demeure, nous ne pourrons pas, ne devrons pas conserver cette procédure de désignation, qui a montré toutes ses insuffisances.

Ce vote, partagé par l'essentiel de mes amis et par beaucoup d'autres, n'a pas été celui de toute la motion A, et d'abord des représentants de Bertrand Delanoë, coordonnés par Harlem Désir, qui ont approuvé ces listes. J'en tire aujourd'hui les conséquences. On le sait, j'avais lors du Congrès de Reims, signé la contribution « Besoin de gauche », avec beaucoup d'entre vous. Celle-ci était porteuse d'une cohérence social-démocrate, réformiste, européenne et d'une volonté de rénovation du Parti socialiste. Au moment des motions, nous nous sommes rapprochés des contributions de François Hollande et de Bertrand Delanoë, dont nous partagions les principales options idéologiques, et avons soutenu avec vigueur la candidature de ce dernier au poste de Premier secrétaire. Nous avons ensemble mené la bataille du Congrès, et n'avons pu l'emporter.

Je ne regrette pas ce choix. Il me semble toutefois qu'il a montré deux limites depuis lors. La première tient au positionnement politique de la motion A. Il ne me semble pas que sa volonté réformiste soit suffisamment affirmée et audible au sein de la direction du parti, où elle apparaît trop souvent, probablement du fait d'un esprit de responsabilité louable, sans vraie distinction par rapport aux autres composantes de la majorité. Les camarades de Benoit Hamon, ceux de la motion E - dont beaucoup ont apparemment délaissé Ségolène Royal - sont beaucoup plus identifiés et écoutés. Il y a, aussi, un vrai problème de fonctionnement collectif. Les signataires de la contribution « clarté, courage, créativité » continuent trop souvent à agir à leur bénéfice exclusif, ils ne jouent pas assez le jeu d'une motion unie, résultant d'une vraie synthèse entre plusieurs textes différents. Ce fut le cas lors de la formation des instances du parti au moment du Congrès de Reims, à commencer par le Conseil national, ça l'est au sein de la direction du parti, ce fut encore flagrant lors des discussions sur les listes européennes, où certains camarades ont été âprement défendus et d'autres, proches de François Hollande ou moi, délaissés. Il n'est plus possible de continuer ainsi.

C'est pourquoi je vous appelle maintenant à faire vivre davantage encore « Besoin de gauche ». Il ne s'agit pas d'une déception pour des « places » : deux camarades signataires de notre contribution seront députées européennes, et je m'en réjouis, d'autres ont une chance de l'être, et je les soutiens. Ce n'est pas davantage une brouille avec Bertrand Delanoë : j'ai pour lui du respect, de l'estime personnelle, je sais que nous avons beaucoup de positions communes, beaucoup de combats à mener côte à côte. Je souhaite que nous continuions à agir ensemble, mais autrement. C'est une volonté d'autonomie affirmée. Je m'impliquerai fortement dans la campagne européenne, et dans le cadre de la Convention nationale sur le « nouveau modèle de société », dont Martine Aubry m'a confié l'animation. Là, d'ailleurs, est l'essentiel : élaborer, pour 2012 et l'après-crise, un projet socialiste ambitieux et crédible. Créons donc, par nous même, le courant de pensée capable de porter cette ambition là.

Oui, soyons plus que jamais loyaux et libres. Cela nous crée, cela me crée des devoirs. Il faudra être plus pointus dans l'expression, plus rigoureux dans l'organisation, plus présents dans le débat public. Je ferai, très vite, des propositions à cet égard. En attendant, j'espère que tu comprendras ces explications, que tu approuveras ces décisions, et t'invite à t'impliquer pleinement dans notre combat commun au sein de « Besoin de gauche ». J'ai la conviction que nos thèses, notre pratique, notre éthique, ont de plus en plus d'audience au sein du Parti socialiste, je suis certain qu'elles pourront en trouver davantage encore. Tu peux compter sur moi.

Avec ma fidèle amitié,

Pierre Moscovici

Le temps de la rénovation

La révolte contre les listes européennes adoptées samedi par le Conseil national du Parti socialiste monte dans beaucoup de fédérations. Sans parler du courroux du maire de Lyon, Gérard Collomb, je pense au refus d'organiser le vote du 12 mars par le conseil fédéral de la Gironde, choqué comme je le suis par l'éviction de Gilles Savary, à la colère de François Patriat, le Président de la Région Bourgogne, à la mauvaise humeur de beaucoup de socialistes dans le Limousin, en Auvergne, en Bretagne, dans le Centre, en Franche-Comté... J'ai dit ici ce que je pensais de ces listes, de mon abstention lors du Conseil national, et n'y reviens pas. Mais le moment vient de prendre un peu de recul, et de chercher à comprendre comment cette situation a pu émerger, comment ce malaise a pu naître, de quoi il est le symptôme préoccupant. Nous vivons, selon moi, une fin de cycle, et il est temps, grand temps, d'en ouvrir un nouveau, celui de la vraie rénovation du Parti socialiste.

Car la constitution douloureuse de nos listes européennes n'est ni un hasard malheureux, ni le résultat d'un concours de circonstances, ni le produit d'un arbitraire scandaleux de la direction. Elle est le fait d'une dérive, progressive mais puissante, de notre vivre ensemble, dont le Congrès de Reims a été un moment paroxystique, passé mais pas encore dépassé. De quoi s'agit-il, à grands traits ? Le PS n'est pas encore sorti de la triple crise qui le plombe depuis le début des années 2000, en tout cas depuis le retrait de Lionel Jospin en 2002. La première crise est identitaire. Qu'est qu'être socialiste, en France et en Europe, au début du XXIème siècle ? Qu'est-ce qui, aujourd'hui, distingue notre courant de pensée, comment peut-il répondre aux aspirations des peuples à l'efficacité, à la solidarité, à la justice, dans la crise que nous traversons ? Nous ne le savons plus tout à fait, et c'est à cela, me semble-t-il, que devra répondre notre convention sur le « modèle de société », qui devra produire un nouveau texte fondamental, approfondissant et concrétisant notre déclaration de principes. La deuxième crise est stratégique. Avec qui, quelles alliances, sur quelles bases sociales créer un socle majoritaire ? Là encore, malgré de fortes proclamations, par exemple sur le Modem, nous hésitons. Enfin, nous sommes toujours en crise de leadership. Le PS a maintenant une Première secrétaire dont la légitimité est acceptée par tous, et une direction regroupant tous les courants. Qui ne voit, pour autant, que le combat pour le véritable leadership, pour une candidature présidentielle potentiellement victorieuse, continue, que nous connaissons sur ce terrain un répit, une pause, en aucun cas un arrêt ?

Sur tous ces points, le Congrès de Reims a été stérile. Les thèses réformistes y ont été immensément majoritaires, mais aucune majorité de travail cohérente n'a pu émerger. La présidentialisation du parti, officiellement refusée par tous, a été la seule boussole de ce Congrès de dupes. Et les proclamations stratégiques furent trop rudimentaires, trop radicales pour sembler sincères. En réalité c'est un parti fragmenté et blessé qui est sorti de Reims, et nos listes européennes expriment très exactement ces stigmates. Ceux-ci ont plusieurs formes. Tout d'abord, le poids excessif d'une proportionnelle omniprésente, insupportable dès lors que chacune des motions soumises alors au vote des militants était une coalition de forces hétérogènes et qu'aucune d'elles n'a pu dépasser 30 % des voix. Ce sont en réalité une dizaine de « familles » qui se sont disputées 20 sièges de députés européens espérés: comment cette balkanisation pouvait-elle produire des résultats satisfaisants, dans le cadre d'un mode de scrutin territorialisé ? Ce biais est renforcé par l'influence croissante de « grandes fédérations », porteuses d'une vraie force politique, d'une réelle légitimité militante sans doute, mais aussi capable d'imposer leur loi à tous. C'est avec cela, qui rappelle fortement la SFIO finissante, et avec l'antagonisme interpersonnel de nombreux dirigeants du Parti, jeunes et moins jeunes, qu'a du composer Martine Aubry. Le rassemblement des courants a été réalisé, mais la représentation des régions et le souci d'envoyer au Parlement européen une délégation de qualité ont été trop négligés. C'est tout cela qui ne peut plus durer.

C'est pourquoi il faut sortir de ces fonctionnements d'appareil, et promouvoir une vraie rénovation. Notre succès en 2012, essentiel pour les Français, dépend en réalité de notre capacité à remplir 3 conditions. La première, bien sur, est la production d'un projet de qualité, de gauche, européen, ambitieux et réaliste. La seconde est la désignation, le moment venu, d'une personnalité crédible, entourée d'une équipe susceptible de gouverner le pays, capable de rassembler le parti, la gauche et au-delà une majorité des Français, pour affronter et vaincre Nicolas Sarkozy. Enfin, nous devons changer, en profondeur, nos modes de fonctionnement, dépasser nos insupportables jeux tactiques, redevenir une force politique ouverte et attractive. Dans ce contexte, la question du mode de sélection de notre candidat à l'élection présidentielle, par une primaire ouverte ou selon les voies classiques de nos Congrès, est décisive. Si, en effet, nous ne changeons rien, je crains fort que les 2 prochaines années ne soient consacrées par les uns et les autres qu'à une chose – le contrôle du parti – au détriment des exigences d'une rencontre victorieuse, qui est tout sauf acquise, avec les Français. La primaire, certes, n'est pas une solution miracle, les démocrates Italiens ont montré qu'elle ne suffisait pas à l'emporter, mais le statu quo est à coup sur une véritable machine à perdre. Ce que je souhaite, au fond, c'est que le parti adopte maintenant – enfin ! - le programme de travail que j'appelle obstinément de mes voeux depuis juin 2007 : des conventions thématiques, découlant d'une convention fondamentale tenue à l'automne 2009, des Etats généraux de la rénovation fixant notamment les conditions de la désignation de notre candidat – quelles qu'elles soient, elles devront être acceptées par tous, sauf à créer des vélléités de dissidence ou des suspicions légitimes – qui devront se tenir au plus tard début 2010. Si nous faisons ainsi – transposant en quelque sorte, dans un temps et une situation très différents bien sur, notre démarche de 1995/1997 - tout en accentuant notre effort d'opposition, nous pourrons retrouver la confiance de nos concitoyens. A défaut, nous irons de Congrès ratés en choix de candidats décevants et incapables de mobiliser, faisant au final le jeu d'un Président pourtant impopulaire, rejeté et nocif. Il est temps, maintenant, de nous ressaisir collectivement. C'est ce à quoi doit inciter « Besoin de gauche », c'est ce pourquoi je continuerai à plaider avec obstination : la rénovation ne peut plus être différée, elle n'est pas une option mais un impératif catégorique.

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02 mars 2009

la montée inquiétante du chômage

La nouvelle tombée mercredi est plus que préoccupante. Le chômage, en janvier, a cru de 4,3 %, touchant désormais plus de 2,2 millions de personnes. En un an, ce sont plus de 300 000 demandeurs d'emploi supplémentaires qui ont été enregistrés au « Pôle emploi ». Il s'agit, tout simplement, d'un record, un triste record, d'une dégradation sans précédent depuis 1991, première année du calcul du nombre de chômeurs selon les modalités actuelles. Ces chiffres terribles traduisent la dureté de la crise économique et sociale. Ils concernent tous les âges, toutes les catégories : les moins de 25 ans (+ 5,1 %) les 25-49 ans (+ 4,1 %) les plus de 50 ans (+ 3,9 %). Les licenciements économiques explosent (+ 23,5 % sur 3 mois), ainsi que les fins de mission d'intérim (+ 7,8 %) et les fins de CDD (+ 7,2 %), alors que les offres d'emploi reçues par « Pôle emploi » s'effondrent (- 15,4 % en un mois).

Ces données relancent la crainte d'une crise systémique, sur le modèle des années 30. Il est vrai que les prix baissent, que la récession s'installe, que le système financier, malgré les centaines de milliards d'euros ou de dollars injectés, reste instable, fragile. La France, au demeurant, n'est pas la seule, ni la plus touchée. Les Etats-Unis, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Allemagne même le sont tout autant. Il est clair, hélas, que les plans de relance décidés par les gouvernements occidentaux n'ont pas permis, jusqu'à présent, d'inverser la tendance ni même de stopper la chute des économies. Le mal, en réalité, est profond. Il est financier, avec l'accumulation d'une pyramide de dettes malsaines, permise par un système bancaire sans contrôle. Il est économique, avec le recul conjoint de la consommation et de l'investissement. Il est psychologique et politique, marqué par la disparition de toute confiance des agents dans la viabilité du système économique et dans les principaux dirigeants de la planète. Il montre aussi une défaillance de la régulation, dont témoigne le caractère désordonné, trop peu coordonné en tout cas – même si, pour le coup, la riposte l'est infiniment plus qu'en 1929, dans un contexte il est vrai totalement différent, dans une économie désormais globalisée – des réactions des Etats.

Faut-il pour autant désespérer ? Je ne le pense pas. D'abord parce que, même maladroitement, même tardivement, même insuffisamment, les « stabilisateurs automatiques » se sont mis en place. Parce que des politiques conséquentes de soutien de l'activité ont été déployées. Elles doivent être améliorées, renforcées bien sur – je pense au premier chef à la riposte européenne, sous-dimensionnée, et au plan français, trop chiche, trop déséquilibré – mais elles ne sont pas sans effet – en tout cas, elle ne le seront pas. Parce que le cycle économique finit toujours par se renverser. Enfin, et surtout, parce que je crois toujours, dans la recherche de la confiance, à l'utilité de la politique. Je pense avant tout, en écrivant cela, au premier « discours sur l'Etat de l'Union » de Barack Obama. Je n'ai jamais succombé, on le sait, à l' « obamania », je crois qu'elle est le pire ennemi du nouveau Président. Mais il faut saluer ce grand discours pour ce qu'il est, un acte de volonté et de foi en l'avenir, une nouvelle version de l' « audace de l'espoir », dont le candidat démocrate avait fait son étendard. Obama, évidemment, s'adresse d'abord à son peuple, il veut ressusciter le rêve américain. Mais il annonce aussi des années de grande transformation : plan de relance énorme, changements du capitalisme pour en finir avec « l'ère de l'avidité de Wall Street », volonté de réformes pour l'assurance maladie, la recherche de nouvelles sources d'énergie, la limitation des gaz à effet de serre, l'accès à l'éducation, rigueur budgétaire, grâce à l'annulation des réductions d'impôts consenties aux plus riches. Le tout conclu par une envolée optimiste : « ce soir je veux que chaque Américain sache ceci, nous devons reconstruire, nous relever et les Etats-Unis d'Amérique en sortiront plus forts qu'avant ». Barack Obama n'avait pas ébloui par son discours d'investiture, il a cette fois placé la barre très haut, peut-être trop haut, affirmant l'ambition d'être à la fois un rassembleur à la Lincoln et un refondateur à la Roosevelt. Je ne sais s'il réussira, je ne suis pas certain que la reprise soit, comme certains l'affirment, pour le début 2010, et je ne préconise pas l'application de son programme à l'Europe ou à la France – il est démocrate et américain, je suis socialiste, français et européen. Mais ce discours a de la trempe, de la cohérence, il porte une vision, il est bien autre chose que les prestations brouillonnes, narcissiques dont nous abreuve quasi-quotidiennement Nicolas Sarkozy. J'ai toujours cru, au delà des mécanismes mis en évidence par Marx, affirmant le poids de l'infrastructure par rapport à la superstructure, au rôle des leaders dans l'histoire. C'est sans doute ce qui manque à l'Union européenne et à la France. Il y a bien, à Washington, une voix qu'il faut écouter, une voie qu'il faut suivre. [...] P. Moscovici

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26 février 2009

Menifeste pour l'Europe par le Parti Socialiste Européen

TEXTE DU MANIFESTE DU PSE "Les citoyens d'abord"
Un nouveau sens pour l'Europe
Lors des prochaines élections européennes, les citoyens d’Europe devront faire un choix politique
fondamental.
Partout en Europe, les gens sont confrontés à des défis sans précédent : la récession et la hausse du
chômage avec la crise financière mondiale, la flambée des prix de l’alimentation et de l’énergie, la
baisse du pouvoir d'achat et le risque croissant de pauvreté, le changement climatique, la criminalité
et le terrorisme qui menacent leur sécurité. Dans ce moment grave, le choix sera entre des partis
politiques portant des projets opposés pour l'avenir de l'Union européenne.
Chaque électeur aura à choisir entre notre conception d’une Europe de progrès, où les citoyens, les
Etats et les pouvoirs européens travaillent ensemble pour répondre aux aspirations de tous ; et une
Europe de droite, où l'avenir de nos pays et de nos concitoyens serait remis au jeu du marché.
Le Parti socialiste européen, lui, s'engage à créer une société plus juste et plus protectrice, prête à
relever les défis qui sont devant nous, en disant : « les citoyens d’abord ».
Dans le monde actuel où nous sommes tous liés les uns aux autres, aucun pays ne peut résoudre les
problèmes mondiaux en agissant seul. La crise financière et la récession montrent à l’évidence qu’un
événement survenu dans une autre région du monde peut avoir des effets dévastateurs chez nous.
L’action concertée des Européens a prouvé son utilité en nous armant face à la crise financière. Si on
les avaient écouté, les réactionnaires qui combattent l'Union européenne auraient laissé nos pays
démunis dans cette crise, sans les partenaires ni les outils pour trouver une réplique cohérente.
L’Union européenne, c’est notre lien vital dans la mondialisation. Elle nous met en position forte pour
traiter les problèmes mondiaux qui impactent nos pays. Coopérer plus intensément et plus
efficacement en Europe, c’est la voie pour relever les défis et apporter aux citoyens une vie meilleure.
C’est pourquoi l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, après ratification par tous les Etats membres,
donnerait à l'Europe plus de moyens pour mener, face à nos problèmes, une action démocratique,
transparente et efficace.
Voici 30 ans qu’ont eu lieu les premières élections au Parlement européen par vote direct des
citoyens. Aujourd'hui, ce Parlement a un rôle essentiel pour placer « le citoyen d'abord », comme nous
le voulons. Le Parti socialiste européen parle en votre nom, il défend vos intérêts et soutient vos
causes. Nous nous engageons à:
1. Relancer l'économie et éviter le retour des crises financières
2. Faire progresser la justice dans la nouvelle Europe sociale
3. Mettre l’Europe en tête de la lutte contre le changement climatique
4. Parvenir à l'égalité des sexes en Europe
5. Donner à l’Europe une politique d’immigration pour le progrès
6. Faire de l'Europe un partenaire fort pour la paix, la sécurité et le
développement
Les partis de gauche, quand ils sont au pouvoir au niveau local ou national, améliorent concrètement
la vie des citoyens. Les progrès obtenus par l’action des socialistes et sociaux-démocrates sont
clairement visibles.

Ces cinq dernières années, la droite a disposé d'une majorité en Europe, au sein de la Commission et
du Parlement européen, et avec la majorité des gouvernements des Etats membres. Mais qu'en a-telle
fait ? A-t-elle réussi à faire face à la crise financière mondiale ? A-t-elle enrayé la montée des prix
de l’alimentation et de l'énergie ? A-t-elle réduit la pauvreté et les inégalités ? La société est-elle plus
juste qu'il y a cinq ans? A-t-elle soutenu nos propositions pour créer plus d'emplois mieux protégés ?
La droite suit le marché. Nous suivons nos convictions.
La droite décrit souvent les crises économiques et sociales comme si elles étaient une loi de la nature.
Pourtant, elles n'ont rien d'inévitable, elles viennent de choix politiques fondamentaux. Certes, nous
vivons une époque de changements et de risques mondiaux, mais c’est aussi une époque d'énormes
possibilités nouvelles. Notre but, c’est une Europe où tous les acteurs coopèrent efficacement pour
exploiter les chances de la mondialisation au service de tous. La droite dit : « adaptez-vous au
marché ». Nous disons : « décidons notre avenir ».
Nous avons besoin d'une solide majorité progressiste en Europe afin de lancer les réformes
essentielles au bien-être futur des citoyens européens et de la société dans son ensemble. Ces
réformes sont indispensables pour libérer les gens de la pression qu’ils subissent partout, en essayant
de joindre les deux bouts au milieu de la récession, de la hausse du coût de la vie, de la montée du
chômage (avec 17 millions de chômeurs et encore plus de salariés précaires touchés en premier par
la baisse d’activité), de la menace des expulsions, et des inégalités sociales profondes (avec 78
millions d’adultes et d'enfants à la limite ou au-dessous du seuil de pauvreté).
La crise financière mondiale a révélé les carences d’un système de marché sans règles. L’économie
mondiale est dans une passe difficile. L’année dernière a vu deux chocs sans précédent : le pire
resserrement du crédit depuis les années 1930 et une flambée record des prix de l’énergie et de la
nourriture. Il faut une coopération active, en Europe et au niveau mondial, pour redonner cohérence et
stabilité aux systèmes financiers nationaux et internationaux; et il faut anticiper, transformer
l’économie, par un effort d’investissement dans les secteurs clés, pour préparer un avenir de
croissance durable pour tous en Europe.
La politique de la droite est partie d’une foi aveugle dans le marché, servant les intérêts d’une minorité
et non de la collectivité, et nous voyons aujourd'hui les dégâts causés par des marchés sans
régulation sérieuse. Mais nous savons comment en sortir : relancer l’économie européenne et établir
la justice dans la nouvelle Europe sociale.
Notre plan de réforme pour donner à l’Europe une nouvelle orientation, appuyée sur nos valeurs
d’égalité, de démocratie, de respect de l’être humain, de solidarité, de liberté et de justice, va apporter
le changement que les citoyens attendent d’urgence.
Nous, socialistes, sociaux-démocrates et démocrates progressistes, partageant les mêmes
valeurs et la même vision politique, travaillerons pour une Europe plus juste, plus sûre et plus
respectueuse de l’environnement. Rassemblés, nous sommes une force pour le changement.
Nous pouvons construire une société plus juste en disant : « les citoyens d'abord ».

En juin 2009, donnons un nouveau sens à l'Europe.

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12 février 2009

La crise, et après ? Selon Jacques Attali

Compte rendu par Clara des  Troissocs, de la manifestation organisée par Terranova le 11 février dernier

I/ Le Contexte de la crise financière

Les perspectives économiques mondiales étaient basées sur une croissance économique potentiellement forte (les 4 facteurs économiques nécessaires à la croissance étant présents), mais cette croissance a été mise à mal par la crise financière, même si les plans de sauvetage mis en place sont sans commune mesure avec ce que l’on a pu connaître par le passé.

Quels sont les 4 facteurs qui permettent une croissance élevée ?

-         a) une démographie en essor

-         b) le progrès technologique

-         c) la disponibilité du capital

-         d) un projet culturel qui favorise la croissance

a)   une démographie en essor : on va passer de 6 à 9 milliards en l’espace de 20 années, surtout en Inde, en Asie et dans d’autres régions plutôt défavorisées sur monde. Cela va se conjuguer avec une migration vers les villes, un taux de fertilité qui chute de façon vertigineuse dans certains pays (Italie, moins de 1 enfant par femme !) un vieillissement de la population et un phénomène de « féminisation » des campagnes. Les migrations transfrontalières vont s’accélérer (en 2050, 1, 5 milliards de personnes vont changer de pays, dont plus de 1/3 dans des mouvements Nord/Sud, mais aussi 1/3 interne aux pays du sud, et 1/3 interne aux pays du nord. Plus de 2 milliards de déplacements seront dus aux phénomènes de changement climatique qui vont obliger les populations à migrer.

b)   Un progrès technologique sans précédent : aujourd’hui on dénombre (contrairement aux autres époques où l’on en avait à peine une) quatre vagues de progrès :

-         les NTIC

-         les biotechnologies

-         les nano-technologies

-         les neuro-technologies.

La difficulté sera d’accumuler le savoir et de le conserver, plus que l’accès au savoir lui-même.

c) La disponibilité financière: c’est là que la bât blesse puisqu’on assiste aujourd’hui à une crise qui concerne l’ensemble de la planète dans un contexte où l’épargne représente 50 trillions de dollars par an.

d) le projet culturel : aujourd’hui la rareté est à la fois le risque et le facteur de cherté (ex : le pétrole, l’énergie, l’eau en 2050).

II/ Les causes de la crise

Pourquoi ça a buggé ?

La liberté individuelle, valeur sur laquelle le marché s’était basé ne peut pas marcher sans un état de droit, car un tel système n’a aucune raison d’être équitable. Donc, aujourd’hui on constate que le système ne marche pas : soit on accepte son déclin, soit l’on répartit les revenus, soit l’on fait des crédits (ce qu’a fait sans compter les USA, avec un système qui se voulait être « win-win ».

Cela a démarré avec la crise dites des « subprimes », ces crédits moins côtés que les autres mais qui tablaient sur une  augmentation supposée et anticipée de l’immobilier, couplés avec des taux variables qui ont rendu les couples insolvables. D’où la titrisation en cascade qui en a découlé – au total 12 trillions si l’on inclut les produits dérivés- .


En l’absence de gouvernements démocratiques, y compris aux USA, l’on a assisté à un transfert progressif des ressources vers les forces les plus puissantes, celles du marché. Cela s’est fait sans contrôle, ou avec la complaisance des contrôleurs - comme les agences de notation- , dans l’euphorie la plus totale, , qui n’ont rien vu venir (ou l’ont caché). Pour donner une idée de la dette aux USA, en 1929, la dette représentait 2,5 fois le PIB. A la fin 2007, elle représente 3,5 fois le PIB.


L’on assiste à la mort d’un système basé sur la croissance, hypertrophié ce qui a enclenché la spirale du déclin :

Dettes è panique è dettes accumulées, è banques en faillite.

Le système a implosé, la dette représente aujourd’hui 500 fois le PIB et le système bancaire mondial a prêté 80 fois le PIB (américain). Sur les 12 trillions de dollars, les fonds propres américains représentent 3,6 trillions, ce qui est loin d’être suffisant.

La croissance américaine est aujourd’hui négative (- 4 à - 5 % par an, ce qui fait 600 000 chômeurs de plus par mois).

Les causes plus profondes de la crise

- on n’a pas voulu voir qu’il n’y avait pas d’état de droit au niveau mondial ;

- on était dans un système allégal (sans violation de la loi car il n’y a pas de loi) et on a laissé faire ;

- on était dans le domaine du virtuel, qui fait que ça circule plus vite : à l’instar de la musique, qui circule très vite sur internet, la finance est apparue virtuelle alors qu’elle aurait dû avoir une contrepartie réelle.

III / Les propositions de Jacques Attali

a) une régulation à l’échelle mondiale

La régulation doit se situer à l’échelle mondiale. Or, ce n’est pas le cas et le plan actuel de sauvetage, même s’il impose des contraintes fortes, ne va probablement pas suffire. L’Europe ne peut pas s’endetter, et n’a même pas le droit d’acheter des entreprises. La réunion du G20 récente à Londres a été « aussi inefficace qu’une réunion des Alcooliques Anonymes qui serait organisée dans un bar à vin ».

Il y a un risque de dépression planétaire si les colmatages actuels ne suffisent pas, voire de chaos et (sous-jacente) d’une 3ème guerre mondiale avec beaucoup de morts !

b) la mise en place d’un système d’alertes et d’une structure internationale, d’accords avec les banques et les assurances, (comme le faisaient par exemple les corporations au Moyen-Age, qui contrôlaient leurs pairs).

c)    une monnaie unique dans le monde (d’ici 30 ans) mais pour le moment personne ne sait pas comment y parvenir ni quelle sera cette monnaie (le yen, le dollar, l’euro …?)

d)   supprimer les paradis fiscaux

IV / Les questions de la salle

La croissance pollue-t-elle ?

J. Attali : Ce n’est pas elle qui pollue mais la production (ex : charbon) il faut donc modifier les modes de production

Quel pays pourrait se substituer aux USA comme « gendarme du monde » ?

Aucun n’est au niveau actuellement. Seule l’Europe pourrait le faire mais on ne lui en a pas donné les moyens institutionnels.

Comment mettre en place la sécurité au niveau mondial ?

J. Attali prend l’exemple de la sécurité aérienne où tout le monde applique les règles car il y va de la survie des hommes.

Où est passé l’argent après la crise de 1929 ?

Dans la crise de 29, l’argent est parti essentiellement en fumée ! et le patrimoine a baissé mais les banques soit ont fait faillite, soit s’en sont sorties avec des bénéfices colossaux.

V/ Conclusions

Dans ce pessimisme ambiant « La crise n’est pas mauvaise si elle débouche sur un ordre mondial nouveau » Il faut parler de justice sociale, de relance par l’investissement…

VI . Commentaires par l’auteur du compte-rendu

Le tableau dressé par Attali est bien alarmiste, pessimiste, peut-être excessif mais sans doute l’analyse est-elle juste. Cependant il eût été intéressant de poser d’autres questions, mais le temps écoulé, je restai sur ma faim, malgré mes efforts répétés pour demander une intervention. Alors je la pose ici, dans ce compte-rendu.

Notamment, l’on peut se demander pourquoi les remèdes proposés par M. Attali se situent dans la continuation de l’existant : au-delà des mots (« justice sociale », « relance ») c’est tout un système qu’il faut revoir, et sans doute aurait-il fallu faire preuve de plus de créativité et d’audace afin de tenter de bâtir un « nouvel ordre financier ». M. Attali parle d’absence de contrôle, mais oublie qu’il existe des instruments de contrôle (à commencer par les banques centrales dont l’un des rôles est de contrôler les crédits) et que les régulations internationales dont Bâle I et II se sont inspiré au niveau européen imposent des normes très strictes aux banquiers avec des ratios solvabilité sans précédent. Pourquoi dans ce cas ne pas prendre les mesures qui s’imposent, comme un ratio de 1 pour 1 ? Le problème, ce n’est pas l’absence de normes mondiales, c’est leur non application dans la pratique, et ce avec la complaisance de tous. Le problème est que les banquiers sont devenus un lobby immense, avec tous pouvoirs, et qu’il faut donc le leur ôter.

Il eût été par exemple intéressant de s’interroger sur la suppression des banques à un moment où les nouvelles technologies de l’information rendent l’intermédiation moins nécessaire voire inutile. Rappelons le, les banques ont été créées il y a trois cents ans pour servir d’intermédiaires entre commerçants pour faire des actes de commerce. Mais à l’ère d’internet, la tenue des contrats, des comptes, ainsi que la gestion des moyens de paiement et de l’épargne simple pourraient parfaitement être effectués par d’autres institutions, y compris sur le net, en tous cas par des moyens plus  fiables et surtout plus encadrés.

Quant à la gestion du risque (crédits), rôle par essence des banques mais dont la crise financière a démontré les limites, elle pourrait être pris en charge par les pouvoirs publics soit au niveau national soit au niveau régional.

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05 février 2009

Le plan de relance de Sarko, un leurre !

Droit dans ses bottes

Le Premier ministre, François Fillon, a présidé hier à Lyon un Comité interministériel pour l'aménagement et la compétitivité des territoires (CIACT), au cours duquel, aux côtés notamment du ministre chargé de la relance, Patrick Devedjian, il a présenté les grands chantiers du plan annoncé en novembre à Douai par le Président de la République. Dans le même temps, il a accordé une grande interview au journal «Le Monde», dont le titre - «rien ne serait pire qu'un changement de cap» - est déjà tout un programme. Le message de cette journée est claire : comme son ancien prédécesseur Alain Juppé, le Premier ministre est sur de lui et de son fait, en un mot il est «droit dans ses bottes». Face à un mouvement social d'ampleur, comme celui de 1995, c'est risqué. Face à une crise majeure, comme celle que nous traversons aujourd'hui, c'est irresponsable.

Quelques mots, d'abord, sur le plan de relance. A lire rapidement ce volumineux dossier, qui présente «1 000 chantiers» destinés à impressionner l'opinion, on comprend mieux encore les limites de la démarche gouvernementale. L'artifice du plan de relance apparaît en effet clairement, notamment à travers la pseudo-priorité donnée à l'investissement des collectivités locales, à qui l'Etat donne... ce qu'il leur doit, au titre du Fonds de compensation de la TVA. Quant aux investissements publics, à hauteur de 11,1 milliards d'euros, plus 4 milliards visant des entreprises publiques, s'ils ne sont certes pas négligeables, ils comportent 2 biais. D'abord, comme je l'ai déjà dit ici, il ne s'agit pas d'une réponse d'urgence à une crise qui prend l'économie à la gorge, mais d'un effort gradué dans le temps : l'Etat espère que 75 % des crédits seront consommés dans l'année – c'est pour le moins optimiste. Ensuite il s'agit pour l'essentiel, comme l'a justement relevé Alain Rousset, Président de l'Association des Régions de France (ARF), d'un «effet de rattrapage et de recyclage des crédits déjà inscrits dans les contrats de plan» : rien de bien neuf sous le soleil, le gouvernement rétablit des crédits votés en 2008 et annulés en 2009, il accélère d'autres programmes, il n'apporte rien d'immédiat. La priorité est donnée à la route et aux transports urbains par rapport au ferroviaire : ça se discute, à tout le moins. De plus, le volet social du plan, avec au premier chef la prise en compte des intérimaires qui me préoccupe tant, est famélique – en fait il est inexistant. Enfin, comme il se doit, rien n'est dit et rien n'est fait pour le pouvoir d'achat, ce plan reste profondément déséquilibré. On peut donc porter sur le détail de ces mesures le même jugement que sur l'approche d'ensemble : tout cela n'est pas insignifiant, certes, mais demeure très insuffisant. En outre, l'élu franc-comtois, le Président de la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard que je suis, ne peut que constater, avec désolation, que rien, ou presque n'est fait pour ce bassin d'emploi et pour cette région : le TGV Rhin-Rhône ne reçoit pas de coup de pouce, l'Aire urbaine Belfort – Montbéliard – Héricourt est négligée : dans ce plan qui ne traite pas la crise là où elle l'est, qui n'apporte rien de nouveau, ce n'est pas illogique, mais c'est grave ! Je suis vraiment en colère : c'est vraiment – pardonnez-moi l'expression – du foutage de gueule !

L'interview du Premier ministre confirme le choix du pouvoir : ne rien changer, continuer comme si de rien n'était, rester sourd au message du 29 janvier. Car, par delà le coup de chapeau ambigu aux syndicats – qui «ne devront pas se tromper de priorité», celle-ci n'étant pas les salaires, mais l'emploi et l'économie, comme s'il y avait opposition entre ces différents termes – c'est un message dur qui s'y exprime. Dur contre le PS, dur contre la gauche d'abord. François Fillon est un homme intelligent, courtois, gros travailleur, il a sa cohérence idéologique, bref c'est un responsable politique de qualité, qui est à se place à Matignon avec une majorité UMP. Mais, malgré son physique lisse et un ton égal, il n'est pas un «bon garçon» ou un homme ouvert, mais un leader conservateur, très rude dans le combat politique. Il feint de convier le Parti socialiste à l'«unité nationale», prétend l'appeler au dialogue et à la coopération», en réalité il nous tape dessus avec violence. Clamer, en guise de réponse à Martine Aubry qui demandait au Président de la République de réunir toutes les forces du pays, que les socialistes ont besoin d'un «Grenelle du PS», critiquer le principe même de notre motion de censure, mépriser toutes nos propositions n'est pas une attitude tolérante et à l'écoute, je crois que c'est, dans le moment difficile que traverse la France, la marque d'un sectarisme inapproprié. Surtout, le Premier ministre confirme la détermination du gouvernement à poursuivre une politique qui échoue, il affirme vouloir «résister à la démagogie de ceux qui prétendent qu'il faudrait utiliser les aides publiques pour relancer la consommation», il adresse une fin de non-recevoir, non seulement aux propositions de l'opposition, mais aussi aux exigences du mouvement social. J'avais, la semaine dernière, dit que Nicolas Sarkozy avait le choix, après le succès de la journée de grève générale entre 3 voies : le pourrissement, l'épreuve de force, le dialogue. Cette dernière semble, comme je l'avais prédit, hélas fermée, le choix entre les deux autres n'est sans doute pas encore fait.

François Fillon est-il le précurseur du message que délivrera le Président de la République jeudi à la télévision, ou bien y-a-t-il entre eux une sorte de division du travail ? Vont-ils nous jouer le numéro «bad cop» (Fillon) vs «good cop» (Sarkozy) ou bien le chef de l'Etat fermera-t-il lui aussi la porte ? Si c'était le cas, nul doute que le climat politique et social se durcirait fortement. Ce serait une erreur dramatique, à laquelle les socialistes doivent se préparer. C'est malheureusement une probabilité. Nous ne nous déroberons pas à nos responsabilités.

PS : Martine Aubry a annoncé, lors de la réunion des secrétaires de section dimanche à la Mutualité, sa décision de me confier la coordination d'une convention nationale sur le modèle de société des socialistes, sur la politique économique et sociale. 

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31 janvier 2009

La grève du 29 Janvier 09 : et maintenant ?

ET MAINTENANT ?

Journée de grève et de manifestations dans toute la France hier. Bien sur, l'interprétation des chiffres concernant les foules rassemblées diverge fortement entre les services de police et les syndicats – l'écart le plus important étant enregistré à Marseille, où les estimations vont de 20 000 à 300 000 manifestants ! En toute hypothèse, ce fut un succès. Si l'ampleur des grèves a été limitée par la pression sociale – forte dans ces temps de crise, où le chômage repart – les cortèges ont été impressionnants, et très soutenus par la population. Je puis en témoigner, pour avoir défilé à Montbéliard : en 18 ans de combat politique dans ce territoire, je n'avais jamais vu une affluence pareille – plus de 5 500 personnes d'après les renseignements généraux, assez honnêtes par ici, sans aucun doute nettement plus encore. Il y a donc probablement eu, sur la France entière, plus de 1,5 million de personnes dans la rue. J'ai été frappé par l'ambiance, à la fois inquiète sur l'avenir, très sereine et déterminée des manifestations, sans slogan ni revendication précise, mais révoltées contre la crise.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Comme toujours, ce sont les lendemains qui comptent, et les leçons de cette journée ne sont pas faciles à tirer, pour quiconque. Elles ne le sont pas pour les syndicats, satisfaits d'une audience rarement, peut-être même jamais, rencontrée au cours des 20 dernières années. Pour autant, le démarrage d'un mouvement long et soutenu n'a rien d'une évidence. Ni le calendrier, marqué par l'approche des vacances de février, ni le climat ne s'y prêtent aisément. Pour le pouvoir, elles ne le sont pas non plus. Nicolas Sarkozy qui il y a peu se moquait des grévistes, les croyait invisibles, qui se targuait d'« écouter sans prendre en compte », a du en rabattre, affirmant comprendre les protestations, les trouver «légitimes», se déclarant disponible pour rencontrer les syndicats. C'est le signe qu'il a compris l'avertissement, et qu'il a conscience de devoir faire, au moins temporairement, profil bas – ce qui, chacun le sait, ne lui ressemble pas. Le Président, depuis les évènements survenus en Grèce à la fin 2008, est habité par une prudence nouvelle. Il sent le désarroi des Français, il craint leur révolte, il voit l'insatisfaction de ce peuple qui, se rappelle-t-il, a décapité Louis XVI. Pour autant le surplace et la feinte modestie ne suffiront pas, faire le dos rond ne résoudra pas tout. Il faudra bien que le Chef de l'Etat et le gouvernement consentent à des « gestes » auxquels, à en croire François Fillon et Brice Hortefeux, ils se refusent.

Et le PS, dans tout ça ? Je n'étais pas à Paris, je l'ai dit, ma place était ici, dans ce pays de Montbéliard si éprouvé par la crise. Et je sais que dans la capitale, où les défilés sont plus politisés, où l'extrême gauche est plus mordante, l'accueil est plus compliqué pour les socialistes. Celui réservé à Martine Aubry, que j'ai seulement entrevue hier soir sur France 2 et qui m'a parue percutante, me semble toutefois avoir été tout à fait correct. A Montbéliard, où les élus socialistes ont défilé avec leurs écharpes, il a été mieux que ça – chaleureux, familier. En vérité, nous étions chez nous, au milieu d'une population amicale, cela ne soulevait aucune forme de doute. Je n'y vois aucun chèque en blanc, aucune approbation inconditionnelle de notre action, mais l'amorce d'une réconciliation avec les couches populaires et les classes moyennes, certes exigeantes à juste titre envers nous, encore déçues et méfiantes peut-être, mais aussi conscientes que l'alternative ne peut venir que de nous. Il n'y a pas de quoi succomber à l'auto-satisfaction, que rien ne justifierait, ou céder à la facilité, qui consisterait à se contenter de profiter des mécontentements : c'est au contraire une incitation à travailler à des réponses plus convaincantes aux inquiétudes de la France en crise.

Je souhaite, pour ma part, que cette grève débouche sur une révision, au moins partielle, en tout cas immédiate, de la politique gouvernementale. Bien sûr, le Parti socialiste va demander l'application de son plan – tout en sachant qu'il ne peut être repris par la droite. Il me semble toutefois que plusieurs signaux devraient être donnés. Lesquels ? Je pense en premier lieu au pouvoir d'achat des moins favorisés, avec la mise en oeuvre d'un «chèque crise» pour les bénéficiaires des minima sociaux et un coup de pouce sur le Smic. Le sort des nouveaux demandeurs d'emploi, des intérimaires, des salariés touchés par le chômage partiel doit aussi être pris en compte – garantie de revenus, allongement de la durée d'indemnisation et des quotas d'heures autorisés, sécurisation des parcours professionnels, notamment à travers la formation. J'attends aussi, rapidement, la sortie d'un vrai plan, global, sur l'automobile, longtemps, trop longtemps, attendu et maintenant urgent. Le gouvernement ne peut, par ailleurs, ignorer la situation des services publics : leur paupérisation, leur délaissement dans cette période de crise sont inacceptables. Enfin, je crois que le pouvoir gagnerait à ouvrir un vrai dialogue – dialogue social avec les syndicats, forcément nourri par des propositions, dialogue politique avec une opposition qui ne mérite pas les caricatures ou le mépris dont elle a été l'objet lors du débat sur la motion de censure mardi dernier, de la part de François Fillon et Jean-François Copé, que le mouvement d'hier rappelle à moins d'arrogance.

Au fond Nicolas Sarkozy voit s'ouvrir 3 voies devant lui. Il peut jouer la montre, se contenter de mots et attendre le pourrissement : c'est tentant. Il peut aussi penser à l'épreuve de force : ce serait assez dans sa nature. Mais cela n'aurait pas de sens, dans ce moment où l'angoisse de la crise étreint toute la société française, où le mécontentement va bien au-delà de la gauche et des syndicats. Reste la sortie par le haut : le changement de politique, par et dans le dialogue. Le connaissant, je doute qu'il en soit capable. Il y aura, sans nul doute, d'autres grèves, d'autres manifestations. Elles sont nécessaires. Nous y serons.

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